‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 127 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVIII

ténèbres trompe la faim de ses misérables serviteurs, l'.t c'ei ! avec raison que de tels plaisirs sonl appelés des miettes, à cause de la parcimonie avec laquelle ce tyran tes jette à ses esclaves. Non,

ce n'est pas là le pain substantiel qui doil nourrir el sustenter l'homme; 1rs pécheurs ne sont jamais rassasiés, ils sont toujours on proie au tourment de la faim.

l'ai venant sur la terre, le Messie a Eail subir à L'ennemi du genre humain le châtiment que ce tyran infligeait autrefois à ses victimes; il lui a coupe les extrémités des mains et des pieds, je veux dire qu'il a ébranlé et amoindri foules les forces dont il disposait. C/est également à Jérusalem (pie le despote a succombé; car C*esl là qu'en mourant le Sauveur a frappé à mort le chef de la race coupable: eu se laissant lui-même attacher à la croix, il l'a crucifié, il l'a privé de l'usage de ses mains et de ses pieds. C'est à partir de ce grand sacrifice que les hommes apprirent à vaincre le monde, le démon et la chair ; on a vu dès lors un être faible et par lui-même sujet à tous les vices braver tous les tourments, déjouer toutes les ruses, renoncer à tous les plaisirs, plutôt que de commettre un seul péché mortel.

Des sources de cette liberté.

Peut-être me demanderez-vous d'où procède une si merveilleuse victoire , d'où nous vient cette liberté. Après Dieu , c'est la grâce, vous dirai-je encore ici, qui, par les vertus dont elle est la mère, affaiblit et câline à tel point la fureur de nos passions, qu'elle ne leur permet plus de prévaloir contre la raison éclairée par la foi. On dit qu'il y a des hommes qui , par la vertu de certaines paroles, enchantent si bien les serpents qu'ils ne sauraient plus faire de mal à personne ; de telle sorte que ces reptiles, quoique vivant encore, ne conservent plus leur venin ou que du moins leur venin est désormais entièrement inoffensif. C'est une image de l'action que la divine grâce exerce sur nous ; elle enchante elle aussi les dangereux serpents renfermés dans notre cœur, je veux dire toutes les passions dont notre cœur est le siège, de telle

LA Gl [DE DES PÉCHEURS.

:i qu'elles demeurenl hors d'état de nous nuire, bien qu'elles :.t encore vivantes et entières dans notre être naturel ; elles m peuvent plus, comme auparavant, répandre leur poison sur notre vie.

' si ce que le Prophète exprime admirablement par les paroles suivantes : a L'enfant à la mamelle jouera sur le nid du serpent ; et celui qui est déjà sevré mettra sans danger la main dans le trou du basilic. Ces reptiles ne feront plus aucun mal , ne porteront plus la mort sur toute l'étendue de ma sainte montagne ; car la terre entière sera inondée de la connaissance de Dieu, comme elle est recouverte par les eaux de la mer. » Isa. xi , 8. Il est évident que le prophète ne parle pas en cet endroit des serpents véritables ; c'est une figure sous laquelle il représente nos passions et tontes nos inclinations mauvaises , lesquelles , une fois qu'elles ont secoué le frein , suffisent pour empoisonner le monde. Et les enfants dont il parle nous représentent les deux catégories des serviteurs de Dieu : Les enfants à la mamelle représentent ceux qui sont à peine engagés au service de ce divin Maître, et qui ont encore besoin du lait de la grâce pour achever de se former ; par les enfants déjà sevrés il faut entendre ceux qui sont plus avancés dans les voies de la vertu , capables désormais de marcher sans le secours d'une main étrangère et de rrmnger le pain des forts. Le prophète dit des premiers qu'ils joueront en la compagnie des serpents, parce que la vertu de la grâce les rendra inaccessibles au venin du péché; il dit des seconds qu'ils mettront avec sécurité la main dans la caverne du basilic, ce qui signifie qu'ils pourront, lorsque la volonté de Dieu leur en imposera le devoir , affronter les plus grands dangers sans courir risque de s'y perdre; car en eux s'accomplira cet oracle d'un autre prophète : « Vous marcherez sur le serpent et sur le basilic, vous foulerez aux pieds le lion et le dragon. » Psalm. xc , t3. La grâce coulera sur la terre avec tant d'abondance, elle charmera tellementces animaux venimeux, qu'ils seront hors d'état de nuire aux fidèles disciples du Sauveur. I grand Apôtre exprime cette même vérité d'une manière encore plus claire et sans le secours d'aucune métaphore. Après avoir longuement parlé de la tyrannie de nos passions et des ap-

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