LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVI. 2M
crtindre que la mort elle-même, el beaucoup plus terrible dèa lors que la perte des biens temporels . que lVxi! ou la prison , que les plus longues infirmités ou lesd >uleurs 1rs plus poignantes?» Saint Isidore ajoute : a 11 n'est pas de chose à laquelle l'homme ne puisse échapper, si ce n'est lui-même. De quelque côté qu'il porte ses pas, sa conscience le poursuit, il ne peut se délivrer de son supplice. » Le même Père dit dans un autre endroit : «Aucune peine ne l'emporte sur relie d'une conscience coupable; si vous voulez donc vrivreà l'abri de la tristesse, vivez dans la pratique de la vertu. »
Cela est si vrai que les philosophes païens eux-mêmes , eux qui ne croyaient ni ne connaissaient ce que la foi nous apprend de la dégradation du péché et de l'infortune du pécheur, enseignent néanmoins une semblable doctrine. Sénèque parle en ces termes : « A quoi sert de se cacher aux regards des hommes, de se précautionner contre tous leurs discours ? Si la bonne conscience ne craint pas d'appeler à témoin l'univers tout entier, la mauvaise, au contraire , est assiégée de mille craintes et de mille soucis , au sein même de la solitude. Si ce que tu fais est bien , que tout le mande le sache ; si ce que tu fais est mal , que t'importe que les autres l'ignorent, du moment où tu ne peux l'ignorer? Bien misérable es-tu, situ ne fais pas cas d'un tel témoin! Car, comme on le dit , notre propre conscience vaut à elle seule mille témoins étrangers. » Ce même philosophe a dit dans un autre passage que le plus grand châtiment d'une faute , c'est de l'avoir commise. Et voici comme il insiste ailleurs sur cette même pensée : « .Nul témoin de tes fautes n'est plus à craindre pour toi, que toi même; tu peux, en certains cas, te dérober à tous les autres, mais à toimême , jamais. Il faut de toute nécessité que le crime soit à luimême son tourment. » Cicéron avait dit dans un de ses discours : «Grande est la force de la conscience , sous quelque rapport qu'on veuille la considérer; elle place au-dessus de toute crainte celui qui n'a rien fait pour avoir à trembler ; mais aussi elle tient dans d'incessantes terreurs ceux qui ont donné lieu à des impressions de cette nature. » Ce tourment de la mauvaise conscience, on peut le considérer comme éternel ; il commence dans la vie présente ,
il continue et grandit par delà le tombeau. C'est là le ver qui ne meurt pas . se!, m le langage du prophète [sale el de Jésus-Christ lui-même. C'est là également, d'après l'interprétation de saint Isidore, l'abîme qui appelle un autre abîme. Après avoir subi la condamnation de leur propre conscience, les méchants vont subir L'irrévocable jugement de Dieu.
De la joie de la bonne conscience.
Tous ces tourments , toutes ces souffrances intérieures et morales, tous ces aiguillons du remords, la vertu les repousse loin de notre âme ; elle y fait germer, au contraire, toutes les consolations et toutes les joies, elle y fait éclore toutes les fleurs spirituelles , et mûrir tous les fruits de l'éternelle vie. Notre âme est alors comme un paradis terrestre, un jardin fermé, où l'Esprit- Saint aime à fixer sa demeure. C'est une comparaison que j'emprunte à saint Augustin. « La joie de la bonne conscience, dit-il , le bonheur dont on jouit dans la vertu, c'est un paradis. » D'où il suit évidemment que l'Eglise , dans ceux des fidèles qui vivent dans la justice , la tempérance et la piété, est appelée de même un paradis, un paradis orné de tous les dons du ciel , inondé des plus pures délices. Cette pensée, le saint docteur l'exprime en parlant de la Genèse , dans son traité contre les Manichéens , n , 9. Voici comment il s'exprime encore dans son admirable Catéchisme, i, 16: « Vous qui cherchez le véritable repos, celui qui est promis au chrétien dans la vie future, tenez pour certain que ce repos , vous le trouverez par anticipation au milieu même des soucis et des tribulations de la vie présente , si vous aimez et pratiquez les commandements de celui qui vous a promis une telle récompense. Vous verrez en peu de temps , vous saurez d'expérience combien sont plus doux les fruitsde la justice que ceux de l'iniquité ; vous reconnaîtrez alors que le témoignage d'une bonne conscience, au sein même des contradictions et des malheurs, vaut incomparablement mieux que celui de la mauvaise conscience parmi tous les plaisirs et toutes les prospérités. »
De ces remarquables paroles du grand évoque d'IIippone , nous