LIVRE IV. - CHAPITRE XVIIL
cule» lorsqu'elle est infiniment peu dérangée de cette position, tend à y revenir en vertu des forces qui la sollicitent. C'est là ce qui constitue l'élasticité dont on peut supposer tous les corps doués, lorsqu'on ne change qu'extrêmement peu leur figure. Mais, quand l'état respectil des molécules éprouve un changement considérable, ces molécules retrouvent de nouveaux états d'équilibre stable, comme il arrive aux métaux écrouis, et généralement aux corps qui par leur mollesse sont susceptibles de conserver toutes les formes qu'on leur donne en les pressant. La dureté des corps et leur viscosité ne me paraissent être que la résistance des molécules à ces changements d'état d'équilibre. La force expansive de la chaleur étant opposée à la force attractive des molécules, elle diminue de plus en plus leur viscosité ou leur adhérence mutuelle par ses accroissements successifs, et lorsque les molécules d'un corps n'opposent plus qu'une très légère résistance à leurs déplacements respectifs dans son intérieur et à sa surface, il devient liquide. Mais sa viscosité, quoique très affaiblie, subsiste encore jusqu'à ce que, par une augmentation de température, elle devienne nulle ou insensible. Alors, chaque molécule retrouvant dans toutes ses positions les mêmes forces attractives et la même force répulsive de la chaleur, elle cède à la pression la plus légère, et le liquide jouit d'une fluidité parfaite. On peut conjecturer avec vraisemblance que cela a lieu pour les liquides qui, comme l'alcool, ont une température fort supérieure à celle ou ils commencent à se congeler. C'est dans ces liquides que les lois des phénomènes capillaires, comme celles de l'équilibre et du mouvement des fluides, s'observent avec exactitude ; car les forces dont les phénomènes capillaires dépendent sont si petites que le plus léger obstacle, tel que la viscosité des liquides et leur frottement contre les parois qui les renferment, suffit pour en modifier sensiblement les efiets. L'influence de la figure des molécules est très remarquable dans les phénomènes de la congélation et de la cristallisation, que l'on rend beaucoup plus promptes en plongeant dans le liquide un morceau de glace ou de cristal formé du même liquide ; les molécules de la surface de ce solide se présentant aux molécule»
liquides qui les touchent dans la situation la plus favorable a leur union avec elles. On conçoit que l'influence de la figure, quand la distance augmente, doit décroître bien plus rapidement que l'attraction elle-même. C'est ainsi que, dans les phénomènes célestes qui dépendent de la figure des planètes, tels que le flux et le reflux de la mer et la précession des équinoxes, cette influence décroit en raison du cube de la distance, tandis que l'attraction ne diminue qu'en raison du carré de la distance.
Il parait donc que l'état solide dépend de l'attraction des molécules, combinée avec leur figure, en sorte qu'un acide, quoique exerçant sur une base une moindre attraction à distance que sur une autre base, se combine et se cristallise de préférence avec elle si, par la forme de ses molécules, son contact avec cette base est plus intime. L'influence de la figure, sensible encore dans les fluides visqueux, est nulle dans ceux qui jouissent d'une entière fluidité. Enfin tout porte à croire que, dans l'état gazeux, non seulement l'influence de la figure des molécules, mais encore celle de leurs forces attractives est insensible par rapport à la force répulsive de la chaleur. Ces molécules ne paraissent être alors qu'un obstacle à l'expansion de cette force ; car on peut dans un grand nombre de cas, sans changer la tension d'un gaz renfermé dans un espace donné, substituer à plusieurs de ses parties des parties d'un autre gaz, égales en volume. C'est la raison pour laquelle divers gaz, mis en contact, finissent à la longue par se mêler d'une manière uniforme ; car ce n'est qu'alors qu'ils sont dans un état stable d*équilibre. Si l'un de ces gaz est de la vapeur, l'équilibre n'est stable que dans le cas où cette vapeur disséminée est en quantité égale ou moindre que celle de la même vapeur qui se répandrait, à la même température, dans un espace vide égal à celui qu'occupe le mélange. Si la vapeur est en plus grande quantité, l'excédent doit, pour la stabilité de l'équilibre, se condenser sous forme liquide.
La considération de la stabilité de l'équilibre d'un système de molécules réagissantes les unes sur les autres par leurs forces attractives est très utile pour l'explication d'un grand nombre de phénomènes. De