LIVRE PREMIER, I HAPITRE \\l. -j!U
itentes de se montrer insensées el cruelles envers elles-mênn
elles s'en prennent à Dieu, niant sa providence, l'ÀCCnsanl d'in-
justiee et de barbarie, blaspht niant sa miséricorde, élevant contre le ciel, selon la parole do texte Barré, nue bouche sacrilège. Aussi qu'anïve-t-il? Le ciel éclate contre leur coupable demeure , il y t'ait tomber des malheurs encore plus grands, en punition de leurs blasphèmes; car tel est le châtiment que mérite quiconque résiste à la volonté (lu ciel et soutient une lutte impie contre la divine. Remède étrange, mais trop justement mérité, par lequel Dieu leur fait oublier de grands malheurs par des malheurs encore pins grands!
Le naufrage des méchants dans l'infortune est plus terrible e1 plus désastreux qu'il ne [tarait au premier abord; le crime s'ajoute au crime, comme le malheur au malheur. Ils outragent la main qui les frappe, alors qu'ils auraient dû la bénir ; ils s'enorgueillissent quand ils devaient s'humilier, le châtiment les endurcit au lieu de les réduire; le remède n'a fait qu'empirer le mal. Ne peut-on pas dire que c'est là un enfer commencé , principe et cause ici-bas de celui qui les attend dans la vie future ? En effet , qu'est-ce que l'enfer, si ce n'est un lieu de peines et de crimes? l-'.t <pie manque-t-il alors à celui que nous venons de peindre, si ce n'est l'éternité ?
Considérez en outre que les peines de la vie sont inévitables, qu'il y a nécessité pour nous de les subir, et que la patience seule les rend méritoires pour l'àme et en même temps moins lourdes à porter. Et voilà que le malheureux pécheur , tout en perdant l'inestimable fruit des maux qu'il souffre, fait par ses impatiences qu'ils lui sont incomparablement plus amers; l'irritation à laquelle il est en proie lui devient un plus pesant fardeau que le mal lui-même. Triste chose , en effet , de travailler péniblement sur la terre , et de ne rien gagner par son travail , de ne savoir à qui demander sa récompense. Mais il y a quelque chose de plus lamentable encore, c'est de perdre le peu qu'on avait gagné, et , après une nuit laborieuse et stérile , de n'avoir devant soi qu'un long jour de souffrance et de malheur.
Tout cela nous fait de plus en plus comprendre à quel point les
LA GUIDE DES PÉCBEI us.
bons diffèrent des méchants parmi tes tribulations de ce monde : la paix, la joie, le courage des uns forment un contraste absolu ave»- te trouble, la tristesse el l'abattement des autres. C'est ce qui nous a été merveilleusement figuré dans les gémissements el les lamentations qui s'élevaient dans la terre d'Egypte quand Dieu mit à mort tous les premiers-nés de ce peuple pendant une seule et même nuit ; pas une mais. m qui ne lut remplie de deuil, inondée de larmes; tandis (pie dans la terre de Gessen, où demeuraient tes enfants d'Israël, on n'entendit pas même un chien aboyer, selon l'énergique expression de l'Ecriture.
Après cela, que dirai-je encore des inappréciables avantages que les justes tirent de leurs tribulations, de ces mêmes tribulations cpii sont pour les méchants une cause d'indigence et de ruine. Le même feu qui purifie l'or, comme dit saint Jean Chrysostome, brûle et consume le bois; de même, dans la fournaise de la douleur, le juste acquiert une beauté plus parfaite, tandis que le méchant s'y trouve réduit en cendres, comme un bois infructueux et desséché. Saint Cyprien emploie , pour exprimer la même idée , une comparaison différente : Comme le vent, dit-il , au temps de la vannaison, chasse et disperse la paille légère, tout en respectant le froment dont il la sépare ; ainsi le souffle de l'infortune abat et disperse les méchants, respecte et purifie les bons. Le passage de la mer rouge nous est encore une figure de la même vérité : non-seulement les eaux n'engloutirent pas les enfants des Hébr eux , mais elles semblèrent même les protéger , formant à droite et à gauche comme des murailles de cristal ; et ces mêmes eaux submergèrent les chars des Egyptiens et toute l'armée de Pharaon. Les eaux amères de la tribulation produisent également ce double effet : elles sont une sorte de protection et de défense pour les âmes vertueuses , elles exercent leur patience , elles conservent leur humilité ; et pour les méchants elles sont comme les flots irrités d'une mer orageuse qui vont les entraînant dans l'abîme de l'impatience, du blasphème et du désespoir.
C'est ici, vous le voyez, un admirable avantage, une éclatante supériorité, que la vertu possède sur le vice. De là les éloges pom-