‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 115 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE WII · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE WII

De la vaine espérance des méchants.

Nous venons de considérer cet inappréciable trésor de l'espérance qui t'st le partage de la vertu. Tel est le bien dont les méchants sont privés; leur espérance , si toutefois ils la possèdent encore, n'a plus le principe de la vie, elle est frappée de mort par

la corruption même de leur âme; et de la sorte elle ne produit aucun dos heureux effets que nous avons signalés. En effet, comme il n'es! rien qui soutienne mieux l'espérance, lui donne plus de force et de vigueur, que la bonne conscience , il n'est rien non plus comme une mauvaise conscience pour l'ébranler et la détruire; bien loin de marcher au grand jour, cette dernière cherche les ténèbres, selon la remarque, de l'Evangile et comme nous l'avons nous-même dit plus haut, elle sait qu'elle ne possède aucun droit à l'amour du Seigneur , mais bien des titres à sa vengeance. Comme l'ombre suit le corps , ainsi la défiance et la crainte accompagnent partout la mauvaise conscience, s'attachent obstinément à chacun de ses pas.

S'il existe une confiance pour les méchants, il en est de leur confiance comme de leur félicité ; ils mettent leur félicité dans les biens périssables du monde , c'est dans ces mêmes biens qu'ils mettent leur confiance ; telle est aussi la gloire dont ils se montrent fiers , tel le secours qu'ils invoquent dans le temps de la tribulation. C'est de cette espérance des méchants qu'il est dit dans le livre de la Sagesse, v, 15 : « L'espérance de l'impie est comme un léger flocon de laine emporté par le vent, comme une rapide écume que la vague détruit , comme une fumée qui se dissipe dans les airs. » Se peut-il concevoir quelque chose de plus inconstant et de plus fragile ?

Mais ce n'est pas là le plus grand mal de cette espérance ; elle n'est pas seulement vaine et sans fondement , elle est de plus trompeuse et funeste. C'est ce que Dieu lui-même nous dit par la bouche de son Prophète : « Malheur à vous, enfants qui vivez loin de votre père , qui avez pris des conseils, mais non de moi. Malheur à vous qui avez ourdi une toile, mais en dehors de mon

inspiration . et pour ajouter péchés à péchés; yous avez envoyé demander du secours à L'Egypte . sans prendre auparavant mon avis, mettant toute votre espérance dans La force de Pharaon, et cherchant votre sécurité sous la protection de son royaume. Kh

bien! la force de Pharaon vous deviendra un sujet de honte, et la protection de L'Egypte une source de confusion et d'ignominie. Ils ont '-t.- confondus, attendant le secours d'un peuple qui ne devait pas Les secourir, qui ne leur a été d'aucune utilité, dont l'allianos a été plutôt un opprobre pour eux. » Isa. \\\ , l et seq. Ainsi puie [sale; telles sont les énergiques expressions par lesquelles il flétrit l'espérance des méchants. Il revient à ces mêmes reproches avec une nouvelle énergie dons le chapitre suivant, i et seq. : « Malheur à ceux qui vont en Egypte demander du secours, mettant leur espérance dans les chevaux de ce peuple, parce qu'ils sont forts et lapides, dans ses chars, parce qu'ils sont nombreux, dans ses cavaliers, parce qu'ils sont pleins de murage; malheur à ceux qui n'ont pas mis leur confiance dans le saint d'Israël, et qui n'ont pas cherché le Seigneur. Car enfin l'Egypte est homme et non pas Dieu ; ses chevaux sont chair et non esprit. Le Seigneur étendra sa main et jettera à terre le protecteur avec le protégé ; et ils deviendront ensemble un objet de mépris et de moquerie. »

Yoilà donc combien sont différentes entre elles l'espérance des bons et celle des méchants; celle-ci est terrestre et matérielle, tandis que celle-là est spirituelle et céleste. Disons plus , l'une est homme, l'autre est Dieu. Dételle sorte que la différence qui existe entre l'homme et Dieu, existe également entre ces deux espérances. U'est pour cela que le Prophète prend tellement à tâche de nous éloigner de l'une et de nous appeler à l'autre : « (ïardezvous bien de vous confier dans les princes de la terre, ou dans les enfants des hommes , lesquels ne peuvent rien pour votre salut. Leur vie est périssable et rapide , ils doivent retourne]- à la terre dont ils ont été formés; et dans ce jour périront toutes les pensées de ceux qui se confièrent en eux. Bienheureux au contraire l'homme qui a Dieu pour soutien et met en lui toute son espérance-; «ai cette espérance repose sur celui qui a fait Le ciel ,

Page 1