LIVRE PREMIER, CHAPITRE XV
uit-iii de leur changement de vie; ils sont encore pauvres, etc'est lui qui pourvoi! aux frais de leur premier établissement. Ils ont des occasions à fuir, ries passions à mortifier; et pour qu'ils puis- Benl remporter la victoire, se dépouiller de la chair, se dégoûter des Funestes plaisirs (lu monde, pour les enchaîner à sou amour, pour 1rs îvlcnir dans ses divins tabernacles, le Seigneur leur prodigue tant de consolations et de douceurs spirituelles, qu'on peut bien, smis ce rapport, comparer le sort des commençants à celui des parfaits. Dans les fêtes qu'on célébrait sous l'ancienne loi, Dieu avait ordonné que le premier et le dernier jour fussent célébrés ave' 1.. même vénération et la même pompe, tandis que les jours intermédiaires s'écoulaient avec moins d'éclat, étaient cons;i xés par des cérémonies moins belles. Ne peut-on pas voir en cela une image frappante de la vérité que nous expliquons? Et dans la vie chrétienne aussi , Dieu veut que le premier et le dernier jour soient signalés par des fêtes solennelles. C'est le Seigneur lui-même qui veut célébrer avec ses fidèles serviteurs, et le commencement de leur conversion, et le couronnement de leur perfection ; les commençants et les parfaits ont également droit à ses faveurs spéciales : dans les uns il considère la nécessité, et dans les autres le mérite; à l'égard des premiers il n'écoute que la voix de sa tendresse , à l'égard des seconds il écoute aussi celle de sa justice ; en un mot, il fait naître la vertu pour avoir à la récompenser. Les arbres ont deux époques d'une égale beauté, quand ils se couvrent de fleurs, quand ils sont chargés de fruits. Le jour des fiançailles et celui du mariage sont célébrés par les hommes avec une pareille solennité. Dès le principe. Dieu prend notre àme pour son épouse, ce sont là les fiançailles de cette union qui doit durer pendant toute l'éternité. La fête ne saurait alors être en rapport des mérites de l'Epouse, puisqu'elle n'a pas eu le temps d'en acquérir; les richesses et la magnificence de l'Epoux font seules la beauté et donnent la mesure de cette fête.
On peut faire rapporter à ce sujet une parole que nous lisons
dans le Cantique des cantiques, i, 2. L'àme fidèle dit à Dieu :
« Les petites filles vous ont aimé d'un ardent amour. » Elle ne dit
pas les vierges déjà parvenues à l'âge de la perfection , ce qui au-?
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rail désigné les âmes avancées dans la \ «-i tu ; non, L'expression employée désigne, à ne pas s'y tromper, celles qui viennent à peine d'ouvrir les yeux à cette pure lumière. Ce sonl celles-là dont l'Ecriture sainte signale ici l'amour. El saint Thomas remarque qu'en effet danslescoinmencementsdelaconversion, dans cette adO" lescence de la vie spirituelle, on éprouve les plus vives ardeurs et les plus généreux élans de la charité divine. Ht l'une des causes que ce grand docteur en assigne, c'est la n« mveauté même de l'état où ces âmes viennent d'entrer ; et les sentiments qui s'emparent de leur cœur, et les lumières qui se répandent dans leur intelligence, tout est nouveau pour elles. A cette impression de nouveauté se joint une admiration profonde; et cette admiration à son tour emporte avec elle, et la suavité des grâces merveilleuses qu'on reçoit, des bienfaits que l'on goûte, et la plus vive reconnaissance envers notre divin bienfaiteur.
Voyez un homme qui pénètre pour la première fois dans une grande el magnifique ville, ou bien dans un palais royal; au premier moment il est comme hors de lui-même, absorbé par l'éclat et la magnificence des objets qui l'entourent; mais peu à peu cette impression diminue, i I quand il a vu plusieurs fois les mêmes choses, il ne s'arrête plus à les contempler, il n'éprouve plus cette vive admiration qui semble agrandir en nous le sentiment de la joie. C'est ce qui arrive d'une certaine façon à ceux qui pour la première fois entrent dans les heureuses régions de la grâce ; les grandeurs et les beautés qu'ils y découvrent, les ravissent d'admiration, leur font éprouver une joie qu'ils ne connaissaient pas encore. Il n'est donc pas étonnant que parfois les personnes nouvellement converties aient des mouvements de ferveur que ne ressentent pas celles qui marchent depuis longtemps dans les voies de la dévotion ; la nouveauté de cette divine lumière et les sentiments qu'elle excite dans les cœurs, est la cause de cette différence. À cela revient une spirituelle réflexion de saint Bernard : d'après ce saint docteur, le fière aîné de l'enfant prodigue ne se trompait pas quand il disait à son père qu'après l'avoir servi durant tant d'années, sans jamais transgresser ses ordres, il n'avait point reçu les témoignages d'amour, les faveurs éclatantes qui venaient d'ac-