LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXI
pouvons démontrer cela par un seul exemple, celui du généreux Tobie. L'Ecriture sainte nous raconte qu'après tant de traverses et de maux essuyés dans l'exil par cel homme si sage, le Seigneur permit encore qu'il fui privé de la vue, voulant donner en lui un modèle éternel de résignation el de patience; et rien ne put abattre son courage, ni ébranler en aucune sorte la ûdélité qu'il avait montrée jusqu'alors à la Loi de ses pères. Et L'Ecriture nous en donne aussitôt la raison, en ajoutant : « Connue il avait toujours, depuis sa pins tendre enfance, vécu dans la crainte du Seigneur, il fut loin de s'élever contre Lui dans l'infortune; inébranlable dans tes sentiments de toute sa vie, il continuait à bénir Dieu tous les jours, des maux, comme des biens qu'il lui avait envoyés, o L'Esprit-Saint attribue donc ici, vous le voyez d'une manière évidente, la patience que ce saint homme montra dans la tribulation , à la vertu qu'il avait toujours pratiquée, à sa crainte filiale envers le Seigneur. N'est-ce pas également là ce que nous venons de dire? Il nous eût été facile de trouver jusque dans notre siècle , d'illustres et touchants exemples de courage et de résignation dans les plus longues infirmités comme dans les labeurs les [dus pénibles. Que de serviteurs , que de servantes de Dieu ont de nos jours goûté la douceur dans l'amertume, rencontre Le miel sous le fiel, la sérénité dans la tempête, un suave rafraîchissement au milieu des flammes de Babylone.
De l'impatience et de la fureur des méchants dans leurs peines.
liais combien différent est le spectacle que les méchants nous présentent quand ils sont dans le malheur ! Ils n'ont ni charité ni patience. La force qui se puise dans la religion et l'espérance que nourrit la foi , toutes les autres vertus du même genre, leur font également d< faut ; ils sont pris au dépourvu, ils se trouvent sans défense en face de l'ennemi; ils ne possèdent pas cette lumière supérieure qui brille aux yeux des vrais chrétiens, les biens de l'avenir ne sont pour eux qu'un vain songe, une douce expérience ue leur a pas appris quelle est la bonté paternelle du Seitom. x. 19
I \ GUIDE DES PfiCHEl US.
gueur envers ses enfants qui souffrent. Aussi est-ee une eliose lamentable de voir comme ils s'enfoncert dans oei abîme de la
douleur; nul point d'appui pour y poser le pied, nulle branche de salut (pie leur main puisse saisir. Pauvres navigateurs dont le vaisseau n'a pas de gouvernail, ils ne peuvent que périr dans la tourmente; téméraires soldats qui vont au combat sans armes, ils doivent nécessairement succomber sous les coups de l'ennemi. Il est toujours un ecueil contre lequel ils iront se briser, poussés par les vents et les ondes; ce sera la colère ou l'orgueil, le découragement ou l'impatience, le blasphème ou le désespoir. N'a-t-on pas vu des malheureux qui, tout en perdant leur àme , perdaient aussi la raison, la santé, la vie même, ou tout au moins la vue à force de pleurer? Tandis que les justes, semblables à l'or pur, sortent sans altération et sans perte du feu de la tribulation, les méchants . comme un vil et grossier métal, se décomposent et -annihilent dans la fournaise. Où ceux-ci versent des larmes amères. ceux-là font entendre des chants de joie ; où les uns s'enfoncent, les autres passent à pied sec; le vase d'argile est brisé, l'airain résiste et s'épure. On entend incessamment retentir des cris d'allégresse dans les tabernacles des enfants de Dieu; les demeures des pécheurs redisent à chaque instant les accents de la douleur et de la rage.
Si vous voulez vous convaincre pleinement de cette vérité, voyelles extrémités auxquelles se sont portées quelquefois et se portent encore chaque jour des femmes dépouillées par la mort des plus chers objets de leurs affections. On en a vu se renfermer dans des lieux ténébreux, refusant de contempler désormais la lumière céleste ; il en est qui se sont jetées dans un cachot comme desbètes féroces, plusieurs se sont précipitées dans le l'eu; d'autres ont donné de la tête contre les murs, pour se débarrasser d'un seul coup de l'insupportable fardeau de la vie ; et, quand elles oui recule devant de telles violences, c'est un regret sans consolation , un désespoir sans remède, qui tarissait bientôt dans leur cœur la source de cette môme vie ; et de la sorte un moment suffît pour lendie uni; mais.ai déserte, ou du moins on voit en peu de jours s'eleindre une famille. 11 y a quelque chose de plus , non