LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVII
inspirer un courage infatigable contre les obstacles el les dilïicultés que nous rencontrons dans Le ebemin du ciel. Nous voyons un exemple de cette espérance poussée jusqu'à l'héroïsme le plus pur, dans la bienheureuse Suzanne; ii est rapporté d'elle qu'étant déjà condamnée à mort, entraînée par les rues delà ville vers h- Heu où elle devait être lapidée , elle ne perdit jamais confiance en Dieu, et son cœur puisai! dans ce sentiment une forée surhumaine. Telle était aussi la confiance qui remplissait le cœur de David quand il s'écriait: «Souvenez-vous, Seigneur, de la parole que vous avez donnée à votre serviteur, et dans laquelle j'ai puisé l'espérance; c'est elle qui me communique la consolation dans mes peines, l'énergie dans mes travaux. » Paulin, cxvm , 19 et 50.
Ainsi donc la véritable espérance, l'espérance qui possède l'étincelle de la vie, produit de nombreux et d'admirables effets dans L'âme où elle t'ait sa demeure, et cela d'autant plus, qu'elle participe davantage à la divine charité , à ce pur amour qui est la vraie source de la vie. Or, parmi ces effets, le premier est cette force qu'elle donne à l'homme dans les rudes sentiers de la vertu, en faisant briller à ses yeux la récompense éternelle; plus sont vifs les désirs que cette récompense nous inspire, solides les gages que nous en avons , plus nous marchons avec courage à travers les dangers et les labeurs de la vie présente. C'est ce que tous les saints attestent d'une commune voix. Saint Grégoire va jusqu'à dire : « La vertu d'espérance élève si merveilleusement notre cœur vers les biens de l'éternité, qu'elle nous rend en quelque sorte insensibles aux maux qui nous assaillent dans le temps. » Voici une belle parole d'Origène : « L'espérance de la gloire à venir allège les fatigues, console les douleurs de la vie ; nous sommes comme le soldat blessé sur le champ de bataille, l'espoir de la couronne détourne son esprit du sentiment de ses blessures. »
Selon saint Ambroise, « la ferme espérance du prix que la vertu
doit obtenir, nous dérobe la vue des travaux et des peines, fait
que nous bravons le danger sans pâlir. » Saint Jérôme rend ainsi
la même pensée : « Toute œuvre devient légère quaud on la me-
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siuv h la récompense qu'elle doit nous mériter; et c'est ainsi que respoir de la récompense amoindrit la peine du travail, » Saint Jean Chrysostome la développe en ces termes : « Si les ondes furieuses de la mer oe peuvent arrêter tes matelots, si les intempéries des saisons et la crainte des orages ne découragent pas les laboureurs, si la vue des blessures et de la mort elle-même ne font pas reculer les soldats, si les athlètes se montrent à l'épreuve des cbutes et des coups, en songeant seulement aux récompenses, si futiles d'ailleurs , qu'ils se proposent dans leurs travaux , combien moins celui qui aspire au royaume des deux , devrait-il sentir le poids des fatigues et des douleurs qui lui en ouvriront l'entrée ! Ainsi donc ne considérez pas, ô chrétien, combien est pénible le chemin de la vertu; mais voyez plutôt à quel heureux terme il conduit. Ne considérez pas les plaisirs dont est semé le chemin du vice ; mais portez vos regards vers les abîmes auxquels il aboutit. » Quoi de plus juste en même temps et de plus beau qu'un tel langage? En effet, si l'on voulait bien y réfléchir, quel est l'homme qui s'en irait de gaîté de cœur s'engager dans une voie couverte de roses , sachant qu'il doit y rencontrer inévitablement la mort ? Et quel est celui qui refuserait d'entrer clans un sentier difficile et ardu , sachant qu'il doit passer par là pour aller à la vie?
L'espérance n'est pas seulement un moyen pour nous faire obtenir l'heureuse fin de notre destinée sur la terre ; elle anime et féconde tous les autres moyens qui nous sont nécessaires pour cela , elle nous est d'un merveilleux secours dans toutes les misères et les souffrances de la vie présente. — C'est elle seule qui soutient l'homme dans les tribulations, le défend dans les périls , le console dans les angoisses , le ranime dans les abattements, est son trésor au sein dé l'indigence; car enfin c'est par elle que nous obtenons la miséricorde de Dieu , et toutes ces mystérieuses faveurs qui sont notre consolation et notre joie, dans toutes les phases de l'existence.
Les preuves et les témoignages à l'appui de cette vérité se rencontient partout dans L'Ecriture sainte, et principalement dans les Psaumes de David. A peine trouveriez- vous un de ces pieux can-