‹ Œuvres complètes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre, mises en ordre et précédées de la vie de l'auteurChapitre 10 sur 19 · SUITE DE MON JOURNAL · texte numérisé non relu

SUITE DE MON JOURNAL

Je suis entré à six heures du soir dans la barque ; elle^st pleine , les chevaux sont attelés , Da sonne la cloche y nous partons. Je goûte fort cette façon d'aller. Nous avons changé cette nuit plusieurs fois de chevaux ^ et le matin on nous a fidt passer dans une autre barque ; peu de temps Hprès, nous avons fait notre entrée en Hollande. I^e me sens de l'amitié pour les Hollandais; ils lont propres , ils aiment Tordre ; leur pays me ^^t; il me paraît riche. J'ignoreles noms des villes et des villages que nous traversons ou que nous apercevons de loin ; mais ils sont en grand nombore ; les campagnes sont superbes , ce sont pour l*iordinaire de vastes prairies couvertes de troupeaux. ^Les paysannes y ont un embonpoint et

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des couleurs qui font plaisir à voir. Les canaux unissent ces paysages ; ils sont couverti de bateaux et d'usines. Quelquefois un canal traverse sur un autre canal , et vous voyez dans k même temps une barque passer dans celui de dessus , et une autre dans celui de dessous ^industrie règne par-tout. Les digues qui boi^ dent le rivage, sont couvertes de moulins à vent qui pompent les eaux des canaux , et les empêchent de se corrompre en les rejetant dans TOcëan. Ces digues , en quelques endroits , sont si élevées, que je vis un gros vaisseau qui faisait voile à Amsterdam , h plus de quinze pieds d*é- Icvation au-dessus des prairies. Si ces dignes venaient à se rompre , la mer inonderait ces mêmes terres qu'elle cou^Tait autrefois. Cest te qui est arrivé auprès de Harlem , où Ton ne voit plus qu'un vaste lac , au milieu duquel apparaissent encore quelques clochers.

Nous mîmes pied à terre à Tentrée d'Amsterdam, sur des quais magnifiques. Ib étaient couverts d'un peuple nombreux, tout occupé des soins du commerce. En arrivant, nous appiimes que lo statliouder était en fuite, et que les troupes fran<;aisess\^taientemparcesdes principales villes do la lloUamlo. O asylo de la liberté! combien ta prospôrîtô dnrera-t-cllo encore? Il y avait plus de quarante ans que j*étais venu à Amsterdam. J*v avais roncontro un de mes compatriotes,

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M. Mustel, alors gazeticr, et fort au-dessus de son ëtat par sa probité et ses talents. Dans Torigine il ëtait homme de lettres , il avait remporté un prix aux Pcdinards ùt Caen ; c'était une ode fort belle sur la mort de Caton. Cette pièce fit tant de bruit , que M. Mustel fut appelé à Paris par mademoiselle Lccouvreur, par Jean-Baptbte Rousseau, et par des seigneurs de la cour de Louis XV. Tous lui firent beaucoup de compliments, et ne lui rendirent aucun service. Ayant épuisé ses ressources dans de vaines espérances, il se détermina à accepter l'emploi d'instituteur des enfants du roi de Pologne. Il partit pour Dantfiick ; mais le roi étant venu a mourir dans ces entrefaites, M. Mustel se rembai*qua pour la Hollande^ où il se chargea d'écrire la Gazette de France ; ce qui lui procura un peu de fortune. Devenu vieux, il désira retourner dans son pays, pour y mourir; et comme il avait cru trouver en moi quelques talents , il m'offrit sa place. Maïs alors j'étais jeune, plein d'ambition, je préférais la carrière militaire à celle des lettres, et j'étais résolu à aller tenter la fortune dans le Nord. M. Mustel me dit : J'ose vous prédire que vous regretterez un jour ma place. Autrefois je faisais ma cour aux grands , ce sont eux qui me la font aujourd'hui. Us veulent que je parle d^cux; j'ai, des malles pleines des lettres de ces hommes avides de réputation ; mais je ris de 5. ao

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leurs espérances , et je me moque de leurs pro- l'i messes.

M. Mustcl était un vrai philosophe, d^un carxtère sérieux ctd^un esprit gai;|mettantsonbonhe« dans la liberté , dans la culture des lettres j et dam celle d^un petit jardin où il aimait à se promener. Je voulais savoir sHl restait encore quelque sou▼^ nir de sa personne dans son voisinage, et sll avait été heureux dans sa patrie, où il s^était retiré. Ma destinée était bien différente, puisqse j'étais obligé de fuir la mienne , pour aller chercher un asyle dans des pays inconnus. Je traversai donc la ville , en partant de la griUe du magnifique jardin du juif » portugais P...., portant cinq croissants pour armes, comme le grand-maitre de Malte son parent , et je me dirigeai vers le quartier qu^avait habité M. Mostel. Je reconnus aisément sa maison et celles qd Tenvironnaient à leurs frontispices, figurés ei escalier pyramidal, et aux insciîptions qui en ornaient la façade. Ces inscriptions offraient toujours le nom du mari et de la femme, avec la dite de Tannée de leur naissance et de leur mariage. On trouve sur presque toutes les maisons d'Ânuicrdam, ces décorations conjugales. Je commen* çai mes informations ; mais dans aucune dei maisons voisines je ne pus apprendre des nouvelles de mon ami. Tout était changé : une cha^ mante petite école d'enfants des deux sexes était

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devenu? une écurie ; une cave où Ton vendait aRitrefoîs des porcelaines du Japon, et où j'avais pensé un jour tomber par un temps de pluie, était un estaminet bruyant où Ton vendait du tabac. Je ne crois pas qu'il y eût encore en vie un seul des voisins de M. Mustel. Pour les maisons, elles semblaient embellies ; toutes leurs croisées et leurs portes étaient peintes en brun ou en gris. Comme j'avais conservé mon sarrau de roulier , et que d'ailleurs je n'avais rien à acheter, j'étais assez mal reçu des marchands, qui fumaient gravement leur pipe à leur comptoir. A toutes mes questions, ils ne répondaient que par un Je ne saispas^ fort sec. Si je m'adressais aux marchandes, c^était un babil qui ne finissait point , mais qui ne m'instruisait de rien ; elles répétaient souvent Mustel y Mustel^ et finissaient par rire. Enfin je me retirai, réfléchissant combien la réputation est peu de chose , puisqu'un homme de lettres qui distribuait la renommée aux potentats deux fois par semaine, et dont le nom avait été répandu, pendant trente ans, dans toute l'Europe, n'était plus connu dans la rue même où il avait vécu.

Il était près de midi, j'éprouvais le besoin de manger , et je m'acheminai vers le port , guidé par les ruisseaux qui y descendaient. Arrivé sur le quai, je fus frappé d'un coup-d'œil que je n'avais vu nulle part. Le port contenait alors près de cinq mille voiles; de jolies marchandes de Ir-

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gumes, de fruits, de lait, et de toutes sortes de marchandises, le parcouraient en tous sens, dans de petites chaloupes qu^elles conduisaient fort adroitement. Ces chaloupes, bariolées de rouge et de vert, contenaient les provisions journalières; les marchandes les annonçaient, en chantant sur toutes sortes de tons. Un nombre prodigieux de marins, fort proprement vêtus, allaient et venaient sur les quais bordes de maisons, où il ne manquait pas une brique. Cet air d'aisance et de contentement d'un grand peuple , me remplissait de sa^ tisfaction. J'entrai dans un petit cabaret fort propre , qui avait pour enseigne un soldat qui se coupait un bras d'un coup de hache , dent la légende était : A la BéçocatUm de VÉdit de Nantes, L'hôtesse me reçut d'abord assez froidement; mais lorsqu'elle sut que j'étais émigré, et que je fuyais de Paris à la faveur de mon déguisement, elle me dit : Mon cher compatriote , je suis aussi Française ; je m'appelle Richard de Tallard , parente du fameux maréchal de ce nom. Je sois obligée , pour vivre , de tenir ici une petite auberge. Aussi, je lui ai donné pour enseigne, le nom de la révocation qui a fait tant de mal à mo9 pays. Charmé de retrouver une compatriote, je m'entretins un instant avec elle ; puis je la priai de me permettre de faire une petite toilette pendant qu'on apprêtait le dîner. Je n'ai jamais vu une femme si vive, si alerte, si babillarde et si

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bonne. Lorsque je descendis , le dîner n'étant pas encore prêt, je courus à la poste, où on me remit une lettre de ma femme ; et je sentis que je pouvais encore être heureux ! Un philosophe me disait un jour que la Providence conservait les espèces, mais qu'elle ne se mêlait pas des individus. Je lui répondis : La Providence est au moins aussi étenéue que Tair, qui enveloppe également la terre et les plus petits objets qui sont à sa Surface. Cette pensée est bien consolante; elle m'apprend que Dieu me protège eï\ Hollande, dans le même temps quJil veille à Paris sur ma femme et sur mes enfants. L'essentiel est que nous.mettions notre conBance en lui seul. Chère épouse! m'écriai-je , embrasse nos enfants tous les jours après leurs prières ; fais leur prendre des habitudes vertueuses: ce sont des câbles qui attachent notre eœuv à Dteu^ On comprend la Divinité par la raison , mais c'est par le cœur qu'on, lassent. Lorsque les tempêtes de l'adver* site soufflent , que la terre s'ébranle sous nos pa& chancelants, que les ténèbres s'assemblent et nous voilent la lumière des cieux, nous sentons encore le côté qu'occupe le soleil, à la douce chaleur qui nous réchauffe.

Au milieu de ces^réflexions, j'ai entendu madame Richard de Tallard qui m'appelait à grands cris. Je suis descendu, et, d -un air riant, elle m'a fait passer dans un petit salon , où il y avait une table d'hôte

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de douze couverts. La compagnie était rassemblëe. Madame Richard s'est mise à table , à la place d'honneur, et m'a fait asseoir auprès d'elle. Après le dîner, les convives passèrent dans le salon , dont la vue donnait sur le quai ; là , chacan fuma sa pipe sans rien dire, suivant la coutume du pays. Madame Richard me retint, avec un des convives, dans la salle à mange». Ce convive ëtait un homme de bonne mine , qui paraissait avoir environ quarante ans; il avait un surtout bleu : madame Richard l'avait invité à prendre du café avec nous. M. Duval, lui dit-elle, voici un de mes compatriotes auquel vous pouvez être utile; il cherche unjemploi, vous avez des amis, tâchez de lui trouver une place convenable, vous m'obligerez. Je m'obligerai moi-même, répondit M. Duval ; mais vous savez qu'il est trop tard aujourd'hui : ici toutes les affaires se traitent entre midi et une heure.. £n attendant, monsieur, me dit-il, je vous offre la moitié du cabinet que j'occupe . dans cette maison ; mais quelques affaires me forcent de sortir, nous nous verrons à mon retour. Â ces mots, il se leva, et prit congé de nous.

Aussitôt madame Richard fit monter un lit dans le cabinet de M. Duval, et on y porta mon petit équipage. Pour moi, j'avoue que j'étais étomié de voir dans un inconnu tant d'activité et de zèle pour m' obliger. Je ne doutai pas que madame Richard n'eût déjà prévenu Duval en ma

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faveur. Ces! une grande recommandation auprès d'une femme que le malheur ; il semble que la nature ait rëpandu les femmes entre les hoùimes pour fortifier les deux extrémités de la chaîne sociale , Tenfance et la vieillesse.

Le lendemain , à Theure de la bourse , Duval , voulant tenir sa promesse , m'engagea à le suivre. Dès que nous fûmes arrivés, il me recommanda à quelques agents de change, dont Tunique fonc* tion était de placer les étrangers. Le premier qui m'aborda, demanda à voir de mon écriture ; mais il ne la trouva pas convenable pour être chez un négociant. 11 me demanda ensuite si je savais l'anglais, Fallemand, le russe» le hollandais. Je lui répondis qu à peine je savais le français, et un ^peu de latin ; que j'étais incapable d'enseigner l'un ou l'autre à un enfant, paixe que moi-même, depuis que j^'étais au monde , j'avais oublié les règles de la grammaire. Eh bien! que savez-vous donc? reprit-il avec impatience. Je lui répondis que , m'étant occupé de philosophie, j'étais en état d'en- .seigner aux enfants les principes de la religion et de la morale ; c'est-à-dire de leur donner la force de réprimer leurs passions. — De quelle religion êtes -vous? — De la religion catholique. Alors il se mit à rire, et me dit qu'il ne connaissait pas un père de famille qui voulût faire usage de mes talents, sur- tout de celui de réprimer les passions, c'est-à-dire de refréner le désir de gagner

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de Fargent ; ce qui ne ferait de mon ëfêvc qa^un n(fgociant toujourspauvre. M. Duval lui ayant dit que je n^élaJs pas aussi ignorant que je le disais, que j^avais appris les mathématiques , que j^étais Tersc dans la littérature française, mdn agent me demanda si je saurais faire une chanson un jour de noces ou de fête ; qu^il connafissaît une dame russe qui avait trois enfants, auxquels elle voulait faire apprendre les mathématiques ; mais qu'elle exigeait que le maître fût parfait dans son art, et qu'il tirât les sorts avec des cartes , de Fëtain fondu , ou marne du marc de café. Il ajouta qu'il connaissait un grand seigneur, le baron dcSparquen, ambassadeur d'Hanovre, qui paierait richement im secrétaire, s'il savait faire de For, science que sans doute je devais possédera mon âge, s'il était vrai que j'eusse étudié les mathématiques. Il finit en me recommandant de ne pas perdre une minute : je me mis à rire , et il s'en fut. Jf; demandai a M. Duval ce qui revenait ï cet agent pour ses peines. Il me dit : Il a un mois du revenu de chacune des personnes qu il place. Vous voyez, lui répondis-je, qu^un vieillard véridique n'est bon à rien. Duval s^adressa encore à quelques autres agents du commerce, mais aussi inutilement.

Comme nous rentrions chcx madame Richard, je vis plusieurs matelots qui lui remettaient des lettres, des paquets et même de l'argent, pour

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îs faire parvenir à leurs femillcf;» Des qu^elle !&^cut aperçu : £h bien ! dit-elle , étes-vous conent ? Je secouai la tête : puis, étant entre dans la aile à manger, je lui contai ce qui nous était f rive. Oh ! dit-elle, comme Tesprit de commerce >cnd le cœur étroit ! cependant gardez - vous ie perdre courage. Il s'en faut bien, lui dis-je/ Dans la position où la fortune m'a place , je me ''«garde comme un homme pour qui toutes les rhancessont bonnes, et j'irais jusque au fond des léncrts de rAmcrique, si j'étais sûr d'y trouver la )aix. Mais la paix ne se trouve pas même dans les léserts; je n'en veux d'autre preuve que ce qui m^arriva quelques mois avant de partir de Paris. Une dame, de mes amies, reçut une lettre de la Nouvelle -Orléans, par laquelle un jeune Francis lui mandait son arrivée avec celle de plusieurs de ses amis; il ajoutait que, se trouvant sans autres ressources que leurs bras, et un vaste terrain sur les bords du Mississipi, ils avaient formé une société active et laborieuse , où le bonheur semblait avoir choisi un asyle. Cepen- ^nt ils manquaient de femmes ; et il lui écrivait ^ue si elle avait quelques jeunes parentes ou quelques amies qui eussent le courage de les venir joindre, ils paieraient les frais de voyage, et qu^elles vivraient avec eux dans l'abondance , au milieu du plus beau pays du monde. Vraiment! dit madame Richard. — Maissavez-vous, madame.

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soQiic, soii qu'on veuille aller en Afrique, Amérique ou en Asie. Pour moi, il me d chaque jour la roule que je dois tenir, et ]^i point à m'en plaindre; car, au fond, je suis pilote du vaisseau, et peu m'importe dans qui mer il navigue, pourvu que je Tamène à bon poA Le lendemain, nous nous levâmes sur les nerf heures, cl je suivis Duval à bord du vaisseau /'& rope. 11 entra le premier chez le capitaine, pov m'annonccr. Capitaine, lui dit- il, voici « homme qui veut passer aux Indes, et qui pctf (Hre nécessaire à votre équipage ; alors j'ei* trai. Le capitaine , m'ayant regarde des pieè juscpi'à la t(He, sans me saluer, répondit à DunL: Voire homme est bien cassé , que sait-il faire? Quel métier avez- vous exercé, me dit* il, dt* puis que vous êtes au monde ? Tai étudié hi sciences, lui répondis- je. — A ce que je vou, oi ne fait pas fortune à ce métier-là. Mon cher Duval, ajouta-l-il, je n'ai pas besoin. d*un td homme. Cependant, répondit Duval ^ il manque un commis à la cambuse : votre vaisseau est biea approvisionné ; mais s'il n'y a pas une personne sage et discrète pour surveiller la distribution des vivres, vous cmi manquerez avant qu'il soit trois mois. Ne croyez pas que je puisse me charger de tant d'oflices à-la-fois. J'ai veillé sur Temharcation dos boissons, du biscuit et dos barriques d'eau; j'ai la liste de tous les passagers et

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ihrovîsîonncment d'une grande ville. Eh bien ! dit Hfw Duval , êtes-vous encore dégoûté de l'envie de Iroyagcr? Non, lui dis -je, on peut tout risquer ^piand on n'a plus rien à perdre. Ce vaisseau, 9it-il, que vous voyez, s'appelle V Europe :\eji &ais le pilote ; et avant deux jours , il doit mettre kla voile. Il y a une quantité prodigieuse de passa- Igjers , que nous attire la révolution française ; mais |ë trouverai bien le moyen de vous y procurer «Ine place, et même un emploi, quoique le capi-- ^aine soit le plus avare de tous les hommes. Il a âooblé et triplé la plupart des emplois sur la -Inéme personne, pour les faire exercer à meilleur marché. Cependant il en a oublié un de la plus -grande nécessité , c'est celui de commis à la distribution des vivres. Cet emploi ne demande qu'un ^peude surveillance , et ne troublera guère votre 'ipcpos, puisque vous ne l'exercerez qu'une fois la "semaine, c'est-à-dire tous les samedis. Eh bien ! '\à\ dis-je, nous partirons, et je suis prêt à suivre ^os conseils. Ecrivez donc à votre famille, répondit-il; demain matin, nous irons ensemble voir -té capitaine. Quoique fort riche , il n'a point de logement à terre , parce qu'il dit qu'un bon marin ne doit jamais quitter son vaisseau. Il faut en- *corc que je vous prévienne qu'il fait entendre à xhaquc passager, en particulier, qu'il abordera tlans tous les pays où ils veulent aller : c'est un trait de son avarice ; il ne refuse l'argent de per-

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poste, et en ordonnant à Duval de mettre à h voile le lendemain matin, au point du jour» Nous sorrîmcs , et Duval me conseilla de choisir dès à présent le lieu que je devais occuper, ^ crainte que, plus tard, il ne fût plus temps. Nom arrivâmes à Textrémité du vaisseau, près du cabestan. Là, était un noir colossal, avec sa femme, un enfant de deux ans, et un chien d^unc tailk proportionnée à celle de son msutre. La vue de ces étranges voisins m^étonna. Vous voyez, w dit Duval , une famille victime de ToppresnoE Elle est née en Guinée ; le capitaine a ordre de la remettre dans son pays natal; il est même trèibien payé pour cela , et voilà comme il en «e avec elle. Je descendis dans cette espèce d^abyae avec Duval. La cambuse était pleine de provision arrangées avec un ordre admirable. A peine fîmes-nous descendus, que le noir, qui s^appelak Samson , s^approcha de nous : sa tête passait audessus de récoutille de plus d^un pied ; son visage» quoique balafré , laissait entrevoir un bon naturel Il avait pour tout vêtement une toile de cotpo, et à sa ceinture pendait une énorme hache, qoi était son fétiche. Sa femme , qui tenait son enfant à côté de lui, semblait se réfugier sous si protection, et ne s'élevait qu'à son épaule.

Lorsque j'eus pris connaissance de la localité, Duval me dit : C'est aujourd'hui samedi , jour de distribution ; je vais vous mettre dans Texercice

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ie- Yos fonctions, vous y errez que rien n'est plus hdie. A ces mots , il appela quatre matelots rol^tes , Içur fit prendre dans la cambuse des babW de viai^e et de biscuit, avec des balances et les poids; puis des barils de liquides, avec dircrses mesures. Il me remit le registre, où chaque lassager et chaque homme de l'équipage était liasse par chambrée de sept personnes ; ensuite , ■tsant appeler le chef de chaque chambrée , nous listribuâmes la quantité de vivres qui lui révélait pour la semaine.

, Dans un des barils de bœuf salé, qui avaient ibé défoncés pour la distribution , il s'était tro^vé Hfte jambe de cheval encore toute ferrée ; le matelot , chargé de peser les rations , avait jugé à propos de l'envoyer à une chambrée de yuiSs po- Isnais qui, d'abord, la refusèrent; mais, aux ^ëes que fit l'équipage , ils prirent la résolution le la présenter directement au capitaine. CellWrci^ demi-ivre , se moqua d'eux à son tour , et bror fit observer que c'était une friponnerie des {^umisseurs de leur nation ; en même temps , il Irar ordonna de se retirer sur le gaillard d'avant ; ce qu'ils firent , en murmurant de dépit et de colère. Celui qui portait la jambe de cheval , parlait un peu fr^çais; il était furieux, et voulait s'en prendre à moi. Mes frères, leur dis-je, je vous ai 4JÙBtribué ces livres au hasard ; prenez patience, ^ distribution prochaine vous sera plus favo-

rable. A peine j^achevais ces mois, que le plus co« 1ère d*enlrc eux tira son couteau , dont il m'ap* puya la pointe sur la poitrine ; je ne perdis pasb tâtc, et, le saisissant fortement, je parvins ik désarmer. Aussitôt la troupe entière m^cnvironna en jetant des cris affreux. Ccn était fait de moi, lorsque Samson , qui était h deux pas , saisit , pir le cou, Toratcur qui avait porté la parole , et, lui arrachant sa jambe de cheval , frappa à droite et à gauche. Son énorme chien se joignit à lui, et bientôt ils resteront maîtres du champ de bataille. Samson ne borna pas là ses services : il m^aida à descendre dans le trou qu^il occupait avec sa femme , cl, dès que j^ fus , ils m^arrangèrent un lit sur quelques toiles à voiles, et m'engagèrent à prendre un peu de repos. Tes avais grand besoin ; mais les gens au milieu desquels j'étais , me paraissaient la plus misérable espèce que j'eusse jamais rencontrée; et, malgré la confiance que devait naturellement m'inspirer le généreux zèle avec lequel le mari venait de me secourir , je ne pouvais me défaire d'une crainte fort vive qu'ils ne me rendissent Tobjet de ciuclques nouveaux outrages.

J'étais eucon* absorbé dans ces réflexions, lorsque mon ami Duval entra dans la cambuse. Après nous être entretenus quelque temps de lascèncMJp la veille , sur les suites de laquelle il ne paraissait pas avoir la moindre inquiétude : Vous êtes ici.

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^ nie dit-il, avec les iiieiUeiirc3 gens du monde; ce ■^ bon noir, et sa feninie vous seront de la plus ^^ grande i^ssouixe. Je vous dirai leur histoire en , deux mots : Sanison est né en (iuinée ; des voleurs le prirent étant enfant « et le vendirent au capitaine d*un vaisseau qui faisait la traite ; ce capitaine le i^veiidit a un luibitant qui Tcnvoya garder ses troupeaux. La simplicité de sa vie et de sa nourrituix' développa sa taille , et fortifia son tempérament. Jusque -K\, il n'avait point encore vu son maître : mais un jour qu'il apportait un chevreau à Thabitation, celui-ci Tayant aperçu, fut si frappé de sa force et de sa beauté, qu'il résolut de le faire instruire. En conséquence, il , renvoya au chef de ses esclaves avec une lettre , dont la lecture produisit un grand changement dans rétat de Samson. Ce qui étonna le plus ce iKinnoir. ce fut de ^-olr qu'un simple morceau de pa{>ier avait pu dire tant de choses, sans qu^il «nsùt rien lui-même; dis ce moment, il conçut la plus haute idée des blancs. Il est certain que s'il avait eu un bon maître, il l'eût pris pour uu dieu ; bientût il le pril pour un tlémon, car , dès qu'il eut quitté les champs pour la ville , tout sou bonheur disparut. Son maître IVnvoyait souvent i\ j>ied à l'habitation, d'où il reviMiait chaîné à-laibis de deux chevreaux gras , ou d'un veau entier, quUl savait préparer avec uneadiTwSso et nue propreté infinies. Un jour, ay«int apei\u une jeune II. *2 1

fille de son pays, gaie , vive, alerte , il fut frappé de Êà beauté ; de son côté, elle parut sensible à h force de cet Hercule africain. Malheureusement, cette fille , qui est aujourd'hui sa femme, attirait Taltenlion do son maître. Celui-ci défendit donci Samson d'oser seulement la regarder, les menaçant Tun et Tautrc de toute sa colère , s*il n^ëtait point obéi; mais, entraînés par un sentiment que la crainte ne pouvait réprimer, ils eurent rimprudence d'exciter la jalousie de leur tyran; Furieux de se voir trompé, il fait saisir la jeune négresse , la fait garrotter sur une échelle par quatre bourreaux, et leur ordonne de la fustiger de toutes leurs forces. A cette vue , Samson se saisit d'une hache , frappe à tort et à travers les quatre ministres des cruautés de ce barbare; abat la tcte de Tun, fait sauter le bras de Tautre, coupe les cordes qui attachaient sa maîtresse, et se sauve avec elle dans les bois voisins de Thabitation. De là , ils furent joindre la république des noirs marrons, qui commençait à se former ; il se mi t à la té te de plusieurs partis, et fit les excursions les plus terribles sur les terres des Hollandais , n'ayant pour toute arme que sa redoutable hache, dont il fit son fétiche. En vain les habitants de Surinam emploient des troupes européennes et de rarlillcrie ; les noirs de la république en triomphent avec les armes les plus communes, animés par Tamour de la vengeance et du la li-

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berté. C'en dtait fait de Surinam , si les magistrats n'eussent demande à traiter avec des ennemis qu'ils avaient jusqu'alors affecté de mépriser. Les noirs ne repoussèrent pas les propositions de leurs rmciens maures; mais ils voulurent rester libres , et, fixant des limites entre les deux républiques, ils promirent seulement de ne plus recevoir d'esclaves fugitifs. La paix signée, Samson vint à Surinam où sa présence irrita la jalousie des blancs , sur-tout celle de son ancien maître. Cet bomme perfide trouva le moyen de le faire arrêter comme coupable d'une nou- Telle conspiration, et de l'envoyer en Hollande. A son arrivée , il demanda à être juge par les Etats-Généraux. Son innocence ayant été reconnue , on lui rendit la liberté, avec le clioix de retourner dans la république noire, où il s'était acquis tant de réputation, ou bien en Afrique, dans le lieu où il avait reçu le jour. Il a préféré la Guinée , où il espère revoir encore son père et sa mère. Le capitaine a reçu pour son passage une somme considérable ; vous voyez comme il l'a logé. On croit même qu'il compte profiter de son ignorance pour le vendre , lui, sa femme, son enfant, et son cliien, dans quelque colonie européenne. %

. Après ce récit, Duval me quitta; je restai seul, et je me mis à examiner plusieurs passagers qui allaient et venaient sur le pont. Parmi tant de

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compagnons de voyagé, il À\âVait y éti aVôîr tib grand taombré d'o][>iniotis dîfKre'ntes. ^our hioî, je Tavôtie , quoique j'eusse lu une infinité de bft. chures sut* notre rëvolutioh, et qUe je ttâëditàâè quelquefois sur les ëvénemètats politiques, il ne m'était jamais arrivé de rencohtrer juste; il en était à-peu-près de même de la plupart dés études que j'avais faites dans des livres : c^ëtâit ëh me nourrissant de là lecture de ceux qui étaiiSat les plus vantés, que j'avais cru (connaître côïnment les plantes végétaient ; comment je digérais ; comment l'eïifant se formait dâhs lé sein de sa mère ; la cause du flux et du reflux de la mèr, du mouvement des astres ; et je m'élàîs aperçu à la fin que j'ignorais patfàitcmêht toutes ces choses. Je résolus donc dé faire vœu d'ignorance, de ne plus étudier que dans la nature, et de n'y étudier que les choses qu'elle avait destinées aux besoins de l'homme. Comme je faisas ces réflexions, on m'apporta mes provisions pour toute une semaine ; elles m'inspirèrent un tel dégoût, que je ne pouvais y jeter les yeux sans répugnance , et je sortis de la cambuse pour prendre l'air. Une nombreuse compagnie était à dîner sous une tente , devant la chambre du conseO: Fodeur qui s'exhalait des mets 'était des plus appétissantes , et se répandait depuis la poupe jusqu'à la proue. Je comptai autour de la table jusqu'à trente sièges , occupés par des gens qui faî-

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saîent force complinients à un gros fina^cier, qui les régalait. J'allais et venais d'un côté à Tautre, lorsque je rencontrai Sai^son qui por- ^it un cabillaud grillé sur des charbons ; il m'invita par i^îgne à partager son ^iq^T*.; sa femoie f^t une sauce de genièvre, d'ail et d^ citron; nou3 np^ adossâmes au cabestan, et, assis sur un^ ^oile à yqiles, je fi^ un dîner délicieux. Au milieu ^\x diaer , Duv2|l vint prendre place à c^té de nqus ; il fit apporter uae bouteille d'excellent; yin , puis voyant Içs passagers qui allaient et ye- Q^ent sur le pont, il me dit : Il faut que je vous luette t|n pep au fait de Ipur carfictère. Ce gros hpmme , au nez épaté , qui porte \m habit gris Çjllpnné, est le prinpipal passager ; c'est un receceveur-général qui a enlevé sa recette ; il abwdqpne jsop pays et sa famille; il a treqte caisses de llî^stres fortes dans la Saintp-Barbe , et le gaillaT4 d'anièris est couvert de ses capards, de s^s ppi^les et de ses pigeon^. Cette femnie qui lui 4piipe le bras, est une marquise française; il lui ffut ^idûment la cour, ipais elle l9i3se crpire à 9pa mari et à cet évéque qui porte uqe croix d'or , ^'elle trayaille à la conversion du financier. Ce^ ofl^pier français, qui marche ^èrenient Je pping 4fir 1^ hapche et le chapeau sur )'preil!e, est le i|f|Urqui$. Il est fort ignorant, mais il fait une cpijr assid)i)|S à un mathématijcieqi qui est auprè§ ^p l\n. Celui-ci passe au)p In4e^ spus prétexte 4V

observer le passage de Vénus sur le soleil; il s'est fait donner des indemnités, qu'il a échangées contre une pacotille. Un peu plus loin, est un franciscain qui porte le nom du fondateur de son ordre , il s'appelle François; il a été sacristain, quêteur, aspirant : maintenant il est secrétaire de Monseigneur. Il conte force miracles de son évéquc, qu'il veut faire passer pour un saint. C'est une chose digne de remarque, que ce qui fait les réputations , est l'intérêt que d'autres trouvent k vous louer, ou à vous blâmer. Ce bon noir en est la preuve ; c'est peut-être le meilleur et le plus brave homme du vaisseau, personne n'en parle; mais, croyez-moi , vous n'êtes pas le plus mal partagé^ et c'est un voisin qui vous servira dans l'occasion.

Cependant le soleil était près de se coucher, lorsqu'il se répandit sur le port un brouillard épais qui couvrit les. vaisseaux ; on cul dit d'une mer aérienne toute ténébreuse , d'où l'on voyait s'élever çà et là plusieurs clochers; les oiseaux de marine jetaient des cris affreux, et Tobscnrité était telle , que plusieurs venaient se précipiter dans nos liaubans, et se laissaient prendre à la main; le soleil à Thorizon paraissait une fournaise d'un rouge sombre, du sein de laquelle sortait comme une tête de dragon. Il ne faisait point de vent; cependant, des barques du port nous halèrent jusqu'à une lieue au large , où nous

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trouvâmes un petit vent frais du nord ; alors nous appareillâmes a la clarté d^un soleil fort pâle. Le lendemain, nous vîmes les côtes d^ Angleterre, mais à travers un horizon très-brumeux. Ce jour-là même , je me sentis une perte totale d-appétit, avec un grand mal de cœur; je crus que c^ était un effet ordinaire du mal de mer, mais je ne pus vomir. Dans Taprès-dînée, je fus saisi d^un violent mal de tête , et je passai la nuit dans une sorte d^ engourdissement et de malaise. Le lendemain, la chaleur de la cambuse commença à me devenir fort incommode : dans la crainte de rétre moi-même à mes hôtes, je me levai à Taide de Samson , et je fus me coucher sur la couverture même de la cambuse.

Duval ayant appris que j^étais malade , vint m^ offrir ses soins ; il me donna deux citrons. La femme de Samson m^en fît aussitôt de la limonade, qu-elle m^apporta dans une calebasse. Je ne puis penser qu^avec reconnaissance à la sensibilité de cette jeune femme ; elle ne voyait aucun être souffrant sans que son visage exprimât la peine qu'elle en ressentait. La femme est faite pour tempérer ce que les hommes ont de trop violent dans le caractère ; c^est la moitié naturelle de rhomme. Aussi là plupart des célibataires sontils^ portés à la cruauté ; c'est ce que prouvent les histoires anciennes et modernes , surrtout celle de r£urope. Je voudrais donc qu'on embarquât

des femmes sur les vaisseaux, et que ce pirnlëgc fût accordé au moins à la quatrième partie da matelotsles plus âgés. Elles blanchiraient le liogei raccommoderaient les voiles , fileraient , taraient soin des volailles, apprêteraient le manger , et préviendraient bien des abus parmi ki hommes. Les femmes des officiers, par leur édootion, civih'seraient les mœurs ; et, par Famoar, les fêtes, les danses et les jeux, banniraient h mélancolie qui contribue plus qu'on ne pcaie à une foule de maladies du corps et de Tesprit.

Pendant le cours de ma maladie, il m^arriia une chose très-étrange , et qui me laissa ane prop fonde impression. Une nuit, j'aperçus distincte" ment, autour de moi, des avenues d'arbres, dont les branches pendaient comme celles des sauki pleureurs ; elles étaient d'une verdure incomparablement plus belle, toutes semées de paillettei d*or. 11 y avait plusieurs espèces de ces arfaris* seaux , dont les feuilles étaient variées de coaleurs diverses, et dont les branches formaieit des entrelacs d'une élégance qu'il est impossible de dépemdre. Bientôt parurent au miliei de vastes prairies, une multitude d'animaux, tels que des lièvres , des chèvres , des taureaux, des cerfs. Il me semblait que tous ces arbres changeaient de feuilles, et que ces animaux tantôt couraient | tantôt s'arrêtaient çik et là , variant

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Uknê €t)Me InuiM «ttitudeii. Jamais lo fumeux Paul botter n^a ricu peint d^unc num parfaite imitation. Quoique celle viaion n^eût rien d^effrayant , felltt me remplit de triAtoMet je cru» que j^allata ■nourir, d^une manière à la vdritë fort iHonnanto kl Ibrt douée. Je me miei & riSfldchir j)ur la mort^ iont le nom seul eiTraie tant de bona eaprita , et km noumet à la tyrannie d^hommeii barbares qui lea rampliaaenld^effroi pour leur proAU On lit, dana BoMueti un morceau qui a 6ié excesAivement louéi tt qui pourtant n'est guère digne i selon moi| 4^un chrétien. Il pebii Dieu qui hait les hommes, quoique rachettis par la mort de son fils. 11 le puant qui s'amuse , depuis la cniation , à les pré« cipiterdans la mort; en vaini chemin faisant i ils vtuUnt s'arrêter et se reposer un peu s^Non » dit* Il » marche ^ allons , avance , point de repos que Itt n^Y sois arrivé I Ainsi se succèdent toutes les f tftidrations. Madame de S<Svign<l disait que la CTêiiite de la mort rendait toute la vie malhcu- Muae I par cela seul qu'elle y menait infailliblement. Pascal est encore allcf plus loin quand il a 4it que Dieu a lea hommes en horreur. 11 n'en était pas de même de Marc-^Aurèle, le païeui qui disait que nous devons sortir de la vie comme d^un banquoti en remerciaitl les dieux de nous y tmir admis I ne fût<o que pour quelques jours. ▲inai pensait Ftfnelon. Et en comparant cet amt dea hommes avec son persécuteur i il me semble

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que l'un pèche par excès de haine, et Fautre excès d'amour.

Si tout est opinion , me disais-je , ne m fions point aux hommes, à leur autorité , àl( crédit; fions-nous à la nature. Qu^est-ce qat^j la mort en elle-même ? C'est la fin de la vie, comme la nuit est la fin du jour; c'est Tarrifée au port , c'est le repos de la vie , c'est la sœur di'' sommeil, disait Socrate ; elle nous délivre deii maux publics et particuliers, du soin de poiffvoir à notre existence , des persécutions , dtt' calomnies, des maladies, de la vieillesse, de la perte de nos amis , des guerres, et de la crainte de mourir. La mort, dit -on, nous livre à d'at-' freux tourments ; des démons de formes effroyables nous attendent après la mort. Mais commeal l'homme, doué de raison, se sert-il de cette raisoi même pour accroître ses maux , et sVnvironner d'êtres fantastiques et méchants? Quoique j'aie beaucoup voyagé, seul et en sociélé, je n'ai jamais vu aucun démon, et je n'ai ouï dire à aucim' homme de bon sens qu il en eût vu. Il y a, à la vérité, des livres qui en parlent; mais ces livret sont l'ouvrage d'hommes , ou trompés ou trompeurs. Comment Dieu se servirait-il de démons pour punir éternellement des hommes qui n'ont traversé qu'une vie passagère ? En voyant cette terre couverte d'arbres , les champs semés de fleurs et d'oiseaux, je croirais bien plutôt que

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■tatre monde est peuple d^ anges qui ont déposé MT notre globe les germes de tant de bienfaits ^ur r usage des hommes. Les animaux ne crai- Kent pas la mort naturelle : les papillons et les hiouches vont mourir de vieillesse au pied de la leur dont les nectaires les ont nourris ; ils y Kbllent leurs œufs, et lui confient leur postérité. {Fest dans les forêts de TÂfrique qu^expirent NQëphantet le rhinocéros : ils cherchent, pour tïourir, les lieux où ils ont aimé à vivre. Chose H^^e de remarque ! les enfants n^ont pas la Iteinte de la mort ; ce n^est que leur éducation [fedla leur inspire , et qui les livre à la frayeur. fia général , il en est de nous comme des ani- ^ hàvx y nous aimons à mourir dans les lieux où Ibiis avons aimé à vivre : le guerrier dans les Ibmbats; le savant au milieu des méditations du (Ubinet; le philosophe, à la vue de la nature, lont le spectacle Ta tant de fois ravi. •'Pendant que je me livrais à ces réflexions, la MÉie se levait à Thorizon, et répandait ses douces Hartës sur la mer, dans les manœuvres et les kiilesdu vaisseau. Son aspect avait quelque chose lé triste qui n^e remplit d^émoti on. Cen est donc felit! me disais-je ; demain je ne reverrai plus riàurore! Mon corps sera jeté à la mer; mais bon ame , que deviendra-t-elle ? sera-t-elle seule iHbéantie ? Elle est de la nature de la lumière: lUle me fait tout voir et elle n^est point vue ;

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sans doute elle ira se rendre dans sa source , ce brillant soleil, trésor de la divinité 9 d*( sortent toutes les générations. Ce|te dei pensée me tranquillisa ; je sentis qu^ ma se calmait, et je m'endormis d^un profond meil. Le lendemain , je me réTeiUai ai) lever soleil. Samson et sa femme, au faiblç bruit ma voix, m'apportèrent un bouilloo de poji assaisonné d'un peu de piment. Le vfertueux val vint à. moi, suivant sa coutume, etm'^poillli une bouteille de Malvoisie. Je lui demandai nous étions. Il y a , me dit-il,. aujourd'hui semaines que nous sommes partis d'Amatei nous avons passé hier le tropique du nous sommes h présent çntre liss îles du CspYi et les Canaries; les courants généraux pouiflAin jetés entre ces îles et l'Afrique , comme il fifiH 1 toujours daus cette saison, où ils viennent du tli pendant six mois ; nous soipmes presque ifiM sur la côte orientale ; ce u'est pas ma fauUi j*^ ai averti le capitaine ; inais par la grâce de Ml nous en sortirons. Nous avons seulement dff dl^pk mes à craindre avant que de gaguer le mîlipitt l'océan Atlantique , pour nous refi4re ï W Janeïro, où il compte charger des piastrMP^fb de là aller commercer daiis l'iude.

Cependant le vent et le courant cpntiouèFftf de uous porter sur la côte d'Afrique, qu« M* iv aperçûmes le 17 aumatiq. Je coromeuçiâcei* *

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