‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 140 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE

de grâces et de bienfaits dont Le cie] nousavail dûtes, dites-moi quel es! le remède que nous a laissé celui qui nous inflige un châtiment aussi terrible ? N'est-ce pas celui qui reste à l'homme qu'une tempête a dépouillé de tous ses biens et qu'elle a jeté sur le rivage dans la souffrance el la nudité? Cet homme n'a plus de patrimoine, il n'a plus même la force de travailler à réparer ses malheurs; il faut donc qu'il s'en aille mendiera travers le mond • pendant tout le reste de sa vie. Voilà bien l'étal de La malheureuse humanité, après ce déluge universel qui lui a ravi tous les biens dont l'avait comblée la bonté suprême. Il n'y a pas d'autre ressource pour elle que de frapper et de crier, comme un pauvre mendiant, à la porte de son souverain maître. C'est ce que nous enseigne d'une manière éclatante le saint roi Josaphat quand il adressait à Dieu cette touchante prière : « Comme nous ignorons, Seigneur , ce qu'il nous convient de faire , il ne reste plus qu'un remède à nos maux, c'est de lever vers vous un regard suppliant. » II Parai, xx, 12.

Cette même vérité ressort avec non moins d'éclat de la prière d'un autre saint monarque, le pieux Ezéchias : «Du matin au soir, vous mettrez un terme à ma vie , Seigneur ; et moi , comme le petit de l'hirondelle , je ne cesserai de vous appeler à mon secours, je gémirai comme la colombe. » Isa. xxxviu, 13 et IL Ne peut-on pas interpréter ainsi cette prière : Je suis si pauvre, je suis si peu digne, Seigneur, de votre miséricorde et de votre providence, que ma vie n'a pas un seul jour d'assuré ; quel est donc l'exercice dans lequel elle doit s'écouler , si ce n'est celui d'une prière accompagnée de gémissements et de larmes ? "S oilà comment parlait cet homme si sage, bien qu'il fût roi et un roi puissant. David, son prédécesseur et son père, était bien plus puissant que lui ; et cependant il avait recours au même remède dans toutes les circonstances pénibles de sa vie. C'est dans le même esprit , avec le même sentiment qu'il s'écriait : « Ma voix n'a cessé de crier vers le Seigneur, ma voix suppliante s'est élevée vers lui. J'ai répandu ma prière en sa présence , je lui ai révélé mes douleurs, quand mon àme fatiguée commençait à défaillir. » Psalm. cxli, 1 et 2. Il veut dire par ces derniers mots : Quand je voyais

l'h niion se fermer de toutes parts deranl moi , et nul port ouvert

à m 'ii espérance; quand tous 1rs secours me taisaient défaut du

de la terre, j'avais recours à la prière pour implorer ceux du

sel : Dieu m'a laissé la prière pour suprême ressource dans tous mes maux.

Vous me demanderez peut-être s'il est bien vrai que ce soit là

un remède infaillible dans toutes les nécessités de la vie. Comme œej dépend uniquement de la volonté de Dieu, ceux-là seuls peuvent répondre à cette question , que le Seigneur a introduit datas les secrets de sa sagesse , je veux dire les apôtres et les prophètes. L'un d'eux s'exprime ainsi : « Il n'est pas au monde de nation si grande qu'elle ait des dieux se tenant auprès d'elle, comme le Seigneur notre Dieu se tient auprès de nous pour écouter nos prières. » Deut. îv, 7. Ce sont là les paroles que Dieu lui-même a dictées; la main de l'homme n'a fait que les écrire. Elles nous donnent la certitude, mais une certitude absolue, que, ]i le nous prions, Dieu est là présent qui recueille chaque soupir de notre âme, prend pitié de nos maux , se dispose à les guérir, si toutefois il est avantageux pour nous d'en être délivrés. Il est vrai que nous ne voyons personne , que personne ne nous répond; gardons-nous bien de croire cependant que notre voix se perd dans le vide, qu'elle frappe inutilement l'air, que nul n'est là pour nous entendre. Or, que peut-il y avoir de plus con- M.lant pour celui qui prie , que d'être ainsi certain de l'assistance divine? Mais, si ce texte de l'ancien Testament suffit pour nous encourager et nous consoler , quel effet ne devront pas produire sur nous les promesses et les garanties que le Seigneur lui-même nous donne dans son Evangile, quand il dit : « Demandez et vous recevrez; cherchez et vous trouverez; frappez et l'on vous ouvrira, h Matth. vu. 7; Luc. xi, 9. Quelle plus forte garantie pourrions-nous exiger? Qui pourrait douter de semblables paroles ? Qui ne trouvera la consolation et le bonheur dans la prière, alors que Dieu lui-même nous répond de son efficacité ?

N 'est-il pas aisé de voir que c'est ici l'un des plus grands privi-

■ .■- que possèdent sur la terre les amis de la vertu? Ils ne

peuvent ignorer que ces promesses si magnifiques à la fois et si

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