PROLOGUE DE L'AUTEUR
11 en est aussi qui prétendenl que les lectures même bonnes sont pour quelques-uns une occasion d'erreur. Mais, nul ne L'ignore, il n'existe ici-bas aucune chose tellement bonne, tellement parfaite , que la perversité humaine ne trouve le secret d'en abuser. Quelle doctrine plus parfaite que celle des Evangiles et des Epitres de saint Paul ? 11 n'y a jamais eu d'hérétiques cependant, il n'en existe pas à notre époque, qui n'aient la prétention de baser leurs erreurs sur une doctrine aussi excellente. De là vient que l'apôtre saint Pierre, parlant des Epitres de saint Paul, avoue qu'il y a là des choses obscures et difficiles à comprendre , sur quoi certains hommes méchants ont pris pied pour enseigner l'erreur. Nous savons aussi, et par la même autorité , que les hérétiques abusent de toutes les divines Ecritures, faisant violence au texte pour le détourner dans leur sens , le falsifiant même , s'il le faut, pour le ployer au service de l'erreur.
En dehors même de ces objets sacrés, quelle est la chose sur la terre , pour nécessaire ou avantageuse qu'elle nous soit , à laquelle il ne fallût néanmoins renoncer , si l'on ne faisait attention qu'aux inconvénients qu'elle entraîne ? Que les parents se gardent bien de marier leurs filles, puisque tant de femmes meurent dans le travail de l'enfantement , et plusieurs même de la main de leur propre mari. Qu'il n'y ait plus ni médecins ni remèdes , puisque les uns et les autres tuent souvent , au lieu de guérir. Qu'on détruise les épées et les armes de toute sorte , puisqu'elles servent chaque jour pour donner la mort à l'homme. C'est un mal de naviguer sur les mers, puisqu'il y a tant de naufrages où les hommes périssent avec leurs richesses. Il ne faut pas non plus qu'on étudie la théologie ; car c'est par l'abus de cette science que tous les hérétiques cherchent à motiver et défendre leurs erreurs.
Mais que dire des choses de la terre , quand les choses célestes elles-mêmes ont leurs inconvénients ? Qu'y a-t-il de plus néces-
l'Kul.of.lT. I»K 1/AlTEUR.
soleil à la marche générale du monde? Que de malaendanl . que de m.. ris le soleil n'a-t-il pas causées par sa chaleur excessive ? Faut-il mêmeavoirrecoursàde tels exemples, lorsque noua voyous Les méchants abuser de la miséricorde et de la bonté de Dieu, de la passion même de notre divin Sauveur, p..ur se rassurer dans le mal et demeurer dans l'état du péché , int tourner ainsi à leur perdition les plus grands moyens de salut que la religion nous fournisse.
A tout cela s'ajoute une considération qui mérite une attention particulière : Qu'y avait-il de plus fort et de plus décisif pour convaincre les esprits et les amener à la foi , que le miracle de la résurrection de Lazare , renfermé dans le tombeau depuis quatre jours, exhalant l'odeur de la pourriture? Jésus-Christ le rappelle à la vie avec cette seule parole : Lazare, venez dehors; et c'en fut assez, ni les liens de la mort , ni ceux qui attachaient les mains et les pieds de cet homme, ne purent le retenir dans le tombeau. Or, je le demande , pourrait-il y avoir un cœur assez obstiné pour ne pas 6tre ébranlé à la vue d'un tel prodige, pour ne pas embrasser même la foi du Sauveur ? Mais , ô incompréhensible perversité du cœur humain , non-seulement une si frappante merveille ne suffit pas pour convaincre l'âme des pontifes et des pharisiens , mais ils prennent même occasion de là pour condamner à mort l'auteur d'un tel miracle ; et , non contents de cela , ils méditent en outre la mort de Lazare, parce que plusieurs à sa vue embrassaient la foi du Christ. Or , si la malice humaine est tellement grande qu'elle ait pu tirer de là un motif pour commettre une action aussi noire , comment pourrait-on arguer de l'abus que les méchants font des meilleures choses, du mal auquel ils les font servir, pour prétendre qu'il faut , pour ce motif , empêcher et détruire le bien ?
.Nous disons tout cela pour bien inculquer ce principe, qu'il n'y