‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 76 sur 186 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

gelée d^hiver, se réunissaient en tourbillon dans l'air audessus de la maison nue, et allaient et venaient comme des fous en jetant de petits cris désespérés; on eût dit qu'un renard était entré furtivement dans leur nid et avait mangé leurs œufs pendant qu'ils étaient sortis de l'arbre.

Ainsi chaque jour resserrait notre pauvre vie ; mais ce fut bien pis, quelques semaines après, quand ies quenouilles de maïs furent mûres et que la seconde récolte des feuilles de mûrier demanda & être cueillie. Tous les jour?, comme si nous avions été des voleurs, des agents du sbire rôdaient ici et là dans nos alentours, épiant les chèvres et les moutons qui nous donnaient le lait et la laine dans notre pauvreté toujours croissante ; l'huile de la lampe, que nous entretenions dans la cabane, le soir, devant la Madone, ne pouvant plus en acheter h la ville, semblait leur faire envie ; ils prétendaient que Fiord'Aliza, sa mère et Hyeronimo, nous n'avions pas le droit d'aller cueillir les noisettes que nous pilions dans le mortier pour en tirer quelques gouttes. Ils disaient que ces noisettes des bois voisins et sans maître appartenaient bien aux écureuils, mais pas à nous ; ils ne voulaient pas non plus que nous ramassions la mousse des steppes des voisins pour en faire

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des litières è. nos bâtes, parce que, disaient-ils, la moasse tient chaud & la terre, et que cette teri'e n* était plus à nous. S'ils aTaient pu, ils auraient confisqué le vent et interdit «m petites hirondelles de venir nous réjouir de leur babillage dans leurs nids cachés sous le rebord du toit Mon Dieu 1 avions>nous à souffrir ! Et cependant fair est si bon ici, sur ces cimes où la mat aria n'ose pas monter 1

Hyeronimo devenait le plus bel adolescent de toute la plaine de Lucques ; quant à Fior d' Aliza, la force de la jeunesse est telle qu'elle florissait d'autant mieux sous nos larmes ^ju'elle avait plus de peine, comme ces beïb« du bord de la cascade, qui sont d'autant plus riches et d'autant plus rouges qu'elles sont plus souvent mouillées par l'écome et ressécbées par le rayon de 8oleil.;Ellc chantait d^^ sur la porte qu'elle avait encore une goutte de pleurs sur les cils des yeux. On dit qu'elle éblouissait tous les [^lerins, qui s'arrêtaient exprès pour lui demander une gorgée d'eau dans sa •cruche. ■ Si les anges habitaient encore les hautslieux, dîsaienUils entre eux, en s" éloignant et en se retournant pour la regarder encore, nous dirions que ce n'est pas une fille de l'homme, mais une créature de lumière. > J'étais tout réjoui quand la mère de Hyeronimo, qui l'aimait comme sa fille, me rapportait ce qu'elle avaït entendu unà de la bouche des passants. Hyeronîmo s'en apercevait aossî tons les jours davantage ; il en était fier, mais aussi un peu jaloux. Il n'aimait pas que ces sbires rMassent sans cesse autour de nos limites. Fior d'Alîza, tontes les fois qu'elle

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