‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 152 sur 295 · LIVRE IV. - CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE IV. - CHAPITRE VI

Delambre a bien voulu entreprendre cette discussion à ina prière ; il a trouvé 62^5 pour Taberration entière, valeur exactement la même que Bradley avait conclue de ses observations. Il est satisfaisant de voir un accord aussi parfait entre des résultats tirés de méthodes aussi diffé* rentes. Il suit de cet accord que la vitesse de la lumière est uniforme dans tout l'espace compris par l'orbe terrestre. En effet, la vitesse de la lumière, donnée par l'aberration, est celle qui a lieu sur la circonférence de l'orbe terrestre, et qui, se combinant avec le mouvement de la Terre, produit ce phénomène. La vitesse de la lumière, conclue des éclipses des satellites de Jupiter, est déterminée par le temps que la lumière emploie à traverser l'orbe terrestre ; ainsi, ces deux vitesses étant les mêmes, la vitesse de la lumière est uniforme dans toute la longueur du diamètre de l'orbe de la Terre. Il résulte même de ces éclipses que cette vitesse est uniforme dans l'espace compris par l'orbe de Jupiter; car, à raison de l'excentricité de cet orbe, l'effet de la variation de ses rayons vecteurs est très sensible sur les éclipses des satellites, et la discussion de ces éclipses a prouvé que cet effet correspond exactement à l'uniformité du mouvement de la lumière.

Si la lumière est une émanation des corps lumineux, l'égalité de la vitesse de leurs rayons exige qu'ils soient lancés par chacun d'eux avec une force qui soit la même, et que leurs mouvements ne soient point sensiblement retardés par les attractions qu'ils éprouvent de la part des corps étrangers. Si l'on fait consister la lumière dans les vibrations d'un fluide élastique, l'uniformité de sa vitesse exige que la densité de ce fluide dans toute l'étendue du système planétaire soit proportionnelle a son ressort. Mais l'extrême simplicité avec laquelle l'aberration des astres et les phénomènes de la réfraction de la lumière, en passant d'un milieu dans un autre, s'expliquent en considérant la lumière comme une émanation des corps lumineux, rend cette hypothèse au moins très vraisemblable.

L'orbe du second satellite se meut uniformément, avec une inclinaison constante, sur un plan fixe qui passe constamment entre l'équateur et l'orbite de Jupiter, par leur intersection mutuelle, et dont l'inclinaison

à cet équateur est de 201''. L'orbe du satellite est incliné de SiSs'' à son plan fixe, et ses nœuds ont sur ce plan un mouvement tropique rétrograde, dont la période est de 29*"*, 9142 ; cette période est une des données qui m'ont servi à déterminer les masses des satellites. L'observation n'a point fait connaître d'excentricité propre à cet orbe; mais il participe un peu des excentricités des orbes du troisième et du quatrième satellite. Les deux inégalités principales du second satellite dépendent des actions du premier et du troisième; le rapport qu'ont entre elles les longitudes des trois premiers satellites réunit pour toujours ces inégalités en une seule, dont la période dans le retour des éclipses est de 437^,659, et dont la valeur est la troisième donnée que j'ai employée à la détermination des masses.

L'orbe du troisième satellite se meut uniformément, avec une inclinaison constante, sur un plan fixe qui passe constamment entre l'équateur et l'orbite de Jupiter, par leur intersection mutuelle, et dont Finclinaison sur cet équateur est de 93i'\ L'orbe du satellite est incliné de 3384'' à son plan fixe, et ses nœuds ont sur ce plan un mouvement tropique rétrograde» dont la période est de 141*"*» 739. Les astronomes supposaient les orbes des trois premiers satellites en mouvement sur l'équateur même de Jupiter; mais ils trouvaient une plus petite inclinaison à cet équateur sur l'orbite de là planète par les' éclipses du troisième que par celles des deux autres. Cette différence, dont ils ignoraient la cause, vient de ce que les orbes des satellites ne se meuvent point avec une inclinaison constante sur cet équatenr, mais sur des plans divers et qui lui sont d'autant plus inclinés que les satellites sont plus éloignés de la planète. La Lune nous offre un résultat semblable, comme on l'a vu dans le Chapitre précédent; c'est de là que dépend l'inégalité lunaire en latitude, dont la valeur donne l'aplatissement de la Terre, plus exactement peut-être que les mesures des degrés du méridien.

L'excentricité de l'orbe du troisième satellite présente des anomalies singulières, dont la théorie m'a fait connaître la cause. Elles dépendent de deux équations du centre distinctes. L'une, propre à cet orbe, se

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