‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 145 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXI

soin des justes el 1rs couvre de sa protection, au plus fort de la tourmente. Remarquons eD particulier cette expression : a Vous les cacherez dans le secrel de votre visage, o De même que les rois de la terre, dit là-dessus un interprète '1rs Livres saints, quand ils veulent protéger un homme et le mettre à L'abri de loul danger, lui donnent leur propre palais pour asile , de telle sorte qu'il soit gardé, non-seulemenl par L'enceinte de la maison royale, mais par les yeux même du roi, ce qui est la marque la plus éclatante d'une tendre el vive sollicitude; de même le souverain Monarque des eieux défend el protège ses enfants, en les plaçant dans le tabernacle de son amour et sous l'œil vigilant de sa paternelle providence.

De là ce que nous lisons des saints, ce que nous avons vu quelquefois nous-mêmes : entourés des plus grands dangers, assaillis par les tentations les plus fortes, ils conservaient la même fermeté d'âme, la même paix du cœur, un front également serein, un maintien également noble; ce qui ne pouvait s'expliquer que par la conviction où ils étaient que l'invisible ami des âmes vertueuses veillait constamment sur eux, ne les abandonnerait jamais; bien plus, ils sentaient d'autant mieux sa présence qu'ils se voyaient exposés à de plus grands périls. Tels se montrèrent les trois enfants des Hébreux, quand -Nabuchodonosor les fit jeter dans la fournaise; et telle fut aussi la conduite du Seigneur envers eux. Son ange les accompagnait au milieu des flammes et changeait les ardeurs dévorantes du feu en une douce et rafraîchissante atmosphère. A cet aspect, le monarque des Assyriens s'écriait avec un étonnement mêle de crainte : « Qu'est ceci? N'est-ce pas trois hommes, et trois hommes les pieds et les mains liés, que nous avons jetés dans les flammes? Quel est donc le quatrième que je vois avec eux, tout rayonnant de beauté, semblable au Fils de Dieu? » Dan. ni, 91 et 92. Non, l'assistance du Seigneur ne saurait manquer aux justes , au milieu même des plus grandes tribulations.

Cette vérité ne ressort pas avec moins d'éclat de la conduite que Dieu tint envers Joseph, après que ce pieux enfant eut été vendu par ses frères. « Il descendit avec lui dans les cachots, comme

LA GUIDE Dl S PÉCHE1 lis.

s'exprime te livre de la Sagesse, \ . t.'t et 14, il ne le quitta pas qu'il De L'eût fait en quoique sorte asseoir sur Le troue d'Egypte; » il étendit même son pouvoir sur ceux qui l'avaient persécuté, montrant par là combien avaient été Fausses et calomnieuses les accusations dont il avait été L'objet, lâches et vils ceux qui avaient essaye de ternir sa gloire. De semblables traits prouvent mieux que toutes les paroles la vérité de la promesse que Dieu fait à son serviteur parla bonebe du Psalmiste : « Je suis avec lui dans la tribulation ; je le délivrerai et le glorifierai. » Psal. xc, L5. Heureuse la tribulation qui nous mérite une telle société, qui nous attire une telle gloire! Puisqu'il en est ainsi, écrions-nous tous avec saint Bernard : « Donnez-moi toujours des tribulations, Seigneur, pour que vous soyez toujours avec moi ! »

A l'action directe de la grâce, joignons le secours que nous donnent les vertus. Elles concourent toutes, en effet, chacune à sa manière, à soutenir, à ranimer le courage de l'homme affligé. De même que, dans une crise difficile et périlleuse, tout le sang se précipite vers le cœur, comme pour lui venir en aide et l'empêcher de défaillir; de même, quand une àme est en danger, quand elle est assaillie par la tentation ou la souffrance, toutes les vertus accourent aussitôt et lui prêtent à l'envi leur concours, pour lui faire remporter la victoire. La première qui se présente, c'est la foi , qui remet vivement sous les yeux de l'àme ses éternelles destinées, les biens et les maux de la vie future, en comparaison desquels tout ce que nous pouvons éprouver dans la vie présente doit être compté pour rien. L'espérance vient ensuite, allégeant tous nos labeurs par la pensée du bonheur qui doit en être la récompense. La divine charité est le plus puissant auxiliaire de l'àme, elle va jusqu'à lui faire désirer les afflictions et les douleurs, en vue de mieux témoigner à Dieu les sentiments qui l'animent. La soumission habituelle d'une àme vertueuse aux volontés du ciel, fait éclater alors sa merveilleuse puissance, en nous montrant dans les épreuves de la vie la main bienfaisante du Seigneur. La patience trouve dans ces mêmes épreuves son exercice, le plus naturel , c'est elle dont les épaules peuvent seules porter un tel fardeau. L'humilité fait plier le cœur au souffle de la

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