‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 25 sur 186 · CHAPITRE PREMIEB · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIEB

Où va-t-il?... Il gouverne au berceau du soleil Hais pourquoi sur son bord ce terrible appareil Va-t-il, le cœur brùtaut d'une foi magnanime, Conquérir une tombe au désert de Solyme; Ou. pèlerin armé, son bourdon à la mata.

Laver ses pieds souillés dans les flots du Jourdain? Non : du sceptique Harold le doute et la doctrine. Le croissant ni la croix ne couvrent sa poitrine ; Jupiter, Mahomet, béros, grands hommes, dieux, (0 Christ, pardonne-lui I) ne sont rien à ses yeux Qu'un fantôme impuissant que l'erreur fait éclore. Rêves pins ou moins purs qu'un vida délire adore. Et dont par ses clartés la superbe oraison, Siècle après siècle, enRn délivre l'horizon.

Jamais, d'aocun autel ne baisant la poussière, Sa bouche ne murmure une courte prière ; Jamais, touchant du pied le parvis d'un saint lieu, Sous aucun nom mortel îl n'invoqua son Dieu I Le dieu qu'adore Harold est cet agent suprême, Ce pan mystérieux, insoluble problème, Grand, borné, bon, mauvais, que ce vaste univers Révèle à ses regards sons mille aspects divers : Être sans attributs, force sans providence.

Exerçant au hasard une aveogle poiasaoce ; Vrai Satome, enfontant, dévorant tonr à tour; Faisant le mal sans haine et le bien sans amour ; N'ayant ponr tont dessein qu'un étemel caprice ; Ne eommandant ni foi, ni loi, ni sacrifice;

LiTrant le faible au fort et le juste an trépas.

Et dont la raison dit : ((Eet-il7 ou a'eet-il pa«T ■

Ses compagnons épars, groupés sur le navire,

Ne parlent point entre eux de fol ni de martyre,

Ni des prodiges saints par la crois opéréa,

Ni des péchés remis dans les lieux coasacrés,

D'un plus fier évangile apdtres plus farouclies,

Des mots retentisesnts résonnent sur leurs boncbee :

Gloire, honneur, liberté, grandeur, droits des bumains.

Mort anx tyrans sacrés égorgés par leurs mains,

Mépris des préjugés sous qui rampe la terre,

Secours anx opprimés, vengeance, et surtout guerre ;

Ils vont, suivant partout l'errante Liberté,

Répondre en Orient au cri qu'elle a jetë ;

Briser les fers usés qne la Grèce assoupie

Agite, en s'éveillant, sur une race impie ;

Et voir dans ses sillons, inondés de leur sang,

Sortir d'un peuple mort nn peuple renaissant.

Déjà, dorant les mâts, le rayon de l'anrore

Se joue avec les flots que sa pourpre colore ;

La vagne, qui s'éveille au souffle frais du jour,

En sillons ëcumeux se creuse tour k tour ;

Et le Tusseau, serrant la voile mieux remplie.

Vole, et rase de près la cdte d'Italie.

Harold s'éveille ; il voit grandir dans le lointain

Les contours azurés de l'borizoo romain;

Il voit sortir grondant, du lit fangeux du Tibre,

Un Ilot qui semble enfin boilillonner d'être libre.

Et Socrate, dressant son sommet dans les airs.

Seul se montrer debout où tomtu l'univers.

Plus loin, sur les confins de cette antique Europe

Dans cet Éden du monde où languit Partbénope,

Gomme un phare étemel sur les mers allumé,

Son regard voit fumur le Vésuve enflammé :

Semblable au feu lointain d'un mourant incendie,

Sa llamme, dans le jour un moment assoupie.

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