‹ Œuvres complètes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre, mises en ordre et précédées de la vie de l'auteurChapitre 18 sur 19 · NOT£S DU PREAMBULE · texte numérisé non relu

NOT£S DU PREAMBULE

fuient vers rhorizon, et des bétes (auyes qui abandonnent les bois.

Les consonnancet physiques redoublent les sensations mo» raies, sur>tout lorsqu'elles passent d'un règne de la nature k un autre règne.

Voilà les raisons personnelles qu'il pouvait avoir ât parler peu dans les cercles ; mais je ne doute pas quUl n^en eût de beaucoup plus fortes ^ du côté même de nos soc étés. Je trouve ces raisons générales si bien déduites daps Texcellent chapitre des Essais de Montaigne, Sur Varl de conférer^ que je ne peux m'empècher d'en extraire ici quelques lignes, afin d'engager k lecteur à le lire tout entier.

« Comme notre esprit se fortifie par la communication des M esprits vigoureux et réglés, il ne se peut dire combien il se perd M et s'ab&tardit par le continuel commerce et k fréquentation dei » esprits bas et maladifs. Il n'est contagion qui s'espande comme n celle-là. Je sais , par asses d'expérience , combien en vaut M l'aune. J'aime à contester et à discourir ; mais c'est avec pea >» d'hommes et pour moi : car de servir de spectacle aux grands, M et (aire à l'envi parade de son esprit et de son caquet, M je trouve que c'est un métier très-messéant à un homme » d^honneur. »

C'est en effet , pour des gens de lettres, jouer ches les grands le même rôle que les Grecs affranchis, la plupart gens de lettres et philosophes, jouaient chez les Romains.

Voilà pour la conversation active de l'honnête homme diei les gens du monde; et voici, quelques pages plus loin, pour b conversation passive :

<< La gravité, la robe et la fortune de celui qui parle, donnent » souvent crédit à des propos vains et ineptes. Il est à présa- » mer qu'un Monsieur si suivi, si redouté, n ait au dedans quel

DE L^ARGADIK. 44?

M que «uffisftnce autre que populaire , et qu^uu homme à qui M on donne tant de commiisioni et de chargea ^ ai dédaigneux M et ai morguant, ne soit plus habile que cet autre qui le aalue » de ai loin , et que personne n^emploie. Non-ieulemeat lea » mots, maîa aussi lea grimaces de ces gens-là, se considèrent » et mettent en compte , chacun s'appliquant à y donner quel- » que belle et solide interprétation, S*îls se rabaissent à la I» conférence commune, et qu^on leur présente autre chose » qu'approbation et révérence , ils vous assomment de Tautorité s» de leur expérience. Ils ont ouï, ils ont vu, ils ont (ait : voua M ètea accablé. d'exemples. >»

QnWraitdonc dit Montaigne, dans un siècle où tant de petits ae croient grands ; où chacun a deux, trois, quatre titres pour se rehausser ; où ceux qui n'en ont pas , se retranchent aoaa le patronage de ceux qui en ontP A la vérité, la plupart commencent par se mettre aux genoux d'un homme qui lait du brait ; mais ils finissent par lui monter sur les épaules* Je ne parie pas de ces importants qui , s'emparant d'un écrivain pour avoir l'air de lui rendre service, s'interposent entre lui et lea aources des grâces publiques , afm de le mettre dans leur dépendance particiflièrc , et qui deviennent ses ennemis , s'il se reiiiae au malheur d'en être protégé. I/heureux Montaigne n'avait pas besoin de la fortune. Mais qu'aurait-il dit de cet hommes apathiques, si communs dans tous les rangs, qui, pour sortir de leur léthargie, recherchent la société d'un auteur célèbre, et attendent en silence qu'il leur débite à citaque phrase dea sentences toutes neuves on des bons mots ; qui n'ont paa même le sentiment de les coniuttre, ni l'esprit de les recueillir, a'ila ne sont débitas d'un ton qui leur en impose, ou s'ils ne lea voient vantés dam* les journaux; et qui enfin, s'ils en sont firappéa par hasard , ont souvent la malignité de leur donner un sent médiocre ou dang<Teux, pour affaiblir une réputation qui leur frit ombrage i* Certes, «i Michel Montaigne lui-même ne se fikl préaenté dans nos cercles que comme Michel , malgré son

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