‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 78 sur 186 · CHAPITRE QUATaiÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATaiÈME

que de vous laisser porter la hache sur son écorce ; si quelque chose est à nous sur la terre, c'est lui ! Oserez-vous nier que le papier des juges me réserve en jouissance tout te bois, toutes les feuilles, toute l'ombre, tous les fruits de ce côté?

— Non, répondit l'homme de loi, je ne le conteste pas; mais, de voire côté, oserez-vous nier que la propriété de Tarbre lui-même est au capitaine des sbires, et que, quand il aura fait de sa propriété ce qu'il a le droit d'en faire, votre droit tout conditionnel, à vous, ne subsistera plus : car, puisqu'il est le propriétaire, il a le droit d'abattre l'arbre, et, le tronc une fois abattu, que deviennent les branches ?

— Tavoue, monsieur, que je n'y avais jamais pensé et que je restai muet à cette réponse ; mais si ma parole ne pouvait repousser sa raison, toute ma vie en moi protestait cooire cette iniquité de l'homme de loi.

Magdalena et Fior d'Aliza alors, qui n'avaient jamais plus que moi pensé seulement qu'on pouvait nous abattre le châtaignier sur la tête, ne cherchaient pas de raisons mais des supplications contre cet homicide.

Tombées à genoux aux pieds de l'homme noir, elles levaient leurs mains vers ses mains, le conjurant de nous

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laisser vivre, et lui expliquant, ainm qu'aux bûcherons, que nos quatre vies tenaient aux racines et aux branches de ce toit nourricier de leurs pères. Ab ! si vous les aviez entendues, monsieur, demander aux bâcherons avec quoi elles me nourriraient dans c^tte cabane, désormais sans le moindre champ à cultiver autour des murst sur quoi elles coucheraient leur pauvre petit troupeau, dont les feuilles du châtaignier étaient la nourriture et toute la liiière! Il y ftvait de quoi fendre le tronc de l'arbre, mais non le cœur de l'homme de loi.

Cependant il faut être juste, les bûcherons semblaient attendris en voyant cette belle jeune TiIle, inondée de larmes jusqu'au bout des mèches de ses cheveux épars sur son sein d'enfant. Ils se regardaient entre eux, ils comprenaient cette misère, ils regardaient la masse, la magnificence et la verte vieillesse féconde de l'arbre; ils détournaient le tranchant de leurs haches sur lesquelles quelques gouttes de leurs yeux tombaient silencieusement.

— Allons, k l'ouvrage ! dit l'homme de toi.

Les bûcherons semblent hésiter à obéir : l'un dit qu'il ajuste le manche de sa hache, l'autre que les dents de sa scie ne mordent pas.

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