‹ Œuvres complètes de Jules LaforgueChapitre 47 sur 151 · EN PROVINCE · texte numérisé non relu

EN PROVINCE

Ah ! la belle pleine Lune, Grosse comme une fortune !

La retraite sonne au loin,

Un passant, monsieur l’adjoint;

Un clavecin joue en face,

Un chat traverse la place :

La province qui s’endort !

Plaquant un dernier accord,

Le piano clôt sa fenêtre.

Quelle heure peut-il bien être?

Calme Lune, quel exil !

Faut-il dire : ainsi soit-il ?

Lune, ô dilettante Lune,

A tous les climats commune,

Tu vis hier le Missouri,

Et les remparts de Paris,

Les fiords bleus de la Norvvège,

Les pôles, les mers, que sais-je ?

Lune heureuse ! ainsi tu vois,

A cette heure, le convoi

De son voyage de noce !

Ils sont partis pour l’Ecosse.

Quel panneau, si, cet hiver,

Elle eût pris au mot mes vers !

Lune, vagabonde Lune,

Faisons cause et mœurs communes?

O riches nuits ! je me meurs,

La province dans le cœur !

Et la lune a, bonne vieille,

Du coton dans les oreilles.

Cassel. Juillet 1884.

POÉSIES

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