LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXI
tribulation, comme un arbrisseau courbé par la tempête; elle lui apprend à s'abaisser sous la main qui lf frappe, dans la persuasion que les douleurs donl il est affligé ne sont jamais proportionnées i -'-s fautes. Enfin, le souvenir des angoisses et des tourments de Jésus sur la croix, et des souffrances héroïques des saints, est pour nous un intarissable sujet de consolation et de force.
Tel est L'office propre de chaque vertu, la part qui lui revient dans les grandes luttes do L'âme; chacune lui tient, s'il nous est encore permis de le dire, un langage particulier. Voici d'abord ce que lui dit la foi : Les souffrances passagères du temps ne sont pas clignes d'être comparées à la gloire immortelle qui doit un jour nous être révélée. La charité dit à s» in tour : N'est-il pas juste de souffrir quelque chose pour celui qui nous a tant aimés ? La reconnaissance aime à répéter cette parole de Joh : « Si nous avons reçu les biens de la main du Seigneur, il convient que nous recevions aussi les peines qu'elle nous envoie. » Job, u, 10. La pénitence s'exprime ainsi : Celui qui tant de fois a fait sa volonté, contrairement à celle de Dieu, doit savoir souffrir quelque chose de contraire à sa volonté. La fidélité accueille en ces termes le moment de l'épreuve : Dieu nous a comblés de tant de biens durant la vie, qu'il faut se réjouir de pouvoir lui témoigner, au moins une fois, un peu de dévouement et de constance. La patience emprunte au grand Apôtre cette profonde et magnifique leçon : « La tribulation manifeste la patience , la patience est la preuve de l'amour, cette preuve est le fondement de l'espérance , et l'espérance n'est jamais confondue. » Rom. v, 3 et seq. L'obéissance dit, avec le môme Apôtre, Rom. xu , L, qu'il n'est pas de sainteté si grande, ni de sacrifice si parfait, qu'on puisse comparer à la disposition d'un cœur qui se conforme au bon plaisir de Dieu , dans les plus rudes travaux , dans les peines les plus cruelles.
Parmi toutes ces vertus néanmoins, c'est à l'espérance, animée par la charité, que revient spécialement le droit de nous consoler dans l'infortune ; c'est elle surtout qui communique à notre cœur la constance et la fermeté qui lui sont alors nécessaires. Saint Paul nous l'enseigne clairement, dans le chapitre même que nous venons de citer. Aussitôt après avoir dit : «Réjouissons-nous dans
LA Cl IDE DES PÉCHEl US.
L'espérance, » Ibid. 13, il ajout»' : « en gardant la patience dans tous dos travaux; » pour nous bien l'aire entendre que la joie de L'espérance et la patience dans les tribulations sont étroitement enchaînées entre elles. De là l'image aussi belle que vraie sous Laquelle il nous représente ailleurs l'espérance; il L'appelle L'ancre de la vie, Uihy, vi , L9. Comme une ancre fortement enfoncée dans la terre tient le navire immobile au milieu des flots et fait qu'il brave les fureurs de l'orage , une vive et ferme espérance , solidement établie sur les promesses du ciel, rend l'âme du juste inébranlable à tous les assauts de la persécution et de la douleur, la maintient calme et sereine parmi les vents déchaînés qui bouleversent la mer orageuse du monde. Ainsi le pratiquait un illustre serviteur de Dieu, comme l'histoire nous le raconte; se voyant entouré de tentations et d'infortunes il s'écriait : Le bonheur que j'espère est si grand, que toute peine m'est un plaisir.
Voilà comment toutes les vertus concourent à ranimer et fortifier le cœur du juste, quand elles le voient aux prises avec la tribulation. Et s'il arrive qu'il se laisse ébranler, malgré tant de secours, elles reviennent à la charge avec une nouvelle énergie , en lui faisant ces vifs et tendres reproches : Quoi! dans le temps de l'épreuve, quand Dieu veut exercer ta vertu , tu chancelles et succombes ! Mais où donc est la foi vive que tu dois avoir en lui ? où sont ton amour et ton courage , ta patience et ta soumission , ton espérance et ta fidélité ? Est-ce là le fruit de tes longs efforts , de tes résolutions généreuses ? est-ce là ce qui fut si souvent l'objet de tes vœux, ce que tu ne cessais de demander au Seigneur dans tes prières? As-tu donc oublié que la vertu chrétienne ne consiste pas seulement dans les oraisons et les jeûnes , dans les confessions et les communions , mais qu'elle doit surtout éclater aux yeux de Dieu , par un courage inébranlable dans l'adversité , comme éclata jadis celle de Job ou d'Abraham?
C'est ainsi que le juste, fort des considérations qui se présentent à son esprit , du secours de toutes les vertus qu'il possède , des consolations d'en haut et des faveurs de la grâce, en vient à porter, non-seulement avec une invincible énergie, mais encore avec bonheur et reconnaissance, le fardeau qui lui est imposé. Nous