‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 110 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVI

jouît ici-bas. Le témoignage de la bonne conscience n'exclu! pas, à la vérité, la religieuse crainte, le saint tremblement, avec lequel nous devons opérer noire salul ; mais une telle crainte , bien loin de nous décourager , nous inspire un courage merveilleux, une pieuse et vive allégresse dans l'accomplissement de tous nos devoirs. Nous sentons alors au fond du cœur que notre confiance est plus légitime et mieux garantie, du momenl où cette crainte lui sert d'assaisonnement el de correctif; sans une telle crainte, ce n'est plus confiance qu'il faudrait dire , niais bien fausse sécurité et présomption orgueilleuse.

Tel est , mon frère, cet autre privilège que la vertu donne à l'homme même dès le temps présent; c'est de celui-là que parle L'Apôtre quand il dit : a Notre gloire, c'est le témoignage de notre conscience, qui nous atteste que nous avons conversé parmi vous dans la simplicité du cœur, dans la sincérité du zèle, dans la pureté de la vie. » II Corinth. i , 12.

C'est tout ce que la parole peut exprimer , et de cette gloire et de ce bonheur. Mais ni ce que nous avons dit , ni tout ce qu'on pourrait dire encore ne saurait en donner une juste idée à celui qui n'en a jamais fait l'expérience, pas plus qu'on ne saurait avec des paroles faire comprendre le goût exquis , le suave parfum d'un fruit étranger, par exemple , à celui qui ne l'a jamais vu. Cette joie de la bonne conscience est tellement grande , que plus d'une fois quand l'homme vertueux est assailli par les tribulations et les peines , cherchant en vain autour de lui un appui ou une consolation quelconque, il a suffi à cet homme de ramener ses regards au dedans de lui-même pour retrouver dans sa propre conscience une joie inconnue avec une force nouvelle. Et, dans le fait , de quelque manière que tout le reste tourne dans le cours de sa vie , peu lui importe ; ce qui lui est absolument nécessaire, c'est d'avoir la conscience en paix. Sans doute , comme je viens de le rappeler , il ne peut pas savoir d'une manière évidente et certaine quel est son état intérieur. Toutefois, quand le soleil se lève, avant même de paraître sur l'horizon, il inonde déjà l'univers de sa douce et rayonnante clarté ; il en est ainsi d'une àme pure, on ne la voit pas encore dans tout son éclat , mais sa splendeur

vouée rayonne dans le témoignage de la lionne conscience. Cela est tellement vrai, qne saint Jeaii Chrysostome a pu dire cette raagnifique parole : o Toutes les tristesses réunies du cœur humain , venant à tomber dans une bonne conscience, disparaissent tout à coup comme disparait nue étincelle en tombant sur la surface d'un lac profond. »

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