LIVRE IV. -^ CHAPITRE XVIII
même que, dans un système de corps solides et fluides animés par la pesanteur, la Mécanique nous montre plusieurs états d'équilibre stable, la Chimie nous offre, dans la combinaison des mêmes principes, divers états permanents. Quelquefois deux premiers principes s'unissent ensemble, et les molécules formées de leur union s'unissent à celles d'un troisième principe : telle est, selon toute apparence, la combinaison des principes constituants d'un acide avec une base. D'autres fois, les principes d'une substance, sans être unis ensemble comme ils le sont dans la substance même, s'unissent à d'autres principes et forment avec eux des combinaisons triples ou quadruples, en sorte que cette substance, retirée par l'analyse chimique, est alors un produit de cette opération. Les mêmes molécules peuvent encore s'unir par diverses faces, et produire ainsi des cristaux différents par la forme, la dureté, la pesanteur spécifique et leur action sur la lumière. Enfin la condition d'un équilibre stable me parait être ce qui détermine les rapports fixes suivant lesquels divers principes se combinent dans un grand nombre de circonstances, rapports qui, d'après l'expérience, paraissent être souvent les plus simples et de nombre à nombre. Tous ces phénomènes dépendent de la forme des molécules élémentaires, des lois de leurs forces attractives, de la force répulsive de l'électricité et de la chaleur, et peut-être d'autres forces encore inconnues. L'ignorance où nous sommes de ces données et leur complication extrême ne permettent pas d'en soumettre les résultats à l'Analyse mathématique. Mais on supplée ce grand avantage parle rapprochement des faits bien observés, en s'élevant par leur comparaison à des rapports généraux qui, liant ensemble un grand nombre de phénomènes, sont la base des théories chimiques dont ils étendent et perfectionnent les applications aux arts.
En voyant toutes les parties de la matière soumises à l'action de forces attractives, dont l'une s'étend indéfiniment dans l'espace, tandis que les autres cessent d'être sensibles aux plus petites distances perceptibles à nos sens, on peut se demander si ces dernières forces ne sont pas la première modifiée par la figure et les distances mutuelles
action capillaire écartent le liquide» et alors on conçoit qu'ils doivent, pour être en équilibre, suppléer par leur poids celui du liquide écarté. En général, l'augmentation du poids d'un corps de figure quelconque, due à l'action capillaire, est égale au poids du volume de liquide qu'il élève au-dessus du niveau par l'action capillaire, et si le liquide est déprimé au-dessous, l'augmentation de poids se change en diminution, et le poids du corps en équilibre est alors égal au poids d'un volume de liquide, pareil à celui que le corps déplace, soit par l'espace qu'il occupe au-dessous du niveau, soit par l'espace qu'il laisse vide, en écartant le liquide par l'action capillaire.
Ce principe embrasse le principe connu d'Hydrostatique sur la diminution du poids d'un corps plongeant dans un liquide; il suffit d'en supprimer ce qui est relatif à l'action capillaire qui disparait totalement, quand le corps est entièrement plongé dans le liquide au-dessous du niveau. Pour le démontrer, imaginons un canal vertical assez large pour embrasser le corps et tout le volume sensible de liquide qu'il soulève ou qu'il laisse vide par l'action capillaire ; supposons que ce canal, après avoir pénétré dans le liquide, devienne horizontal, et qu'ensuite il se relève verticalement jusqu'à la surface du liquide, en conservant toujours la même largeur. Il est clair que, dans l'état d'équilibre, les poids contenus dans les deux branches verticales de ce canal doivent être ^aux; il faut donc que le corps, par sa légèreté spécifique, compense le poids du liquide élevé par l'action capillaire, ou, si cette action le déprime, il faut que, par sa pesanteur spécifique, il compense le vide que cette action produit. Dans le premier cas, l'action capillaire tend à faire plonger le corps dans le liquide ; dans le second cas, cette action soulève le corps, qui peut être par la maintenu à la surface du liquide, quoique spécifiquement plus pesant.
C'est ainsi qu'un cylindre d'acier très délié, dont le contact avec l'eau est empêché par un vernis ou par une couche d'air qui l'enveloppe, se soutient à la surface de ce liquide. Si l'on place ainsi horizontalement sur l'eau deux cylindres égaux et parallèles qui se touchent de manière qu'ils se dépassent mutuellement, on observe qu'à l'instant