‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 114 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVII. M · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVII. M

la seule raison d'être de mon espérance. Qu'un outre s'appuie sur vertus ; qu'il se vante d'avoir supporté toul le poids du jour et de la chaleur; qu'il dise avec le pharisien, et les deux jeûnes qu'il l'ail par semaine, el ce qui le distingue du reste des hommes. Pour moi, Seigneur, je dirai seulement avec le Prophète : Il m'est bon de me reposer en Dieu, de placer eu lui mou espérance. Si l'on fait brillera mes yeux de magnifiques récompenses , je n'en veux pas d'autres que celles que vous accordez ; si les bataillons armes s'élèvent contre moi, par vous j'ai l'espoir de les vaincre. Que Le monde s'arme de ses ruses et de ses fureurs, que le démon rugisse, que la chair elle-même se révolte contre l'esprit , mon Dieu . j'espère en vous. » Rien n'étant plus vrai qu'une telle doctrine , comment ne bannissons-nous pas de notre cœur toutes les vaines et trompeuses espérances du inonde, pour nous attacher uniquement , avec toute l'ardeur dont notre àme est capable, à cette divine espérance? Plus loin le même saint ajoute : « La foi dit ceci : Dieu tient en réserve pour ses fidèles serviteurs des biens immenses et d'une valeur inestimable. Et l'espérance répond : C'est pour moi qu'il les a préparés. Et non contente de cela , elle inspire à la charité cette autre parole : Ces biens, je me bâterai de les acquérir. »

Vous entrevoyez déjà , mon frère, les fruits heureux que produit l'espérance, les biens sans nom lue auxquels elle nous conduit. Elle est comme un port assuré où les justes vont chercher un abri contre les fureurs de l'orage. Elle est un impénétrable bouclier qui les met à couvert des attaques du monde. On peut encore la comparer à un grenier de réserve dans un temps de disette ; c'est là que l'on voit accourir les indigents et les affamés de la terre. Ne pourrait-on pas aussi voir dans cette vertu ce mystérieux tabernacle, cette tente fortunée , que Dieu , parla bouche de son prophète Isaïe, promettait aux élus , comme un refuge assuré, et contre les brûlantes chaleurs de l'été, et contre les froides pluies de l'hiver; par où nous devons entendre les prospérités et les adversités de la vie présente. Disons enfin que c'est là un remède efficace, également applicable à tous nos maux ; car n'est-il pas vrai que tout ce que nous espérons raisonnablement de la

part ilt> Dieu, tout ce que nous lui demandons conformément aux lumières de la raison et de la foi , nous sommes assurés de l'obtenir, selon la promesse de L'Evangile? C'est là ce qui lait dire à saint Cyprien que la miséricorde de Dieu est la source de tous les remèdes, que L'espérance est comme le vase où ils sont reçus , et que selon la grandeur de ce vase est celle du remède qui nous est appliqué, puisque du côté de la source il ne saurait y avoir ni interruption ni défaillance.

Dieu disait autrefois aux enfants d'Israël, que «toute la terre sur laquelle ils poseraient les pieds leur appartiendrait, » Jos. i, 3 ; il en est de même du domaine de la miséricorde divine : tout ce que notre espérance peut marquer de l'empreinte de ses pas, devient notre propriété. De telle sorte que l'homme qui, sous une divine impulsion embrasserait tous les biens par son espérance , les obtiendrait réellement tous. On ne saurait donc en douter, il y a dans l'espérance une imitation de la puissance même de Dieu , un reflet de son infinie vertu , si bien que l'espérance , qui descend sur l'homme comme un bienfait, remonte vers Dieu comme un rejaillissement de sa propre gloire. En effet, selon la profonde remarque de saint Bernard, rien ne manifeste la toute-puissance de Dieu , comme de voir par des effets sensibles , que non-seulement il est lui-même tout-puissant , mais qu'il rend encore tels d'une certaine façon ceux qui mettent en lui leur espérance. Dites-moi, ne participait-il pas véritablement à cette divine puissance celui qui de la terre où il était , commandait au soleil de s'arrêter dans le ciel ; ou bien encore celui qui , au choix du roi Ezéchias, pouvait faire avancer ou reculer l'ombre du cadran solaire ? Rien ne rehausse à nos yeux la gloire du Seigneur comme cette puissance qu'il communique aux autres. Nous voyons le superbe roi des Assyriens se glorifier d'avoir à son service des princes qui étaient rois comme lui; avec combien plus de justice le Seigneur notre Dieu n'a-t-il pas le droit de dire que ses fidèles serviteurs sont eux-mêmes des dieux, tant ils participent à sa puissance ?

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