CHAPITRE QUATBIÈME. in
haletant, le sang rose sur la tempe de sa jeune maîtresse, Fior d'AIiza.
— Tenez, monsieur, on voit, à ce qu'on dit, encore la marque, ajouta l'aveugle en promenant te doigt sur la joue de la jeune sposa.
A ce moment, continua-t-il, Hyeronimo, qui descendait des hauteurs des Camaldules avec un énorme fagot de genêts sur le cou, entendit les aboiements de Zampogna, les coups de hache des bûcherons, les voix larmoyantes de sa mëre, de Fior d'AIiza et de moi ; à travers une clairière, il fit Calamayo et ses hommes qui nous arrachaient avec violence du tronc de l'arbre, et qui nous rejetaient sans pitié sur les pierres et sur les racines arrosées du sang du visage de sa cousine. I) jeta son fagot pour courir plus vite, et, tenant à la main le bacheron qui lui servait k couper les genêts et les bruyères pour le feu de l'hiver prochain, en trois t)onds, avec de grands cris qui nous réveillèrent de notre demi-mort tous les trois, il s'élança entre nous, l'arhre et les bûcherons, et, brandissant sa hachette sur leurs têtes, il les écarta, tous étonnés et tous tremblants, à une certaine distance, groupés autour de Calamayo.
Sa fureur redoubla en voyant le sang de sa cousine. Eo
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deux mots, nous lai racontâmes la scène qai venait de se
passer.
— Misérables l&ches I cria-t-it k Calamayo et & ses acolytes, vous n'aurez la vie du ch&taignier qu'avec ma vie ! L'arbre est la vie de ma mère, de mou oncle, de ma cousine, de nos pères et de nos enfants; tuez-nous tout de suite si vous voulez le tuer, mais vous ne te tuerez p!i8, moi vivant I
A ces mots, il s'approcha, avec un geste désespéré et pitoyable, les bras en l'air, de l'entaille déjà profonde de l'arbre, et, tout p&le de douleur, il pleura un moment en silence comme on pleure sur la blessure d'un homme mourant d'un coup de feu.
Cependîint un dialogue terrible et menaçant s'était établi & distance entre Hyeronimo et Calamayo, abrité, contre le jeune homme, derrière le groupe armé de ses bûcherons.
— Vous êtes témoins , disait l'homme de loi, que ce jeune insensé s'est opposé avec violence, et une arme k la main, h. l'abattement de l'arbre, et qu'il fait opposition h, la justice. Nous cédons à ses menaces pour ne pas ensanglanter le débat, nous prenons acte de son délit et nous réservons les droits à l'exécution de l'ordre, auquel nous si
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CHAPITBE QUATRIÈME. 177
délégués, pour tes faire exécuter en leur temps par la force publique.
Calamayo et ses ouvriers se retirèrent après cette protestation en nous faisant des gestes et en poussant des clameurs de veDgeance. Ma pauvre sœur, prenant la tête en sangtantée de Fior d'Aliza sur ses genoux, étancha le sang que sa chute sur la racine faisait égoutter de sa tempe. Hyeronimo alla puiser de l'eau dans le creux de ses deux mains pour laver et démêler ses beaux cheveux blonds, humides de sang et poudrés de terre.
Ce fut alors que nous pleurâmes tous les quatre comme nous n'avions jamais pleuré. Hélas I nous étions restés vainqueurs, gr&ceà l'apparition et au courage d'Hyeronimo.
L'entaille de l'arbre, quoique saignante, n'était pas mortelle : en plaquant de la terre humide sur la blessure et en la recouvrant de morceaux d'écorce reliés autour du tronc par des lianes, nous pouvions le guérir et vivre encore de ses dons d'automne tous les hivers; notre petit troupeau de chèvres et de cabris nous alimenterait pendant la belle saison, nos figues sèches nous remplaceraient les raisins disparus avec la vigne ; mais nous ne nous dissimulions pas que le châtaignier n'avait pas longtemps à vivre, puisque te sbire et son conseiller avaient juré de nous réduire à la mendicité et de nous expulser par la faim de notre pauvre nid sur la montagne.
aUVB, COHPL. -
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Ma sœur nous raconta l'amour du capitaine des sbires pour sa belle enfant, la condition que l'avocat avait mise tout bas à la vie du châtaignier et à la restitution de nos petits champs, troqués contre la cousine d'Byeronimo. A cette confidence, Hyeronimo, sans rien dire, devint plus rouge et plus resplendissant de colère contenue, que quand il s'était jeté, sa hachette & la main, seul contre dix hommes armés. Fier d'Atiza ne le vit pas, mais elle devînt pâle comme un linge et se colla convulsivement contre le sein de sa mère.
Quant & moi, je mis ma tête aveugle entre mes deux mains, sur mes genoux tout tremblants, et je pressentis confusément de grands malheurs. Hélas ! pourquoi ces seigneurs pèlerins de Lucques nous avaient-its découverts dans notre pauvre cabane , et pourquoi Fior d'Aliza les avait-elle éblouis, comme une étoile dans un ciel de nuit, sur nos montagnes, éblouit Vœi\ et fait rêver k mal le bergerl
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