LIVRE PREMIER, CHAPITRE XV
qui ne L'empêche pas de veiller encore, sri.ni cette parole : a .l<dors, mais mon cœur veille. » Caut. v, -i. Kt Dieu protège luimême ce sommeil de vie ; il défend à toutes les créatures de réveiller l'àme fidèle : « Filles de Jérusalem, je vous en conjure par les chevreaux el les daims des campagnes, n'éveillez pas ma bienaimée jnsqu a ce qu'elle le veuille elle-même. »
Que pensez-vous, mon frère, de nuits ainsi consacrées par ce qu'il y a de plus pur dans la religion, de plus fervent dans la piété? Qui oserait comparer à de telles nuits celles que les mondains [lassent dans l'irrémédiable ennui de leurs fêtes, la honte de leurs plaisirs, et souvent dans la constante pensée du crime, « réunissant ainsi des trésors de colère pour le jour où le jugement doit éclater? » Rom. u . 5.
Des consolations que goûtent ceux qui commencent à servir Dieu.
Une objection s'élève peut-être dans votre cœur contre tout ce que nous venons de dire : tous ne reçoivent pas, au service du Seigneur, des faveurs aussi grandes, c'est aux parfaits seuls qu'elles sont réservées ; et vous ajouterez sans doute que pour arriver là vous avez bien du chemin à faire. Il est vrai que de tels biens ne sont que pour des âmes avancées déjà dans les voies de la perfection ; mais le divin Maître a des encouragements et de douces consolations pour ceux-là même qui commencent à peine à marcher dans le chemin de la vertu; il donne le lait aux enfants, et des aliments plus substantiels à l'homme. Voyez la fête qu'on célébra dans la famille au retour de l'enfant prodigue , les repas servis avec abondance, le nombre des conviés, les instruments de musique dont les sons harmonieux résonnaient de toute part. Qu'est-ce que tout cela , si ce n'est l'image de cette allégresse spirituelle dont une àme est pénétrée quand elle échappe au joug du monde et des passions, quand elle quitte l'esclavage du démon, pour devenir l'heureuse servante du Christ? Se peut-il qu'une àme ainsi délivrée ne s'abandonne pas à des transports d'allégresse, ne célèbre pas une fête, elle aussi, pour faire éclater sa reconnaissance avec sa joie? Elle conviera toutes les créatures à partager
LA ci IDE DES PECHEURStous )es sentiments dont elle est possédée, à publier la gloire, àeélébrer l'amour de son Libérateur; elle s'écriera avec Moïse : a Chaudes cantiques au Seigneur, car il s'est manifesté dans sa gloire, il a précipité dans la mer le cheval et le cavalier. » Exod. xv, t.
Et s'il en était autrement, que deviendrait ici la providence de notre Dieu, elle qui pourvoit avec tant de sollicitude et de précision aux besoins de toutes les créatures, selon leur nature propre, leur faiblesse, leur âge et leur capacité? 11 est évident, en effet, que des hommes tout à l'heure soumis à l'empire de la chair, imprégnés encore de l'esprit du monde, n'auraient pas le courage de marcher dans des sentiers si nouveaux pour eux, de fouler aux pieds tous les plaisirs, si le Seigneur ne leur accordait des joies spirituelles capables de leur faire accepter tous les sacrifices. 11 est de sa sagesse et de sa bonté, en les tirant du milieu du monde, de leur préparer un chemin assez doux pour qu'ils puissent y marcher sans trop de peine, et qu'ils ne soient pas tentés de revenir en arrière. Nous voyons une preuve éclatante de ces attentions delà divine Providence, et en même temps une touchante figure de ce que doit être le chemin de la vertu, dans la route par laquelle Dieu mena les enfants d'Israël, pour les reconduire à la terre promise. Moïse remarque expressément, Exod. xm, que le Seigneur, quand il tira son peuple de la terre d'Egypte, ne voulut pas lui faire traverser le pays des Philistins, quoique ce lût là la route la plus courte ; et cela de peur que les Hébreux, à la vue des guerres qu'il leur eût fallu soutenir de ce côté, ne se repentissent d'avoir entrepris le voyage et ne revinssent en Egypte. Ce même Dieu qui se plut abus à manifester les secrets desseins de sa providence, tient encore tous les jours une semblable conduite à l'égard de ses enfants; c'est ainsi qu'il les fait sortir du monde, cette autre terre d'Egypte, et qu'il les guide à la conquête de leur céleste patrie.
Sans doute les consolations et les faveurs accordées aux parfaits sont bien grandes; mais j'ose dire que si celles des commençants leur cèdent en sublimité, elles ne leur sont pas inférieures en suavité. La tendresse du Seigneur pour les petits et les faibles le porte irré>istililrmriil a les aider d'une manière toute spéciale au mo-