LIVRE I. - CHAPITRE XIV
compris entre les deux méridiens. Elle est orientale ou occidentale, suivant que le lieu est à l'orient ou à l'occident du premier méridien.
L'observation de la hauteur du pôle donne la latitude; la longitude se détermine au moyen d'un phénomène céleste observé à la fois sur les méridiens dont on cherche la position respective. Si le méridien d'où l'on compte les longitudes est à l'orient de celui dont on cherche la longitude, le Soleil y parviendra plus tôt au méridien céleste; si, par exemple, l'angle formé par les méridiens terrestres est le quart de la circonférence, la différence entre les instants du midi sur ces méridiens sera le quart du jour. Supposons donc que, sur chacun d'eux, on observe un phénomène qui arrive au même instant physique pour tous les lieux de la Terre, tel que le commencement ou la fin d'une éclipse de Lune ou des satellites de Jupiter; la différence des heures que compteront les observateurs, au moment du phénomène, sera au ^ jour entier comme l'angle formé par les deux méridiens est à la circonférence. Les éclipses de Soleil et les occultations des étoiles par la Lune fournissent des moyens plus exacts pour avoir les longitudes, par la précision avec laquelle on peut observer le commencement ou la fin de ces phénomènes : ils n'arrivent pas, à la vérité, au même instant physique pour tous les lieux de la Terre ; mais les éléments du mouvement lunaire sont suffisamment connus pour tenir compte exactement de cette différence.
Il n'est pas nécessaire, pour déterminer la longitude d'un lieu, que le phénomène céleste observé l'ait été sous le premier méridien; il suffit qu'on l'ait observé sous un méridien dont la position à l'égard du premier méridien soit connue. C'est ainsi qu'en liant les méridiens les uns aux autres, on est parvenu à déterminer la position respective des points les plus éloignés de la Terre.
Déjà les longitudes H les latitudes d'un grand nombre de lieux ont été déterminées par des observations astronomiques; de grandes erreurs sur la situation et l'étendue des pays anciennement connus ont été corrigées; on a fixé la position des nouvelles contrées que l'intérêt du commerce et l'amour des sciences ont fait découvrir. Mais quoique
OEupret de L. -^ yi. 10
n EXPOSITION DU SYSTÈME DU MONDE.
les voyages entrepris dans ces derniers temps aient considérablement accru nos connaissances géographiques, il reste beaucoup à découvrir encore. L'intérieur de l'Afrique et celui de la Nouvelle-Hollande renferment des pays immenses, entièrement. inconnus; nous n'avons que des relations incertaines et souvent contradictoires sur beaucoup d'autres, à l'égard desquels la Géographie, livrée jusqu'ici au hasard des conjectures, attend de l'Astronomie des lumières pour fixer irrévocablement leur position.
La longitude et la latitude ne suffisent pas pour déterminer la position d'un lieu sur la Terre; il faut joindre à ces deux ordonnées horizontales une troisième ordonnée verticale, qui exprime sa hauteur audessus du niveau des mers. C'est ici que le baromètre trouve sa plus utile application; des observations nombreuses et précises de cet instrument répandront sur la figure de la Terre en hauteur les mêmes lumières que l'Astronomie a déjà données sur ses deux autres dimensions.
C'est principalement au navigateur, lorsqu'au milieu des mers il n'a pour guide que les astres et sa boussole, qu'il importe de connaître sa position, celle des lieux où il doit aborder et des écueils qui se rencontrent sur sa route. Il peut aisément connaître sa latitude par l'observation de la hauteur des astres; les heureuses inventions de l'octant et du cercle répétiteur ont donné à ce genre d'observations une exactitude inespérée. Mais le ciel, en vertu de son mouvement diurne, se présentant dans un jour à peu près de la même manière à tous les points de son parallèle, il est difficile au navigateur de fixer le point auquel il répond. Pour suppléer aux observations célestes, il mesure sa vitesse et la direction de son mouvement; il en conclut sa marche dans le sens des parallèles, et, en la comparant avec ses latitudes observées, il détermine sa longitude relativement au lieu de son départ. L'inexactitude de cette méthode l'expose à des erreurs qui peuvent lui devenir funestes, quand il s'abandonne aux vents pendant la nuit, près des côtes ou des bancs dont il se croit encore éloigné par son estime. C'est pour le mettre à l'abri de ces dangers qu'aussitôt que les