‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 242 sur 295 · LIVRE V. -- CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V. -- CHAPITRE IV

des doutes à un esprit fait pour sentir la force de l'analogie ? et ne doit-on pas dire, avec Kepler, que la nature proclame ici d'une voix haute la vérité de cette hypothèse î II faut l'avouer, Tycho, quoique grand observateur, ne fut pas heureux dans la recherche des causes; son esprit peu philosophique fut même imbu des préjugés de l'Astrologie judiciaire, qu'il a essayé de défendre. Il serait cependant injuste de le juger avec la même rigueur que celui qui se refuserait, de nos jours, à la théorie du mouvement de la Terre, confirmée par les nombreuses découvertes faites depuis, en Astronomie. Les difficultés que les illusions des sens opposaient alors à cette théorie n'avaient point encore été résolues. Le diamètre apparent des étoiles, supérieur à leur parallaxe annuelle, donnait à ces astres, dans cette théorie, un diamètre réel plus grand que celui de l'orbe terrestre; le télescope, en les réduisant à des points lumineux, a fait disparaître cette grandeur invraisemblable. On ne concevait pas comment les corps détachés de la Terre pouvaient en suivre les mouvements. Les lois de la Mécanique ont expliqué ces apparences; elles ont fait voir, ce que Tycho, trompé par une expérience fautive, refusait d'admettre, qu'un corps, en partant d'une grande hauteur et abandonné à la seule action de la gravité, retombe à très peu près au pied de la verticale, en ne s'écartant à l'orient que d'une quantité très difficile à observer à cause de son extrême petitesse; en sorte que l'on éprouve maintenant, a reconnaître dans la chute des graves le mouvement de la Terre, autant de difficulté que l'on en trouvait alors à prouver qu'il doit être insensible.

Le réforme du calendrier julien se rapporte au temps de Tycho Brahe. Il est utile d'attacher les mois et les fêtes aux mêmes saisons, et d'en faire des époques remarquables pour l'agriculture. Mais, pour obtenir cet avantage précieux aux habitants des campagnes, il faut, par l'intercalation régulière d'un jour, compenser l'excès de l'année solaire sur l'année commune de trois cent soixante et cinq jours. Le mode d'intercalation le plus simple est celui que Jules César introduisit dans le calendrier romain, et qui consiste à faire succéder une bissextile à trois années communes. Mais la longueur de l'année que ce mode suppose.

étant trop considérable, l'équinoxe du printemps anticipait sans cesse; et dans l'intervalle des quinze siècles écoulés depuis Jules César, il s'était rapproché de onze jours et demi du commencement de Tannée. Pour remédier à cet inconvénient, le pape Grégoire XIII établit par un bref, en i582, que le mois d'octobre de cette année n'aurait que vingt et un jours; que l'année 1600 serait bissextile; qu'ensuite l'année qui termine chaque siècle ne serait bissextile que de quatre en quatre siècles. Cette intercalation, fondée sur une longueur un peu^rop grande de l'année, ferait anticiper l'équinoxe d'un jour environ en quatre mille ans; mais, en rendant commune la bissextile qui termine cet intervalle, l'intercalation grégorienne deviendrait à très peu près rigoureuse. On ne changea point d'ailleurs le calendrier julien. Il était facile alors de fixer au solstice d'hiver l'origine de l'année et de rendre plus régulière la longueur des mois, en donnant trente et un jours au premier, vingt-neuf jours au second dans les années communes, et trente jours dans les années bissextiles, et en faisant les autres mois alternativement de trente et un et de trente jours; il eût été commode de les désigner tous par leur rang ordinal, ce qui aurait fait disparaître les dénominations impropres des quatre derniers mois de l'année. En corrigeant ensuite comme on vient de le dire l'intercalation adoptée, le calendrier grégorien n'eût laissé rien à désirer. Mais convient-il de lui donner cette perfection ? Si l'on considère que ce calendrier est aujourd'hui celui de presque tous les peuples d'Europe et d'Amériquet et qu'il a fallu deux siècles et toute l'influence de la religion pour lui procurer cet avantage, on sentira qu'il doit être conservé même avec ses imperfections, qui ne portent pas d'ailleurs sur des points essentiels. Car le principal objet d'un calendrier est d'attacher, par un mode simple d'intercalation, les événements a la série des jours, et de faire correspondre pendant un très grand nombre de siècles les saisons aux mêmes mois de l'année, conditions qui sont bien remplies dans le calendrier grégorien. La partie de ce calendrier relative à la fixation de la Pàque étant, par son objet, étrangère à l'Astronomie, je n'en parierai point ici.

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