‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 12 sur 308 · PROLOGUE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

PROLOGUE DE L'AUTEUR

a rien en ce monde de tellement parfait qu'on ne puisse y trouver des inconvénients , mais des inconvénients occasionnés par la volonté perverse des hommes, et non par la nature même des choses. Serait-il donc raisonnable que le désordre et l'abus dont quelquesuns peuvent se rendre coupables , fissent supprimer au grand nombre, aux bons en particulier, les fruits de la bonne doctrine ? Là-dessus nous avons l'enseignement parfaitement clair de notre divin Sauveur dans la parabole du bon grain et de l'ivraie, Maith. xin ; car il dit en cet endroit que les serviteurs du père de famille demandèrent à celui-ci s'il ne voulait pas qu'ils allassent arracher la mauvaise herbe afin qu'elle ne nuisît pas au bon grain ; et le père de famille leur répondit de ne point y aller , de peur qu'en arrachant la mauvaise herbe il ne leur arrivât aussi d'arracher la bonne. Cette parabole nous fait encore voir que la condition des hommes vertueux est à bon droit entourée de tels privilèges , qu'on ne doit pas s'étonner des inconvénients qui peuvent résulter des choses qui ont pour objet de procurer leur bien.

Du reste , bien loin de fournir un aliment ou des prétextes à l'erreur , la saine doctrine est le meilleur moyen que nous puissions employer pour éclairer et confirmer notre foi. A ce sujet , je crois pouvoir rapporter une chose qui m'a été racontée par l'un des honorables membres du conseil général de l'Inquisition dans les Etats de sa majesté Portugaise; rien ne saurait mieux nous montrer le bien que peuvent faire les bonnes lectures, le mal que font les mauvaises. Voici donc le récit de ce grave personnage : Un homme vint un jour , de sa propre volonté , sans être dénoncé par personne , implorer la miséricorde du Saint-Office ; il confessait qu'en se livrant à de mauvaises lectures il avait si complètement perdu la foi, qu'il ne regardait plus rien de vrai en delà du berceau et de la tombe. Mais plus tard , par une circonstance fortuite , ou plutôt par une disposition particulière de la divine pro-

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