CHAPITRE PREMIER
La mort de lord Byron fut un deuil profond pour moimême. Je tne souviens encore de la matinée, à M&con, oh ma mère, qui connaissait ma passion pour ce Tasse et pour ce Pétrarque des Anglais dans un seul homme, craignant l'effet soudain et inattendu que ferait sur moi cette mort d'un inconnu, entr'ouvrit mes rideaux d'un main prévoyante et m'annonça avec précaution la catastrophe do poëte, comme elle m'aurait annoncé une perte de famille. Elle portait sur sa physionomie Tempreinte de la douleur qu'elle pressentait dans mon cœur. Mon deuil en efTet, à moi, fut immense' et ne se consola jamais de cette étoile éteinte dans le ciel de la poésie de notre siècle. Il avait beau avoir écrit cette parodie de l'amour intitulée Bon Juan. C'était une débauche de colère et de cynisme contre lui-même, un reniement de saint Pierre que le Weu déplore et pardonne. Sa [toésic est étemelle, parce qu'elle pleure mieux qu'elle ne fait semblant de rire. Sa note senable s'empare de l'âme comme un furrmonica cél^te. Les nerfs en souffrent, mais le cœur en saigne, et les gouttes de sang qui en découlent sont les délices des cœurs senfflbles.
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Vivement frappé de cette perte, l'idée me vint, idée en général malheureuse, de payer un tribut de deuil et de gloire à ce roi des poêles contemporains, en continuant ce poëinc sous le titre de Cinquième chant de CMld Harold. Je l'écrivis tout d'une haleine, trop vite, comme tout ce que j'ai écrit ou fait dans cette improviaon perpétuelle qu'on appelle ma vie, excepté quand l'événement qui presse ne laisse pas le temps de délibérer, et où le meilleur conseil, c'est l'inspiration.
Je supposai que lord Byron vivait encore, et que le génie qui lui avait inspiré les quatre premiers chuits de son poème inspirait à son génie le récit de sa propre mort. Mécontent de la somnolence de l'Italie, le poëte, en la quittant, lui adressait des adieux pleins d'amers reproches. Mais, dans mon plan, ces adieux n'étaient pas dans ma bouche, ils étaient dans la sienne, et parfaitement conformes aux sentiments exagérés qu'il avait maintes fois exprimés lui-même en vers et en prose, sentiments des ra> dicaux ou des carbonari étrangers, avec lesquels il était en .relation pendant qu'il habitait Venise, les bords du F6 ou les rives de l*Amo.
Voici ces vers :
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