LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVI
mes autorisés à déduire que la douceur de La bonne conscience emble à celle du miel. En effel , de même que Le miel, nonseulement est doux par Lui-même, mais rend encore telles Les choses amères auxquelles il esi mêlé; de même La bonae conscience possède une telle joie qu'elle La déverse en quelque sorte sur les Lnifertunes même de la vie. Il suffit, disions-nous tout à l'heurf, de la Laideur, de L'énormité toute seule du péché, pour dure Le supplice du pécheur; eh bien, il suffit aussi de La beauté, de la grandeur qui distinguent la vertu , pour la félicité de L'âme vertueuse. C'est ce qu'exprime clairement le prophète David par ces paroles : « Les jugements du Seigneur (c'est-cà-dire ses préceptes) sont vrais et justifiés en eux-mêmes; ils sont d'un prix inestimable, plus doux que le miel le plus pur. » Psalm. xvin, 10 et II. Aussi ce grand serviteur de Dieu trouvait-il son bonheur à les observer , comme il le déclare lui-même dans un autre de ses cantiques : « Je me suis réjoui dans la voie de vos commandements, Seigneur, ainsi que l'homme se réjouit au milieu des richesses. » Psalm. cxviii, 1 i. Nous retrouvons cette même pensée dans les livres de son fds Salomon : « C'est un bonheur pour le juste que d'accomplir les œuvres de la justice. » Prov. xxi, 15. Ce qui veut dire que l'homme vertueux trouve sa joie dans la pratique de la vertu , dans l'accomplissement des devoirs qui lui sont imposés; car le mot justice dans ce texte n'a pas d'autre signification que celle de vertu. Ce bonheur, a sans doute d'autres causes, il émane de plusieurs autres sources ; mais l'une des principales , c'est l'excellence et la beauté de la vertu. Faut-il que la joie d'une bonne conscience soit quelque; chose de bien grand , puisque saint Ambroise fait consister en elle le bonheur des justes ici-bas ? Voici les expressions mêmes de cet illustre pontife : « Si pure et si splendide est la beauté de la^vertu , que , pour rendre heureuse cette vie que nous menons sur la terre, il suffit du calme de la conscience , et de cette sécurité qui est le partage de l'innocence. »
Les philosophes de l'antiquité , quoique dénués des lumières de la foi , n'ignoraient pas les tourments d'une mauvaise conscience, ainsi que nous l'avons vu; ils ne connaissaient pas moins la joie
LA Cl IDE DES PÉCHEI US.
de la bonne conscience. Ces! ce qu'on peut évidemment conclure de ce passage de Cicéron dans les Tuscnlanes : « La vie qui s'é e dans d'honnêtes et nobles exercices, porte avec elle une te • - ition , que les hommes vivant de la sorte , ou ne se»*
tent pas le travail de la vie, ou le tiennenl pour bien léger. » Le même a «lit ailleurs qu'il n'est pas de théâtre pins éclatant ni plus honorable pour la vertu, que celui où retentissenl les applaudissements de la bonne conscience. On demandait à Soorate quel est l'homme qui pourrait vivre sans douleur. Celui qui vivrait eau faute, répondit-il. Bias, un autre philosophe célèbre, aune ses*» niable question, répondit à peu près de la même manière. — Quel est l'homme qui vit à l'abri de tonte crainte ? — Celui qui possède une bonne conscience. — Sénèque, dans une de ses lettres , s'exprime ainsi : « Le sage ne vit jamais sans bonheur ; et ce bonheur lui vient delà bonne conscience. » On est frappé du rapport qui existe entre cette parole et celle-ci du texte sacré : « Les jours du pauvre sont mauvais (c'est-à-dire laborieux et pénibles) ; mais une aine tranquille est un banquet perpétuel. » Prov. xv, 15. Pourrait-on en dire davantage en aussi peu de mots? Comme un homme assis à un riche banquet, y trouve , non-seulement le plaisir du corps par la variété des mets qu'on lui sert, mais encore la joie du cœur, par la société des amis qui mangent à la même table; ainsi le juste trouve son plaisir et sa joie dans le témoignage de la bonne conscience, dans le sentiment de la présence de Dieu, dans les preuves et les gages qu'il a de son amitié.
Il y a néanmoins une différence entre ces deux sortes de joies : la première est terrestre et même en partie grossière et matérielle ; la seconde est spirituelle et divine. L'une commence sous l'impression de la faim et finit par celle du dégoût ; l'autre commence par la vertu, se continue par la persévérance et se consomme dans la gloire. Si les philosophes, dont les espérances ne s'< tendaient pas au delà des limites de la vie présente, ont néanmoins tenu en si haute estime la joie d'une bonne conscience, quel prix ne doit pas y attacher le chrétien, lui qui ne peut ignorer l'éternelle récompense promise à la vertu , et qui de plus connoît, mieux que les anciens philosophes , les avantages dont la vertu