LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXI
pur dans sa conscience. Encouragés par ces réflexions et par d'antres semblables, ils courbenl humblement la tête, se montrent calmes ••( doux dans te temps <lr la tribulation, acceptent d'une main courageuse le calice de la douleur el l'épuisent sans murmurer; parlons d'une manière plus exacte, c'est Dieu lui-même qui le verse dans leur cœur; c'esl lui qui, selon L'expression du Prophète royal, « leur l'ait de leurs propres larmes une buisson salutaire. » Psal. lxxix, 6. 11 n'est pas de médecin qui mesure avec plus de soin, d'après la connaissance qu'il a de la maladie, les divers ingrédients du remède qu'il doit administrera son malade, que le céleste médecin des âmes ne proportionne la tribulation aux forces et au caractère de l'homme juste qui doit la subir. Si parfois il augmente le labeur , il accroît aussi dans la même mesure les consolations et les secours qu'il se plaît à nous donner. Et de la sorte l'homme est d'autant plus riche de biens spirituels, au sortir de l'épreuve, qu'il a été plus profondément affligé ; d'où il résulte qu'à l'avenir il ne fuit plus la douleur comme une chose nuisible, mais qu'il la désire, au contraire, comme la source des plus magnifiques trésors. Voilà pourquoi, les bons acceptent bien souvent les labeurs et les tribulations de la vie, non-seulement avec patience, mais encore avec joie, comme nous l'avons déjà remarqué; ils regardent moins le travail que la récompense, moins la peine du combat que la splendeur de la couronne ; ils oublient l'amertume du remède, pour ne songer qu'à la santé qui doit leur être rendue ; la douleur des coups qu'ils reçoivent disparait dans l'amour de celui qui les donne ; car ils ne perdent pas de vue la doctrine de l'Apôtre : « Celui qui aime châtie. » Hebr. xu, 6. La grâce qui ne fait jamais défaut au juste, quand est venue pour lui l'heure de la tribulation, est la source première de la force qu'il sait y déployer. Dieu est le véritable ami, l'ami fidèle par excellence ; il n'est jamais plus présent aux siens que dans le temps de l'adversité , bien qu'il paraisse alors s'être retiré d'eux. Parcourez plutôt l'Ecriture sainte tout entière , et vous verrez qu'il n'est pas de vérité qui s'y trouve plus souvent consignée que celle-là. Dieu n'est-il pas, dans la pensée du Prophète, Psal. ix, 1 i, notre défenseur et notre soutien, contre les assauts de l'infortune ?
Ne n< «us recommande-t-il pas Lui-même d'avoir recours à lui dans de tels moments? Ya-t-il pas dit par Le même Prophète : « Appelle-moi du sein de la tribulation, el je te délivrerai, et tu me rendras gloire ? s Psalm. \\.\\. t.">. L'expérience avait appris tout cela à celui-là même qui nous l'enseigne de la part de Dieu ; car ▼oici commenl il s'exprime : a Lorsque j'ai crié, le Seigneur Dieu de justice a prête une oreille attentive à mes cris; au jour de la souffrance il a dilate mon cœur. » Psalm. îv, 2. N'est-ce pas encore dans le Seigneur que le même roi mettait sa confiance quand il disait : « J'espérais en celui qui m'a délivré de la faiblesse de mon esprit et des coups de la tempête? » Psalm. nv, 9, Evidemment la tempête dont il s'agit ici n'est pas celle qui se déchaîne sur la mer ; c'est la tempête qui bouleverse un cœur pusillanime, quand il est aux prises avec l'adversité, tempête d'autant plus grande que ce cœur a moins d'énergie.
Le même auteur sacré revient fréquemment, dans ses cantiques, à ce principe déj à si clairement établi, dans le but de confirmer de plus en plus cette vérité et de nous arracher à notre faiblesse. Voici ce qu'il dit: « Le salut des justes est l'oeuvre du Seigneur; il prend leur défense dans le temps de la tribulation. C'est lui qui doit les soutenir, il les délivrera de la main des pécheurs, il les sauvera, parce qu'ils ont mis en lui leur espérance. » Psalm. xxxvi, 18 et 19. Ailleurs il s'exprime en ces termes: « Qu'ils sont grands, Seigneur, les biens que vous avez répandus, à la vue des enfants des hommes , sur tous ceux qui espèrent en vous ! Vous les protégez , vous les cachez dans le secret de votre visage , contre tous les assauts de la tribulation, contre la rage de leurs persécuteurs; vous les mettez, dans votre saint tabernacle, à l'abri de la contradiction des langues. Béni soit donc le Seigneur, pour avoir si merveilleusement fait éclater sur moi sa miséricorde I Il m'a défendu, il m'a placé dans un lieu sur et comme dans une citadelle inexpugnable. J'étais si dépourvu de tout secours, si profondément abattu dans l'infortune, que je croyais être abandonné de vous, mon Dieu, et rejeté loin de votre face. » Psalm. xxx. -20 et seq. En vérité, le Prophète ne pouvait nous enseigner d'une manière plus énergique comment Dieu prend