‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 79 sur 186 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Pendant cette hésitation des bûcherons, Galamayo, l'homme noir, feignit de se laisser attendrir par les larmes de la mère et de l'enfant; il tira an peu i l'écart Magdatena, et lui dit à voix basse quelques mots à l'oreille avec un faux air de bonté :

— Peut-être, lui dit-il, y aurait-il encore un moyen de sauver le ch&taignier, si vous étiez une femme d'esprit et une mère raisonnable? Le capitaine des sbires a le cœur sensible, quoiqu'il ait déjà ta barbe un peu grise; il est garçon, il est riche, il est ennuyé de vieillir seul, sans joie dans sa maison, sans enfant après lui pour hériter de ses scui/i et de son domaine; il a été ébloui, à ses voyages dans la montagne, de la beauté de votre fille et de son innocence. Qui sait, si vous lui envoyiez Fior d'Aliza, avec un panier de figues et de chftlaignes à son bras, lui demander la gr&ce du ch&taignier et des figuiers, s'il ne vous accorderait pas à cause d'elle la vie de Tarbre et même la restitution du domtùne tout entier de vos pères? Tout dépendrait de vous, j'en suis sûr ; on nu refuse rien à une gposa qui donne son cœur en échange d'un morceau de terre sur la montagne. Que dites-vous de mon idée ? Voyons, pensez uu peu ; je vous donne pour réOéchir le

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temps que l'ombre de cette branche mettra à se replier jusqu'à ses racines.

Hagdeiana resta immobile, piîlriOée, muette à ces paroles, dont elle comprit bien la malice. L'idée de dépayser ma fille de la cabane 0(1 elle ne faisait qu'une avec nous trois; ridée de la séparer d'Hyeronimo, dont elle n'avait jamais été désunie depuis ta mamelle qui les avait nourris l'un et l'autre ; Tidée de jeter cette âme, qui rayonnait semblable au soleil de tous nos matins sur notre fenêtre, comme un misérable tas de baioques de cuivre à un étranger, en échange de ta place qu'il nous laisserait ainsi pour végéter sur la montagne, lui souleva le cœur.

— Moi, monsieur, donner Fior d'Aliza pour quoi que ce soit, même pour ma pauvre vie dans ce bas-monde! Ab ! si c'est W le prix qu'exige le ciel pour nous épargner, qu'il nous tue tout de suite ; qu'il nous ensevelisse tous les quatre ensemble dans le tronc de l'arbre que ces bourreaux de bûcherons vont abattre sur nos têtes ! Mille fois plutôt mourir que de céder ma fille & cet homme dur I Quand ce serait même, le prince de Lucques, il n'aurait pas assez de son duché pour la payer & sa tante, & son père et & Uyeronimo; c'est comme si vous me disiez qu'on va payer à

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