‹ Œuvres complètes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre, mises en ordre et précédées de la vie de l'auteurChapitre 11 sur 19 · DE L*AMA£ONE · texte numérisé non relu

DE L*AMA£ONE

cr, à Taide de Samson; Je lû^approchai du vaisseau , et je vis la terre et les mon- [ui fuyaient à Thorizoti. Nous ëtions à chiire d'utte petite rivière, où nous jeincre pour renouvele^r notre eau. Malgré le assez forte qui se brisait sur le rivage , laloupe entra dans la rivière. tJne muftipetits canots, dans chacun desquels il n'y' un honnne , noa^ apportèrent toutes sortes > et de poissons. Il y avait des ananas, des , des ignames , àts patates , des citrons , I des calebasses de plusieurs façons remîau fraîche , de lait, ou de vin de coco, lit de tous ces fruits des parfums qui ctùi^ nt les airs. Quant aux poissons, les un^ out ronges, et si gros,qu^un seul suffisait mplir un canot entier; les autres ^taieht its, mais de formes extraordinaires, et je n^en avais jamais vu. Les bonnes gens ( les apportaient, ne voulaient en échange îenx habits, des clous et des verroteries : aient à tue-téte. Le capitaine ne leur perpas de monter à bord : Cëtaient, disait-il, ds voleurs. Mais le commerce se fit par et par signes.

connais pas de plaisir plus doux que celui ivalescence; c'est une résurrection de tous Chaque objet paraît plus éclairé, chaque >and un parfum plus délicieux. Il s'élevait

Ats prairies et des bois de cette tle, parvenait jusqu'à nous, et me remplissailde lupté. Je sentais couler le plaisir et la mes veines ; la gaieté de ces bonnes gens se muniquait à moi : les uns, dans leurs entouraient notre vaisseau de toutes les lions de leur terre et de leurs rivages ; les {Songeaient dans Teau , en jetant des cris de jiitj

J'ëtais^assis, appuyé sur le bord do mon cœur priait Dieu. Duval^ m^ajant vint h moi , et me dit : Je sois rari de votre ci' rison. Je ne connais point du tout ce 1itë;fi pris toutes mes suret4^s. ijt vaisseau tire pieds, et a trente brasses d*eau; le canot tire que deux, ne trouve pas de fond : c*atlK qui fait la suretif de ces bons noirs, car il lâatAl pirogues pour aborder sur leurs rivages. Cep» dant la nuit arriva, et les noirs, loin de se rdira^ vinrent entourer notre navire en plus fpd nombre; les uns avaient des flambeaux et dbl taient,d'autress'occupaientde la pèche. DejoM ' n<^gresses plongeaient dans Teau, et en ressorijif!^ ' toutes phosphoriques, avec un homard à la mai; ^ d^autrcs reparaissaient avec un panier dlniMi ' toutes couvertes d'étincelles, et nous les ofEtaW ^ en riant. ^

Je dis a Duval : La nature ici a favorisé W peuples les plus simplesdc jouissancessupériortl à celles des peuples les plus civilises; elle Uorfl

DE l^amazone; 335

«nnë du pain dans des patates, elle a place leur pimau sommet de leurs lataniers, et mis leurs vé- Hnents sur des arbres à coton; leur lait, leur |p|urre , leur huile , se trouvent dans des cocos, le p||Cre dans un roseau , la poudre d^or dans le sable bleurs ruisseaux , et Tambre gris sur leurs ri-

r^es. Ib n^ont besoin ni de notre agriculture , de notre superflu ; ils passent les jours et les Ipits à danser et à se réjouir au sein de Tabon*

L^Cependant le capitaine ayant envoyé à terre la >upe et la yole pour y faire cueillir des ci- ^ns et des cocos, elles revinrent vers minuit, avoir pu découvrir un seul endroit où il fût fiable de mettre pied à terre.

|Ce marin, qui avait eu sans doute la pensée de prendre maître de la petite flottille des nègres, dut de se venger de sa mésaventure, et du requ^ils avaient fait de nous découvrir une anse ipre à débarquer. Le jour commençait à paître, lorsqu'il fit tirer les canons de Tarrière sur ibois de cocotiers qui n'était pas à un demi-quart .lieue de nous. Notre pilote, qui venait de se rer au bruit de notre artillerie, courut chez le itaine , et lui représenta le danger d'une paaction. Si vous continuez à faire canonner bonnes gens qui nous ont si bien reçus , lui - il, il sortira des ports de Fez et de Salé des bres qui viendront, avant trois jours, donner

la chasse à notre vaisseau. €es mots adouci capitaine ; il donna aussitôt des ordres, on les ancres , et nous appareillâmes. Je fus fiigé d^une conduite si barbare ; et , comme s^était jeté dans la yole pour aller sonder le où nous devions passer, je lui demandai à m'd m barquer avec lui pour me distraire, et fortifieri uli peu ma santé en changeant d^air. Duval se pori y; ^en avant sur une île que nous devions côtoyer, qo m^y fit débarquer avec lui , et planta sur la poîri ^ la plus avancée un petit drapeau blanc , pow sa {} vir de direction au vaisseau. Tout d^un coap,m grand homme, déjà surTâge, sortit d'unboii|4i s^ avança vers nous ; il était entouré d^une pièce! || CQton bleu , et portait, d'une main^ une fe^A ; latanier qui lui ombrageait la tête , et defariit i un bâton qui Taidait à marcher. U nous aboiài j et après nous avoir salués, il nous dit de ii*Afl \ pas étonnés de trouver un homme blanc svd t bords. Je suis né en Suède, je m'appelle Voatnflil i j'exerçais la profession de médecin ; la révoldlMi « française m'attira à Paris, où je fis paraître qiii q ques écrits sur l'agriculture, sur les finances etl ti commerce ; mais ils irritèrent contre moi toitf k i| gens à systèmes; et leur fureur devint si gni* i que j'aurais été leur première victime sam le t »; cours de quelques amis. Échappé à ce péril, j t rassemblai au plus vite les débris de mon piM moine; je quittai la France, et m'embarqua

llrtnhonrg pour Irs tirs <lu (îa|i-^Vcii, ôA je t**(^ii- ^ai un |HMi|)lr .Hiinplr c( innocriit«qiii iiraccurilliL pniniiH' iiii aiiti du ^riitv liuniain.

Je résolue, cmi recoitii;ii.^.H;tnce de* son liospitailrf, de lui ift.spirer le goiVt du irâvaiU f]uotqiril iVii eût umiiii Imvschii. A iiiuii e\C!U|de, \vs î\o\v% Ctikivvreiil irab*)!*! i|iirli[nOH ar|H»nl.s di* talmc» waih ahuiMil bcauiunip, de Findt^o du pluM lirau

iolet, et (|Ui*lqu(\s loj^uuieH tli* rKurnpe , dimt l^avais apporté 1(\h graiurs. Ils ne voulaient point Tar^îenl; tnai.% jr payais Irur n'ccdle avoc des mou«« ctioii*^ des hidt's ilu i>lus l>raii ^oH^e. Us tUaient

IV» fermiers ; et prndaul quatre ans je lus le ilu5 heureux tien honuiics, Itirsqu'un jour j^qier- ^%îs plusieurs vaisseaux , que je cni.H tKabord eoin*

ijiiidéîi par iltH Anj^UiiH. Ils abord«Vent •nup^^8 le mou li;dulatii)n, et je m avec .lurprlse und )upe de brigands arme.s, qui vSe mirent h tb^as*'

;r xntA magasinn et à et^uper toutes mes plmvtatkm.i. Je m'e(ai^ cache dans le» bois; mais, ayant (ïfileudu phisieur8 (;cnsde Tequipat^e parler Iran-

\im^ je repris courage, et, nradresjianl A leur !nniniandairL , j^qqn is cpi'il avait ordre ibi gou- ^ernenu-Til lUiMue de détruire Ituis les étahltA.se*

lenl^H an^lai.^, H |»arut tn\s- fâché de sa niéprivse, tluie lit présent de quelque.'f bouteiUcjidVau'-^de-

}\ inaU je neii élaivS pas uioin!i ruini^. Je r |u$ donc de ne pbis duiuier désormais aui une

j[^cjk U iurUaic; je me retirai daa.s ce petit ilod

338 l'UAGMENTS

OÙ lc5 tortues et les cocotiers suffisent à mes besoins ; un peu de coton que )'<^pluche de temps en temps suffît à mes vêtements. J^ai été témoin de la barbarie que votre vaisseau a exercise , ce malin, contre les insulaires mes bons voisins; cependant mon amour pour mes semblables ne m^a point abandonne : lorsque je vous ai vu attacher votre signal sur le cap de cet îlot, )*at juge que vous courie/j le plus grand danger, car ce courant, qui vous a séduits , n^cst qu^un contre - courant. 11 faut que votre vaisseau porte , en levant sei ancres^ sud-sud-oucst, pendant une bonne heure; ensuite f en tirant une seconde bordée au sud, il sortira par ce débouché , à travers ces Ilots, di courant véritable^ qui porte h Test pendant six mois. Ainsi parla cet ^^trangcr. Duval le remercia du service qu^il venait de nous rendre , et lui offrit tout ce qui dépendait de lui dans Tlndcouen Europe. Non, dit-il , je ne veux plus rien de Tan* cien ni du nouveau Monde, il nous quitta en disant ces mots, et disparut bientôt h travers lei arbres de la foriH .' . . .

« Il y a ici une lacune considérable dans le ma- » nnscrit. (^ette partie de TAmaxone comprenait n le récit de la navigation de Tautcur, des rires » de r Afrique à celles de TAmérique. Cest donc

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n pr^» (le IVmboiichiiro de rAmazone que non» m allons lo retrouver. »

On respirait h peine, tant la chaleur (Hait grande : a5fii.H «ur le cabestan , je voyais les flots couverts de vi^^cUaux d'un vert de llrc^sil; ils paraissaient venir de Toccident. Des oiseaux de terre et une foule d'oiseaux de marine apparaissaient au milieu de cet or(^an de verdure, que le courant entraînait vers Torient. Tous ces indices me faisaient soupçonner (|ue nous dc^rivions vers quelques terres inconnues; je résolus de m'a<lresftcr à Duval, pour m'en ^clairrir. Précisément il venait à moi , ime carte à la main ; son visage ëtait^troublé : Je viens, me dit-il, d'avoir une querelle fort vive avec notre capitaine. Suivant sa coutume, il fumait sa pipe ; un mathématicien était auprès de lui, occupé à pointer ime carte de TAtlanticpie ; je ne lui ai pas dissimidé qu\\ force de changer la route du vaisseau, il Pavait mis dans une dangereuse position; que loin de pouvoir aborder au Bi*ésil, comme il Pavait désiré, nous étions àrembouchure de TAmaxone, d'où il était impossible de nous éloigner, sur-tout si Forage qui se préparait venait h souffler de Test. Vous pouvez, vous-même, ai- je ajouté, reconnaître d'ici tous les signes (pii annoncent les attérages de l'Ama/.onc. Le capitaine étant hors d'état de me répondre, le

34o FRAGMENTS

mathématicien a pris la parole et m*a dit : Monsieur le pilote, votre système s^éloigne de celui de Newton ; il est sûr que le mouvement de roUtion de la terre entraîne T Atlantique vers le Brésil ; et, par conséquent, le courant de rAmasooe porte vers le sud , jusqu^à quarante lieues du livage : ainsi , au lieu de nous contrarier , il doit nous être favorable. J^ai compulsé plusieurs joiu^ naux des vaisseaux du roi , qui tous attestent h même chose ; il y a peut-être des exemples contraires , mais c^est Teffet de quelque tempête o« de quelque tremblement de terre. Monsieur, ho ai-je répondu, la rotation de la terre n^entr^onepas plus les eaux de TOcéan au sud-ouest , que cette rotation n'entraîne les arbres de nos forêts vers ce même point. Mais , s'il faut en croire les observations de plusieurs vaisseaux de la compagnie des Indes, qui ne partent qu'en été, les courants du pôle nord, qui régnent dans cette saison , les ont entraînes vers le sud. Quant à nous qui sommes partis en hiver, je ne doute pas que les courants du pôle sud ne produisent un effet op* posé, en nous repoussant vers le nord. Le mathématicien me répondit simplement : Cela est calculé. Le capitaine a répété : Cela est calculé ; et je me suis retiré sans pouvoir obtenir d'autre réponse

DE L^AMAZONE. 34l

Il ëtait nuit, lorsque je fus réveillé par un éclat de la foudre ; un moment après, un deuxième coup se fit entendre , et tomba sur le mât de misaine : dans rinstant toutes ses voiles furent enflam*

' mées , et, comme je couchais au pied, je n^eus que le temps de sortir de mon trou, à Taide de Samson. Je me mis sur le cabestan , et j'aperçus dans le vaisseau la plus grande confusion ; le feu avait pris à la chambre commune. Déjà le vent, qui soufflait de Favant, poussait la flamme en arrière, et menaçait d^embraser toute notre voilure , et de rendre Tincendie universel, lorsque Duval sMtant remis au gouvernail, manœuvra si habilement, qu'il força le vaisseau d'arriver vent arrière , ce qui empêchait la flamme de s'étendre davantage. Cependant la tempête devenait de plus en plus furieuse. Au milieu de ce désordre, Samson songeait à notre salut : ayant frappé un coup de sa hache sur la tige du mât de beaupré , il le força de se rompre , et le fit tomber à tribord avec toute sa voilure ; puis, sautant dans la mer, il fia ses vergues avec ses cordages , et en fit un radeau qu'il attacha au vaisseau : sa femme et son enfant y descendirent aussitôt ; il m'engagea à les suivre , et nous ayant tous attachés avec des cordes, il s^éloigna du vaisseau , contre lequel les vagues menaçaient à chaque instant de nous briser. Alors la marée qui remontait l'Amazone , nous

I fit aller en dérive dans le fleuve, et nous vîmes le

342 fragm£:nts

spectacle le plus affreux que Timagination pause I [ concevoir. Le capitaine avait fait mettre le canota la mer, et on y avait jeté les caisses de piastres, dont il s'était emparé , à Taide de quelques convives qui avaient pris les armes. Cependant k financier faisait de vains efforts pour les rejoindre ; il poussait des cris affreux en se voyant si indignement dépouillé et abandonné par ces hommes perfides , qui s'éloignaient , en toute hâte , avec son or, à la lueur de Fincendie qui allait lui-même le dévorer. Je vis le vertueux Duval à son gouvernail , environné de flammes ; il ne songeait plus à sauver le vaisseau; maisilvoolait mourir à son poste. Son sort m'émut vivement ; mes yeux, obscurcis par les larmes , cherchaient toujours à le suivre : la marée , qui venait avec une extrême rapidité, me le fit bientôt perdre de vue. Nous n'apercevions plus qu'un tourbillon de flammes , lorsqu'une explosion terrible se fit entendre. Hélas! ce pauvre Duval, si simple, si modeste, si vertueux, était perdu pour jamais! Ainsi les gens de bien éprouvent , sur la terre, les maux destinés aux méchants.

Il était né dans une île de la mer Baltique dont tous les habitants sont d'excellents marins. Il s'honorait d'avoir reçu le jour dans cette zone qui a donné naissance à trois grands astronomes, Copernic, Tycho-Brahé et HerschcU. Son projet, après cette campagne, était de se retirer dans sa

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