LIVRE PREMIER . CHAPITRE KV
isières voluptés des sens et les joies supérieures de L'esprit, entre Le bonheur que peul donner la créature el celui que donne Le Créateur? N'est-ce pas en proportion de leur noblesse et de leur excellence que les choses ont le pouvoir de nous rendre heureux? C'esl bien la pensée que le Prophète royal exprime quand il 'lit : i Mieux vaut être réduit à La pauvreté du juste que posséder les nombreuses richesses des pécheurs. » l'salm. \x.\m, 10. 11 dit dans un autre Psaume lxxxiii, il : «Un jour passé dans votre maison , Seigneur , est préférable à mille passés en fêtes sous les tabernacles des méchants, .l'aime mieux vivre inconnu dans la maison de mon Dieu, que d'habiter les superbes demeures des pécheurs. »
Combien d'autres passages de nos Livres saints, spécialement du Cantique des cantiques , pourrions-nous citer à l'appui de la même vérité? Les divines consolations nous y sont représentées sous les images les plus vives ; elles sont pour nous, tantôt un vin généreux qui ranime et fortifie , dilate et réjouit le cœur de l'homme; tantôt un lait plus doux que le miel, mais dont la suavité n'exclut pas la force, et qui porte dans l'âme la vie avec la joie. La religion nous apparaît alors comme la mère et la nourrice de tout le genre humain ; c'est ainsi qu'elle combat les funestes séductions de cette grande prostituée de Babylone que le Prophète de Pathmos, Apoc. xvu , 1, nous montre assise au-dessus des eaux qui coulent autour d'elle avec abondance, tenant à la main une coupe d'or, dans laquelle elle présente aux malheureux habitants de la terre un breuvage empoisonné qui trouble leur esprit, afin qu'ils ne sentent pas même la perte où ils sont entraînés.
C'est surtout dans l'oraison que les âmes vertueuses jouissent des i-oiisolations
divines.
Si, faisant un pas de plus dans cet important sujet , vous me demandez quelle est la circonstance où les justes reçoivent plus spécialement les consolations dont nous venons de parler , c'est Dieu lui-même qui va vous répondre par la bouche de son Prophète : « Ces fils de l'étranger qui viennent au Seigneur pour
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l'aimer et le servir, pour garder fidèlement ses lois miséricoîS dieuses ei - les prendrai, je les élèverai sur ma sainte
tagne, je les nonrrirai et les remplirai de joie dans La demeure d< eur.a Isa. i.vi. r>. C'est donc dans cette éléva-
tion de l'âme, c'est-à-dire dans lf pieux exercice de l'oraison, que Dieu se plaît d'une manière toute spéciale à répandre la joie dans L'âme de ses élus. Ce que saint Laurent Justinien explique en nous disant que dans l'oraison le cœur des justes s'enflamme d'amour pour le Créateur: que là bien souvent ils s'élèvent audessus d'eux-mêmes et se persuadent habiter déjà parmi les chœurs des anges ; que là. en présence de leur Dieu, ils mêlent Les cantiques de la joie aux transports de l'amour, les gémissements de l'exil aux doux pres>entiments de la patrie, ils pleurent et se réjouissent; ils mangent sans cesser d'avoir faim, ils boivent sans cesser d'avoir soif: et de toutesles forces de leur zèle ils travaillent incessamment à se transformer en vous, Seigneur, en vi us qu'ils contemplent par la foi , qu'ils adorent par l'humilité, qu'ils cherchent par le désir, qu'ils possèdent et dont ils jouissent par l'amour. Alors ils connaissent d'elpérience la vérité de ce que vous avez dit : « Ma joie sera accomplie en eux. » Joan. xvu, 13. Cette joie sera comme un fleuve de paix qui coule et se répand dans toutesles puissances de l'âme, purifiant l'entendement, ranimant la volonté, fécondant la mémoire en y faisant affluer les pensées et les souvenirs qui nous ramènent à Dieu. Le bonheur qu'ils possèdent ils ne le voient pas, ils ne le comprennent pas entièrement; mais ils le sentent, c'est assez pour la vie présente, et ils ne veulent plus en être séparés. De même que le patriarche Jacob luttait avec l'ange et ne voulait pas le laisser échapper de
nains; de même notre cœur lutte à sa manière avec cette divine félicité, mais pour l'empêcher de s'enfuir, pour qu'elle ne l'abandonne pas dans L'agitation et le vide. Ce pauvre cœur humain dit à Dieu, comme saint Pierre disait sur la montagne: «Seigneur, il est bon que nous soyons ici, élevons-y trois tentes. » Mifili. x\n. î. C'est une demeure que l'âme ne voudrait plus quitter. Quand elle a été longtemps nourrie de cette manne céleste, elle entend dans leurs sens mystérieux et divins, elle répète