PROLOGUE DE L'AUTEUR
videnee . il se remit à lire de bons livres; et s'adoimant de plus en plus à cette lecture , il eut le bonheur de sortir de l'aveuglemenl où il était plongé. C'est de cet aveuglement coupable qu'il demandait pardon , et il l'obtint sans peine. J'ai voulu consigner ici ce fait pour montrer surtout le fruit des bonnes lectures.
Un autre fait non moins vrai et non moins afférent à l'objet qui nous occupe , m'a été raconté par don Fernand Carillo, pendant qu'il était en ambassade auprès de notre cour. Il me disait donc qu'un maure captif, du nom d'IIamet, je crois, avait en son pouvoir un livre de prières et de méditations et se prenait souvent à le lire ; ce dont se riaient fort les serviteurs de la maison. Hamet , que bsez-vous donc là ? lui disaient-ils. — Laissez-moi faire , répondait le prisonnier. En persévérant dans cet exercice , il fut enfin éclairé de la même lumière qui brilla aux yeux de l'eunuque de la reine d'Ethiopie pendant qu'il s'en allait sur son char lisant le prophète Isaïe , Act. vin. Comme lui il demanda le saint baptême et devint un fervent chrétien.
Tout ce que nous venons de dire , confirmé par ces deux exemples , nous fait voir clairement de quel secours est une instruction solide , non-seulement pour affermir la foi , mais encore pour consolider et développer une autre vertu quelconque. La conclusion de tout cela est que, lorsqu'il s'agit d'un conseil à donner ou d'une décision à prendre , il ne faut pas considérer ce qui peut arriver dans tel cas particulier , mais bien ce qui intéresse le commun des hommes ; car il ne serait pas raisonnable de les priver d'un bien à raison de l'abus que quelques-uns d'entre eux pourraient en faire. On ne regarde pas non plus à certains préjudices accidentels et restreints que les choses peuvent produire, du moment où les avantages en sont plus grands et plus nombreux. On navigue sur les mers, malgré les dangers qu'on y