‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 229 sur 295 · LIVRE V. - CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. - CHAPITRE II

De tous les astronomes anciens, celui qui^ par le grand nombre et par la précision des observations, par les conséquences importantes qu'il sut tirer de leur comparaison entre elles et avec les observations antérieures, et par la méthode qui le guida dans ses recherches, mérita le mieux de l'Astronomie, est Hipparque, de Nicée en Bithynie, qui vécut dans le n® siècle avant notre ère. Ptolémée, à qui nous devons principalement la connaissance de ses travaux et qui s'appuie sans cesse sur ses observations et sur ses théories, le qualifie avec justice o d'astronome d'une grande adresse, d'une sagacité rare, et sincère ami de la vérité ». Peu content de ce qu'on avait fait jusqu'alors, Hipparque voulut recommencer et n'admettre que des résultats fondés sur une nouvelle discussion des observations ou sur des observations nouvelles plus exactes que celles de ses prédécesseurs. Rien ne fait mieux connaître l'incertitude des observations égyptiennes et chaldéennes sur le Soleil et sur les étoiles que la nécessité où il se trouva d'employer celles des premiers astronomes d'Alexandrie pour établir ses théories du Soleil et de la précession des équinoxes. Il détermina la durée de l'année tropique, en comparant une de ses observations du solstice d'été avec celle d'un pareil solstice qu'Aristarque avait faite dans l'année 281 avant notre ère. Cette durée lui parut un peu moindre que l'année de 365^ \ adoptée jusqu'alors, et il trouva qu'à la fin de trois siècles il fallait retrancher un jour. Mais il remarqua lui-même le peu d'exactitude d'une détermination fondée sur les observations des solstices et l'avantage de se servir pour cet objet des observations des équinoxes. Celles qu'il fit dans un intervalle de trente-trois ans le conduisirent à peu près au même résultat. Hipparque reconnut encore que les deux intervalles d'un équinoxe à l'autre étaient inégaux entre eux et inégalement partagés par les solstices, de manière qu'il s'écoulait quatre-vingt-quatorze jours et demi de l'équinoxe du printemps au solstice d'été, et quatre-vingt-douze jours et demi de ce solstice à l'équinoxe d'automne.

Pour expliquer ces différences, Hipparque fit mouvoir le Soleil uniformément dans un orbe circulaire ; mais, au lieu de placer la Terre à

son centre, il l'en éloigna de la vingt-quatrième partie du rayon, et il fixa l'apogée au sixième degré des Gémeaux. Avec ces données, il forma les premières Tables du Soleil mentionnées dans l'histoire de l'Astronomie. L'équation du centre qu'elles supposent était trop grande; on peut croire avec vraisemblance que la comparaison des éclipses, dans lesquelles cette équation parait augmentée de l'équation annuelle de la Lune, a confirmé Hipparque dans son erreur et peut-être l'a produite ; car cette erreur, qui surpassait un sixième de la valeur entière de Téquation, se réduisait au seizième de cette valeur dans le calcul de ces phénomènes. Il se trompait encore en supposant circulaire l'orbe elliptique du Soleil et en regardant comme uniforme la vitesse réelle de cet astre. Nous sommes assurés aujourd'hui du contraire par les mesures de son diamètre apparent ; mais ce genre d'observations était impossible au temps d'Hipparque, et ses Tables du Soleil, malgré leur imperfection, sont un monument durable de son génie, que Ptolémée respecta au point d'y assujettir ses propres observations.

Ce grand astronome considéra ensuite les mouvements de la Lune.

Il détermina, par la comparaison d'éclipsés choisies dans les circonstances les plus favorables, les durées de ses révolutions relativement aux étoiles, au Soleil, à ses nœuds et à son apogée. Il trouva qu'un intervalle de 126007^ ^ renfermait 4267 mois entiers, 4^73 retours d'anomalie, 461:2 révolutions sidérales de la Lune moins ^ de la circonférence. Il trouva, de plus, qu'en 5458 mois la Lune revenait :>923 fois au même nœud de son orbite. Ce résultat, fruit d'un travail immense sur un très grand nombre d'observations dont il ne nous reste qu'une très petite partie, est peut-être le monument le plus précieux de l'ancienne Astronomie, par son exactitude et parce qu'il représente à cette époque la durée sans cesse variable de ces révolutions. Hipparque détermina encore Texcentricité de l'orbe lunaire et son inclinaison à l'écliptique, et il les trouva les mêmes, à très peu près, que celles qui ont lieu maintenant dans les éclipses, où Ton sait que l'un et l'autre de ces éléments sont diminués par l'évection et par Tinégalité principale du mouvement de laLuneen latitude. La constance de l'in-

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