CHAPITRE QUATRIÈME
sortait pour mener tes chèvres k la feuille, r&ppelait pour raccompagner ; avec lui^ elle n'avait plus peur.
Cependant* un matin qu'il était allé dénicher des œufs de faisan dans les bruyères au plus haut des montagnes, derrière l'ermitage des Camaldules, elle eat bien plus peur, et nous avec elle, hélas I
Une bande de bûcherons de la plaine, armés de leurs grandes haches et de leurs longues scies d'acier pour abattre et débiter le bois dans les forêts, parut avec l'aurore au pied du gros ch&tugnier ; ils s'assirent en cercle autour des racines, aiguisèrent leur hache et leur scie sur des [Herres de grès, débouchèrent leurs fiasques de vin, se «oupërent des traochesde pain et de fromage, et se mirent k déjeuner gaiement tout près de nous.
Je m'approchai timidement d'eux, et je leur demandù poliment qu'est-ce donc qu'ils valaient faire si haut et ù loin dans une partie des montagnes où jamais )a hache des bûcherons n'avait retenti deptâs que te monde est monde.
— Vous allez le savoir, mon ami, me répondit une vnz qu'il me sembla rcomnaltre i son accait de méchanceté hypocrite (ma belle^œur, qui était accourue h son tour
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168 FIOR D'AUZA.
avec Fior d'Aliza, me dit vite que c't^tait celle du scribe Nicolas del Cal&mayo) ; vous allez le savoir à vos dépens. Dites adieu à votre arbre, it ne vous donnera ni ombre ce Boir, ni châtaignes cet automne. Le propriétaire l'a vendu hier au maître de ces bûcherons, pour l'abattre et pour l'exploiter à son profit. )l m'a chargé de monter à sa place jusqu'ici pour leur livrer l'arbre et pour verbaliser contre vous si vous mettiez obstacle h. la livraison.
— Comment si j'y mets obstacle! m'écriai-je en me précipitant les deux bras. ouverts et tendus devant moi pour me jeter entre l'arbre et la hache ; mais c'est comme si vous commandiez de ne pas m'opposer à ce qu'on enlevât ma tête aveugle de dessus mes épaules! Cet arbre, monsieur, c'est autant que ma tète!... c'est plus que ma pauvre tête, ajoutai-je en pleurant; c'est la vie de toute ma famille, c'est te père nourricier de ma sœur, de mon neveu, de ma fille et de moi ! Vous savez bien, vous qui avez apporté le papier qui nous a dépouillés de tout ce qui Taisait vivre ici les Zampognari depuis les siècles des siècles, vous savez bien qu'on ne nous a laissé que ces trois grosses branches qui s'étendent de notre côté sur la pelouse et sur la maison qui nous restent ; vous savez bien que ces branches sont & nous, c'est encore assez, car l'arbre est si grand que ces seules branches, le quart de l'arbre, nous rempliront encore au moins huit sacs de châtaignes ; c'est juste ce qu'il faut pour quatre bouches, en économisant. Vous me tueriez plutôt contre le châtaignier
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