‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 133 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XIX

indépendance de caractère élégance de mœurs; dans notre divin vocabulaire, «■•■la s'appelle alimenter Les passions honteuses, paître de vils pourceaux. De même en effet que les pourceaux aiment à se vautrer dans une boue fétide, à manger les choses les plus dégoûtantes, de même ces cœurs dépravés ne se plaisent que dans la Gange et ne trouvent de plaisir que dans les plus sales voluptés. Mais ci' qu'il y a de plus dégradant et de plus misérable dans l'état du prodigue, c'est qu'un enfant dont l'origine est si noble, créé pour avoir part à la nourriture des anges, dans les splendeurs du divin banquet , ne peut pas même se rassasier des grossiers aliments qu'il envie, tant le monde est pauvre de ces mêmes plaisirs qu'il promet à ses partisans. Le nombre de ceux qui poursuivent la même proie, trafiquent des mêmes marchandises .

•and, que les uns nuisent nécessairement aux autres, et que tous éprouvent en définitive le tourment de la faim. Ils ressemblent encore sous ce rapport aux animaux voraces que l'Evangile leur donne pour symbole , ils se disputent entre eux la triste pâture dont ils se montrent également avides; des pourceaux ne peuvent pas être groupés autour d'un même chêne , sans faire entendre des groguements de fureur, sans se déchirer les uns les autres, pour avoir la meilleure part de gland.

Yoici comment le Prophète royal décrit ce misérable état , cette faim dévorante du vice : « Ils ont marché par des lieux déserts el solitaires, à travers des landes arides et désolées, mourant de faim et de soif, jusqu'à tomber dans une entière défaillance. » Fsalm. cvi , i. Cette faim est telle qu'elle s'accroît par les moyens même que l'on prend pour la satisfaire; le calice des pécheurs irrite cette soif , la coupe empoisonnée du monde jette le feu dans leurs entrailles , et ce feu s'enflamme à mesure qu'on lui donne plus d'aliments. Hommes infortunés! Et d'où vient que vous souffrez un tel supplice, si ce n'est de ce que vous avez abandonne la fontaine de vie , pour aller puiser à des citernes bourbeuses et à demi ruinées, qui ne peuvent plus même garder le peu d'eau qu'elles reçoivent? La source de la véritable félicité vous manque; et c'est pour cela que vous vous en allez à travers le monde, cherut à vous désaltérer à chaque flaque d'eau corrompue qu'il

vons présente. C'est le stratagème que le cruel Tîolopherne employa contre les malheureux habitants de Béthulie, quand ilvint mettre le *iége autour de leur ville; il fit rompre les canaux qui conduisaient l'eau dans la place , de telle sorte qu'il ne leur resta plus que quelques maigres filets d'eau coulant au pied de leurs remparts, qui leur suffisaient à peine pour mouiller leurs lèvres, <ans pouvoir jamais apaiser leur soif. Amateurs des vains plaisirs du monde, ambitieux qui poursuivezles honneurs et les emplois, et vous qui soupirez après les richesses , que faites-vous autre chose , en vous éloignant de Dieu , en vous détournant de la source des eaux vives? Vous demandez à chaque créature que vous rencontrez sur vos pas, le plus souvent aussi misérable que vous-même , pauvre citerne brisée et qui ne renferme plus qu'un peu d'eau croupissante , vous lui demandez d'étancher cette soif immense qui dévore votre cœur ! Elle pourrait bien un instant , elle aussi mouiller vos lèvres ; mais éteindre le feu qui brûle vos entrailles, jamais ! Elle ne peut au contraire que l'activer et l'agrandir. Misérable créature! pourquoi vous en allez-vous ainsi par les routes des Egyptiens, comme parle le prophète Jérémie, u, 18, cherchant un peu d'eau trouble? Et par là nous devons entendre tous les plaisirs des sens, dont la saveur est mêlée de tant d'amertume, infectée d'une si profonde corruption. Car enfin quoi de plus abject et de plus repoussant en soi que la dégradation du péché ? quoi de plus amer que les remords de la conscience? Et cette honte, cette amertume ne sont-elles pas , selon l'expression d'un philosophe, les deux compagnes inséparables de tout plaisir charnel ?

Il y a quelque chose de plus et qui mérite encore de fixer notre attention . cet appétit étant aveugle de sa nature et ne sachant pas distinguer les objets qui sont hors de notre portée de ceux que nous pouvons atteindre , d'autant plus que l'impétuosité du désir nous fait souvent paraître aisé ce qu'il y a de plus difficile, il en résulte qu'on ambitionne souvent ce qu'on ne saurait obtenir. Et la raison en est bien simple : c'est qu'une chose que nous désirons avec ardeur, d'autres doivent nécessairement la désirer de même, et dès lors elle est un objet de contention et de lutte , c'est-à-dire

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