‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 100 sur 308 · LIVRE PRI «1ER, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE PRI «1ER, CHAPITRE XV

avec délice ces chants d'amoui que l'Ecriture sainte mel dans la bouche de la Sunamite: «Soutenez-moi avec des fleurs, entourez-i moi de fruits, parce que je Languis d'amour. » ('an/ . h, .">.

I ne fois possédée de cel amour di\ in, embrasée de cette flamme céleste, L'âme désire d'un ardenl désir échapper à cette prison de boue, ci son pain esl trempé de Larmes la nuit et Le jour, tanl qu'est différé son dépari delà terre. Oui, La mort Lui sciait un gain, la vie lui est en dégoût, elle n'y trouve plus qu'un sujet de vertu et de patience; son unique désir est de voir à découvert celui qu'elle doit aimer dans l'éternité. Sous l'impulsion de sa tendresse, regrettant de D'avoir pas toujours connu les inappréciables trésors de la religion, voyant que tous les hommes seraient capables de les recevoir, el qu'un si grand nombre les ignorent ou les méprisent , elle voudrait s'en aller à travers les rues et les places publiques, criant à tous ces malheureux égarés loin des sentiers du bonheur et de la justice : 0 insensés! ô jouets infortunés des illusions du monde! Où allez- vous? Quel est le triste objet de vos ardentes recherches? Comment ne vous hâtez-vous pas de venir demander le secret du bonheur à celui-là seul qui le possède? « Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux. » Psal. xxxin, 9. Heureuse l'âme qui n'espère qu'en Dieu ! Après avoir goûté l'abondance des douceurs spirituelles , elle ne trouve plus de saveur dans les choses qui flattent le corps, aux biens que la terre lui présente; la société des hommes lui est un tourment, la solitude un paradis , son unique plaisir est d'être avec le Dieu qu'elle aime. Les hommes lui sont un lourd fardeau; elle n'accepte' même qu'à titre de pénitence et de croix , le gouvernement d'une maison , l'administration des biens temporels. Elle voudrait que ni la terre ni le ciel ne vinssent plus la distraire de l'objet unique de sa joie; aussi ne cesse-t-elle d'éloigner de son cœur tout ce qui pourrait en entraver les affections, en altérer le calme et la sérénité. Il n'y a plus en elle qu'un amour et qu'un désir ; elle aime toutes les choses dans une seule, et dans toutes les choses c'est la seule qu'elle aime. Elle a dès longtemps appris à dire avec le Prophète : « Qu'ai-je à demander au ciel, qu'ai-je voulu sur la terre, si ce n'est vous, Seigneur? Mon cœur et ma chair ont défailli d'amour,

ô Dieu de mon cœur, ô mon unique partage, maintenant et à jamais, s Psalm. ixxii. 25 et 36.

Alors il semble au juste qu'il a des choses sacrées une connaissance moins obscure, el qu'il les voit avec d'autres yeux; les mouvements de son propre cœur, les merveilleuses transformations qui s'opèrent en lui-même, lui sont une preuve convaincante , un intime témoignage des vérités de la foi. Le calme de la nuit lui est un temps favorable pour converser avec Dieu; et, dans le bonheur de ces doux entretiens, il ne voit pas sans peine revenir le jour avec les soins et les soucis qu'il traîne à sa suite.

Non , il n'est pas de nuit trop longue pour une âme embrasée de ce feu divin; la plus longue même est celle qui lui paraît toujours la plus agréable et la meilleure. Si le ciel est serein, le chrétien contemple avec délices les richesses et les beautés dont le firmament étincelle de toute part, il ne peut se rassasier de ce ravissant spectacle ; car désormais il voit avec d'autres yeux les magnificences de la création, il y puise une joie bien différente. C'est là pour lui le splendide reflet de la beauté du Créateur, un miroir multiple et varié de son éternelle gloire; les astres sont comme des messagers célestes qui lui portent des nouvelles de son bien-aimé, ils gardent dans leur éclat la vivante empreinte de ses perfections et de ses grâces; ils sont en quelque sorte les cadeaux de noce que l'invisible Epoux envoie à son Epouse, comme un gage de son amour, comme un engagement sans cesse renouvelé de l'alliance qu'il veut contracter avec elle dans les splendeurs des cieux. Aux yeux de l'homme que la religion illumine de ses mille clartés, le monde tout entier est un livre dont toutes les pages parlent magnifiquement de Dieu ; ce livre est écrit en lumineux caractères par la main même du Créateur, et s'il est vrai qu'il raconte sa gloire, il ne l'est pas moins qu'il nous révèle les trésors de sa miséricorde et de son amour.

Ainsi s'écoulent les nuits de ceux qui aiment véritablement le Seigneur, et tel est le sommeil qu'ils dorment. Au doux et tendre murmure d'une nuit tranquille, à la profonde musique des cieux, . à la suave et puissante harmonie des êtres, l'âme se recueille en elle-même, elle commence alors à dormir ce mystérieux sommei

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