‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 126 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVIII. 2 \i · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVIII. 2 \i

iv/. oo peu, qoelles sont alors sa dégradation el sa misère. S'il est ?rai, comme on oe saurait en douter, que la dignité * I « - L'homme, en tant qu'il est homme, consiste dans sa raison el son libre arbitre, quoi de plus contraire à cette dignité que l'esclavage des passions, puisque le propre de toute passion est d'obscurcir les lumières de la raison et d'affaiblir la puissance du libre arbitre? Il est aise de voir par-là combien les passions qu'on ne gouvenuplus sont préjudiciables à la grandeur de l'être humain; elles font descendre l'homme du troue où la main du Créateur l'avait placé, elles le flétrissent dans son cœur et dans son intelligence, deux choses sans lesquelles l'homme perd l'honneur distinctif de sa nature et de son rang, pour tomber dans la condition des bètes. C'est là lr ternir fatal où va nécessairement aboutir une àme qui se laisse guider, non plus par le rayon du ciel, mais par les grossiers appétits de la concupiscence.

De la liberté que possèdent les hommes vertueux.

C'est de ce misérable esclavage que le Fils de Dieu est venu nous délivrer; et la liberté qu'il nous donne, la victoire qu'il a remportée sur nos tyrans, le Prophète la célèbre en ces termes : «En vous se réjouiront, Seigneur, ceux que vous avez rachetés, comme se réjouissent les laboureurs quand ils recueillent le fruit de leurs travaux , ou comme les vainqueurs lorsqu'ils se sont emparés des dépouilles de leurs ennemis et qu'ils en font le partage. Car c'est vous, Seigneur, qui avez brisé le joug sous lequel ils courbaient la tète, la verge dont on les frappait, le sceptre qui les soumettait à d'accablants tributs. » Isa. ix, 3 et i. Ces divers noms de joug, de verge et de sceptre caractérisent admirablement la force et la tyrannie de nos appétits sensuels. C'est ici l'instrument dont le démon, qu'on a si bien nommé le prince de ce monde, se sert pour soumettre les hommes à son empire et pour resserrer leurs fers , en les entraînant sans cesse à de nouveaux péchés. Or, c'est de cette fatale puissance que le Fils de Dieu nous affranchit , en répandant sur nous les 'trésors de sa grâce , fruit heureux de son immolation sanglante. Voilà pourquoi l'Apôtre dit : « Notre vieil

homme a été crucifié avec le Seigneur Jésus. » Rom. vi, 6. Par le vieil homme il faut entendre ici La concupiscence, donl Le premier péché fut le mobile et la source. Par le sacrifice de la croix, par le ite de sa passion et de sa mort, Jésus-Christ nous donne la grâce dont nous avions besoin pour subjuguer à notre tour celui dont nous étions Les esclaves, le fouler à nos pieds, lui infliger en quelque sorte la peine du talion, en crucifiant celui qui nous avait dévoues à la croix.

Ainsi s'accomplit ce que le même Isaïe prophétisait dans un autre passage : « Ils s'empareront de leurs conquérants , ils assujettiront leurs oppresseurs. » lia. xiv. -2. Avant que la grâce nous eût été donnée, la chair dominait l'esprit, le faisant servir, comme nous l'avons dit plus haut dans ce même chapitre, à la satisfaction de ses appétits dépravés ; mais après que la grâce a été répandue dans notre àme, l'esprit a prévalu contre la chair, en a fait même le docile instrument de ses plus pures inspirations. C'est ce qui a été merveilleusement symbolisé dans la mort d'Adonibezech, roi de Jérusalem, à qui les enfants d'Israël couent d'abord les extrémités des mains et des pieds. Le malheureux se voyant réduit à cet état , et se souvenant alors de l'abus qu'il avait fait de sa puissance , des cruautés sans nombre qu'il avait exercées , prononça ces remarquables paroles: «Soixantedix rois, à qui j'avais également fait couper les extrémités des mains et des pieds , ramassaient sous ma table les miettes qui en tond, lient; et maintenant je vois que Dieu me traite moi-même comme je les ai traités. » Et l'Ecriture sainte ajoute qu'il fut emmené ainsi dans son ancienne capitale et qu'il y mourut. Ce roi sanguinaire est la figure du prince de ce monde; avant la venue du Fils de Dieu , le démon faisait subir un semblable traitement à la généralité des hommes , il les privait de leurs plus nobles facultés, tronquait en quelque sorte leur être, les rendant inhabile- au service du Seigneur ; leurs mains ne savaient plus opérer le bien, leurs pieds ne les portaient plus dans le chemin de la justice ; ils étaient en outre réduits a manger avec avidité sous la table de leur tyran les pauvres miettes qu'il en laissait tomber, c'est-à-dire les plaisirs éphémères et grossiers dont le prince des

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