‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 93 sur 186 · CHAPITRE CINQUIEME. SOI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME. SOI

ce qu'il m'a fait pour le hMr? Ou bien : Est-ce qu'il ne m'aime pas? Mais qu'est-ce que je lui ai tait pour qu'il- me haïsse?

Ce fut le temps où je me cachai de ma tante elle-même pour m'habiller, toute seule, derrière la porte de la maiso», les dimanches, et où je me regardai pour les premières fois dans le morceau de miroir cassé encadré dans le mur contre la cheminée. Il semblait que je voulusse me faire belle pour mon ange gardien, car, quand les pèlerins passaient par hasard près du ch&taignier, et qu'ils regardaient en se parlant entre eux mon visage, cela mo faisait bonté au lieu de me faire plaisir; ce n'était pas pour eux que je désirais voir mes cheveux reluire comme de l'or au soleil.

Pourtant je vis bien qu'Hyeronimo n'avait rien contre moi quand il s'élança & mon secours, comme un taint Michel dans le tableau, contre les sbires, et qu'il tira, k la vue de mon sang, son tromblon contre la gueule do six fusils braqués sur sa poitrine. Je dois même dire que je me réjouis eo moi-même de voir couler mon sang sur mes bras, puisque ces grains de plomb qu'il m'arracha de la peau avec ces dents lui étaient entrés plus avant qu'à moi dans le cœur.

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309 PIOR D'ALIZA.

Mais, hélas I mon père et ma tante, le moment où les sbires l'enchaînèrent, le lendemain, là, sur l&plancher, et Tentrainèrent k la prison de Lucqqes en l'accablant d'outrages et de menaces de mort, m'en apprit bien vite plus que je n'en aurais su en trois ans. Je sentis que mon cœnr s'en allsjt tout entier avec lui et que la chaîne de fer qui lui garrottait les membres me tirait en bas aussi fort que s! j'en avais été garrottée moi-même.

Ce ne fut point une illusion, monsieur, je te sentis comme je vous vois ; ce fut comme un poids qui Tait, bon gré, mal gré, trébucher une balance. Je sautai du lit, à demie nue, et je me dis : Ils en tueront deux ou je l'arracherai de leurs mains; allons!... Son ange gardien était entré en moi, il avait pris ma figure.

Ma tante et mon père étaient dehors de la porte à écouter les pas des sbires qui entraînaient Hyeronimo dans la nuit; ■je m'habillai dans l'ombre, mais, quand je me vis à moitié habillée, avec mes cheveux longs et bouclés, mal retenus par l'aiguille & ta pointe de clou au sommet de la tête, avec ma veste brodée de vert sur la poitrine, mes bras nus sortant de ma chemise, mes manches 'de drap tombant vides le long de mon corps, ma jupe courte, mes pieds nus dans

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