LIVRE PREMIER, CHAPITRE XIX
ailmirulili's fruits qui L'accompagnent, la paix el la joie de l'Esprit- Saint , que consiste la véritable Eélicité, < - « ' L 1 1 - béatitude anticipée
que les justes possèdent déjà sur la terre. <n\ que la paix soit 6D effet un résultai inséparable de la vertu, c'est ce que le Seigneur n. 'us dit encore de la manière la plus évident»', par l'organe du uièni»' Isaïe : « La paix sera l'œw re de la justice; t-t cette même justice donnera pour fruit un calme heureux . une sécurité permanente. Mon peuple habitera dans les magnificences de la paix , dans les douces demeures de la confiance, au sein d'un repos qui regorge de biens et de délices. » Ce repos est appelé silence; et rien ne saurait mieux nous représenter la paix intérieure puisqu'elle consiste dans le calme des passions, dont les turbulentes clameurs et les désirs insatiables tenaient l'àme dans un trouble perpétuel. En second lieu , la paix émane de la liberté que donne la vertu , et de l'empire qu'une àme vertueuse exerce sur toutes ses passions. Comme on voit une terre conquise, dont les habitants ont subi le joug d'une puissance supérieure, reposer bientôt dans le calme et la paix, si bien que chacun de ses enfants vient comme autrefois s'asseoir à l'ombre de son figuier, ou sous le toit de ses ancêtres^ sans craindre désormais aucun ennemi ; de même, quand une fois nos passions ont été soumises , ont courbé le front sous le sceptre de l'àme , la cause de toutes nos agitations intérieures a disparu , nous jouissons alors de ce silence profond , de cette paix admirable qui sont le vrai bonheur de la vie , le noble privilège d'un cœur désormais à l'abri de toute guerre intestine ou étrangère. Lorsque les passions régnaient dans ce cœur , elles ne cessaient d'agiter et de bouleverser l'àme infortunée dont elles avaient fait leur esclave; et maintenant que cette âme s'est affranchie de leur tyrannie , qu'elle est leur reine , qu'elle les tient en son pouvoir, elle ne connaît plus d'ennemi qui vienne porter le désordre dans son empire et troubler la paix dont elle jouit.
Les consolations spirituelles dont nous avons fait connaître plus haut la grandeur et le prix, sont la troisième source d'où provient cette paix inaltérable. 11 résulte , en effet , de ces consolations que nos appétits eux-mêmes et les aspirations de la partie inférieure de notre être se tiennent dans le silence et le repos , heureux et tom. x. 18
satisfais qu'ils sont de la part qui leur revit-ut des douces émotions, des joies pures et célestes que Dieu verse dans la partie supérieure île l'être humain. La puissance concupiscible est comme r issasiée des reliefs qui lui viennent du festin de l'âme, et la puissance irascible esl loin de réclamer, voyant sa sœur dans l'abondance et la joie. D'où il arrive que l'homme tout entier repose en paix , en participant de la sorte aux fécondes émanations du souverain bien.
Le témoignage delà bonne conscience et l'allégresse qu'elle l'ait régner au dedans de nous ne contribuent pas moins à cette bienheureuse paix dont nous parlons ; car , si la bonne conscience ne nous donne pas une sécurité absolue, dételle sorte que nous tombions dans la négligence et que nous perdions le salutaire aiguillon de la crainte de Dieu, elle inspire cependant à l'âme du juste , des pensée> douces et consolantes, source de la véritable paix.
Enfin , elle naît de la confiance que les bons ont en Dieu; car c'est cette confiance surtout qui maintient son àme calme et sereine au milieu des tribulations de la vie ; c'est l'ancre assurée qui le fait résister h toutes les tourmentes. Les justes ont Dieu pour père, pour défenseur, pour caution et pour bouclier ; sous cette protection puissante n'ont-ils pas raison de vivre dans le calme et la paix? Ne sont-ils pas en droit de chanter avec le Roi-Prophète : « Je dormirai , je reposerai dans une paix profonde , parce que vous-même, Seigneur, m'avez afTermi sur le fondement inébranlable de l'espérance. » Vmlm. iv, 9 et 10. Faut-il s'étonner que la paix des justes , et avec elle le remède à tous leurs maux, provienne d'une telle source ? Que pourrait craindre, que pourrait regretter l'homme à qui Dieu veut tenir lieu de tout ?
CIIAPITRE XX.
Du neuvième, privilège de la vertu, commerd Dieu accueille les prières dus bons et rejette celles des méchants.
Il est encore un autre privilège que possèdent ici-bas les amis. de la vertu , c'est d être toujours écoutés de Dieu dans leurs prières; et c'est là, il faut bien le reconnaître, la suprême res-