‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 139 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE

source de l'homme contre toutes Les nécessités et toutes les misèi .le li vif. Pour bien comprendre ce que qous avons à «lire sur ce sujet . il tant .-avoir avant toul qu'il y a eu deux déluges universels dans le monde, l'un matériel, l'autre moral, el tous les deux provenant d'une même cause , qui est le péché. Le premier, qui eut lieu du temps «le Noé, ne laissa de vivant dans ce monde que le petit nombre d'êtres qui purent trouver place dans l'arche; tout l'ut englouti dans les flots, de telle s. »rl<" que la mer tut comme un tombeau de la terre; li furent abîmées toutes les œuvres et toutes les richesses de l'homme. Mais un déluge différent avait précédé celui-là ; c'était un déluge d'iniquités, provenantdu péché de notre premier père. Et combien ce déluge n'avait-il pas été plus grand et plus funeste que l'autre; il n'a pas nui seulement aux hommes de ces temps recules, tous les siècles en ont éprouvé les terribles ravages; le corps n'en a été ni la seule ni la principale victime, e'est l'âme surtout qui en a subi l'action fatale. Les âmes , en effet , à la suite de ce déluge , se trouvèrent dépouillées de toutes les richesses spirituelles, de tous les biens surnaturels que le genre humain avait reçus dans la personne du premier homme. C'est ce qui a lieu dans tout enfant nouveau né ; son àme n'est pas moins nue que son corps quand il vient au monde.

De ce premier déluge sont nées toutes les indigences, toutes les infirmités auxquelles est maintenant sujette la vie humaine. Elles sont si nombreuses et si grandes qu'un profond docteur , qui fut en même temps l'un des plus illustres chefs de l'Eglise, en a fait le sujet de tout un livre, sujet qu'il est loin d'avoir épuisé. Je veux parler du traité d'Innocent III sur les misères de la condition humaine. Plusieurs illustres philosophes de l'antiquité , considérant d'une part la dignité de l'homme et sa supériorité sur tous les autres animaux, voyant de l'autre les infortunes et les vices dont il est accablé, ne pouvaient assez s'étonner d'un tel désaccord, d'une telle anomalie dans la plus parfaite des créatures. C'est qu'ils n'en comprenaient pas la cause qui n'est autre que le péché. Ils voyaient que l'homme seul entre tous les animaux éprouve sans cesse le besoin de varier ses plaisirs , de courir après des sa-

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tisfactions oouvelks , que lui seul est tourmenté par l'avarice, L'ambition, un insatiable désir de prolonger sa vie, L'étrange préoccupation «le sa Bépulture, le souci plus étrange encore «le ce qui devra être après sa mort. Est-il un être dont la vie BoH plus fragile et dont les vœux soient néanmoins plus vastes? Kn est-il qui se trouvent sujets à autant de terreurs sans cause, de colères -ans frein? Ils voyaient les autres animaux presque toujours exempts de maladies, à l'abri du double tourment des médecines et des médecins, ayant toutes les choses nécessaires à l'existence sans préoccupation et sans travail. L'homme , au contraire, leur apparaît environné de toutes sortes d'infirmités, expoeé à des accidents sans nombre, tourmenté, dans son âme comme dans son corps , par des douleurs sans cesse renaissantes , courbé sous le poids , non-seulement de ses propres malheurs , mais encore des malheurs de tous ceux qu'il aime. Le passé lui cause d'interminables regrets ; il trouve dans le présent un sujet continuel de tristesse; l'avenir le torture d'avance par ses incertitudes et ses terreurs; pour avoir un peu de pain, qui suffise à soutenir son existence , ce n'est pas trop , ce n'est pas assez quelquefois d'un travail sans relâche.

Nous n'en finirions pas si nous voulions énumérer toutes les misères de la vie humaine. Le saint homme Job , vu , d , nous dit qu'elle est un combat perpétuel, et que les jours dont elle se compose sont comme ceux du mercenaire qui travaille du matin jusqu'au soir. Les philosophes dont nous parlions tout à l'heure le comprenaient si bien , qu'ils ne savaient, à les entendre , si la nature avait été pour nous une mère ou une marâtre , tant leur paraissait lourd le fardeau qu'elle nous a imposé. Plusieurs ont été jusqu'à dire que le mieux serait de ne pas naître, ou de mourir au moins aussitôt après avoir vu le jour. Il en est même qui ont prétendu que la plupart des hommes n'accepteraient pas le don de la vie , s'il leur était offert après qu'ils en auraient goûté , c'est-à-dire si, par impossible, on en avait fait l'expérience avant de l'avoir reçue.

Puisque telle est la vie que le péché nous a faite , puisque dans ce premier déluge nous avons complètement perdu ce riche fonds

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