‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 2)Chapitre 7 sur 21 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Comme ce que nous avons dit à la fin du discours précédent, au sujet de l'union de l'espérance et de la crainte, est d'une extrême importance pour la direction de toute notre vie, il nous a paru utile d'y revenir et de rattacher ici une pensée remarquable de saint Bernard. On doit donc savoir que les saintes Ecritures contiennent certaines choses qui sont propres à nous inspirer une crainte salutaire, comme, par exemple, les fléaux envoyés de

Dieu, les guerres qui désolent la terre, les menaces terrifiantes dont sont remplis les livres des prophètes; mais ces mêmes Ecritures nous présentent également beaucoup d'autres choses capables d'exciter puissamment en nos cœurs l'espérance et l'amour de Dieu : tels sont toutes les œuvres et tous les bienfaits de l'incarnation de notre Seigneur. Si, d'une part, nous ne nous arrêtons qu'aux menaces et aux châtiments, il est à craindre que nous ne tombions dans une tristesse immodérée; si, de l'autre, nous considérons exclusivement les œuvres de la miséricorde divine, nous sommes exposés à nous laisser aller à la légèreté, à la négligence et aune vaine confiance. C'est pom'quoi saint Bernard nous donne le salutaire conseil de ne méditer jamais les œuvres de la miséricorde, sans méditer aussi les œuvres de la justice divine, afin d'unir ensemble dans nos cœurs l'espérance et la crainte : l'espérance tempérera la crainte pour l'empêcher de dégénérer en désespoir, et la crainte corrigera l'espérance, afin que celle-ci ne s'endorme pas dans une fausse sécurité. Le saint docteur nous expose cette doctrine dans des paroles d'or, et, ce qui vaut mieux, il confirme par son exemple ses mémorables leçons. Ecoutons-le.

« Si l'Apôtre a cru avec raison que le chef de Jésus-Christ se rapporte à la divinité, I Cor. xi, 3, il nous sera permis à nous, je pense, de rapporter ses pieds à l'homme; nous appellerons l'un de ses pieds la miséricorde, et l'autre ie jugement. Heureuse l'âme dans laquelle notre Seigneur Jésus a fixé ses deux pieds ! Il est deux signes auxquels vous pouvez reconnaître cette âme, et comme deux empreintes qu'elle porte nécessairement avec elle : ce sont la crainte et l'espérance; la première nous présente l'image du jugement, et la seconde celle de la miséricorde. C'est avec raison que a le Seigneur met son plaisir en ceux qui le craignent et en ceux qui espèrent en sa miséricorde, » Ps. cxlvi, 41, puisque, si « la crainte est le commencement de la sagesse, » Ps. LX, 10, l'espérance en est le progrès, et la charité la consommation. S'il en est ainsi, n'est-il pas bien grand l'avantage que l'on reçoit dans ce premier baiser, aux pieds de Jésus? Ayez soin cependant de ne pas vous priver du bonheur de les baiser l'un et

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