‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 135 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE MX · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE MX

par là qu'il y a [tour les grands «lu monde "le profondes chutes ei d'humiliantes douleurs, comme il y eu a pour les petits et les pauvivs. Qu'on (lirait seuls exposés aux coups du Iuall]euL, , aux injures des hommes. Mais Salmnou ledil en termes encore plus formels ; c'est même là l'une des grandes misères qu'il signale dans l'existence des humains. Voici ses expressions : « Il est un autre mal que j'ai vu sous le soleil, et celui-là est hien commun dans Le monde. Vous rencontrez un homme à qui Dieu a donné richesses, prospérités , honneurs, à qui rien ne manque de ce que son âme a pu désirer; seulement il ne lui a pas donné le pouvoir de jouir de ces biens , c'est un étranger qui doit en jouir à sa place. » Eccl. vi, 2. Or, qu'est-ce donc que d'avoir des biens dont on ne peut jouir, si ce n'est être frustré de l'objet de son ambition , et ne trouver ni contentement ni félicité dans lis choses qu'on possède ? Une cause imperceptible suffit entre les mains de Dieu pour rendre tous les biens inutiles, impossible toute félicité. De même que la véritable sagesse ne se trouve pas dans une lettre morte , et vient uniquement de Dieu ; de même la véritable paix ne se trouve pas dans les biens et les trésors de la terre , Dieu seul peut la donner.

Et maintenant, pour en revenir au but que nous nous sommes proposé, si des hommes qui possèdent tout ce qu'ils peuvent désirer, sont néanmoins plongés dans l'abattement et la souffrance, parce qu'ils vivent loin de Dieu, dans quel état peuvent être ceux à qui tout manque à la fois? Chacun des vides qu'ils rencontrent au dedans d'eux-mêmes, les soumet au tourment delà faim, leur fait éprouver une soif inextinguible; c'est une épine qui leur traverse le cœur et qu'ils portent partout avec eux. Quelle paix . je le demande, quel repos est capable de goûter une àme où règne cette guerre intestine, cette éternelle lutte des appétits et des pensées? Ah! que le Prophète avait raison quand il s'écriait: « Le cœur du méchant est comme une mer ballottée par l'orage et qui ne connaît pas de repos. » Isa. lvii, 20. Y a-t-il, en effet, une mer, des vagues, des vents, qui se déchaînent avec plus de fureur que les passions des méchants? Ces passions n'ont-elles pas quelquefois la force de bouleverser les sociétés , le monde et le*

LA GUIDE DES PÉCHE1 Rv

mers elle-mèmes. Une âme passionnée esl bien réellement une

mer où luttent des vents contraires, où la tempête est déchaînée. mais une tempête dont les éléments ne nous montrent qu'une faible image. Les appétits dépravés ne sont -ils pas souvent

opp uns aux autres . comme les vents qui s'abattent sur le

Vaste sein des mers î Ce que demande la volupté . l'orgueil le repousse; ce que la vaine gloire exigerait . l'avarice ne saurait raccorder; ce que l'avarice conseille, l'honneur ne le peut souffrir ; la paresse refuse ce que l'amour du bien-être ne cesse de demander. D'où il arrive qu'au milieu de tant de désirs opposés, les méchants ne savent plus ce qu'ils désirent ; ils sont en perpétuel désaccord avec eux-mêmes . toujours incertains du but qu'ils doivent poursuivre, ne sachant ni que prendre ni que laisser. Ils ressemb «à ces malades que diverses infirmités travaillent à la fois , de t sorte que la médecine ne sait quel remède appliquer, par la raison que ce qui est utile pour telle maladie, est funeste pour l'autre. On peut voir encore ici l'image de cette confusion des langues qui divisa les hommes à la tour de Babel. C'est la contradiction dont parle le Prophète royal quand il fait à Dieu cette prière : « Renversez leurs projets, Seigneur, et divisez leurs langues; car j'ai vu la malice et l'opposition régner dans la cité. » Psal. uv, lu. Que faut-il entendre par cette division des langues, par cette malice et cette opposition régnant entre les habitants d'une même ville, si ce n'est la lutte incessante des passions entre elles dans un même cœur, ou bien encore cet antagonisme ardent de tous les appétits corrompus qui forment le spectacle du monde et font le supplice des mondains?

De la paix intérieure et du calme profond où vivent les homme? verto

Tel est donc le sort des méchants; et parla nous pouvons entrevoir déjà quel est celui des bons. Tenant soumis à la raison tous leurs appétits et tous leurs désirs, ayant mortifié leurs sens et dompté leurs passions, voyant toujours leur bonheur, non dans les biens périssables de la terre, ni dans les faux plaisirs que le monde leur présente mais en Dieu , source unique , centre inva-

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