‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 150 sur 308 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Du onzième privilège de la vertu : comment Notre-Seigneur pourvoit au temporel même de ceux qui la pratiquent.

Tout ce que nous avons dit jusqu'ici regarde uniquement les biens spirituels, les richesses surnaturelles, que les fidèles amis de la vertu reçoivent déjà dans cette vie, indépendamment de la gloire éternelle qui les attend dans l'autre. Et tous ces biens furent promis au monde avec la venue du Christ, comme l'attestent toutes les prophéties dont il a été l'objet. C'est pour cela qu'il a été justement nommé le Sauveur du monde; par lui nous a été donné le véritable salut, qui consiste dans la grâce, la sagesse et la paix, dans la victoire que nous remportons sur nous-mêmes, dans l'empire que nous exerçons sur nos passions, dans les consolations de l'Esprit-Saint et les trésors de l'espérance; en un mot, dans tous les biens qui sont requis pour arriver au salut; ce que le prophète exprimait en ces termes : « Israël a été sauvé dans le Seigneur, mais sauvé d'un salut éternel. » Isa. xlv, 17.

S'il en est toutefois qui tiennent tellement à la chair que leurs yeux soient tournés vers les choses des sens, plutôt que vers celles de l'esprit, ainsi que les Juifs nous apparaissent dans l'Evangile, ce n'est pas une raison pour qu'ils s'éloignent de nous; nous avons de quoi les satisfaire sous ce rapport beaucoup plus qu'ils ne peuvent le désirer eux-mêmes. S'il en était autrement, qu'eût voulu

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dire le sage, je vous le demande, quand il parle ainsi de la vraie sagesse, laquelle n'es! pas autre chose que ta perfection de la vertu : *> Elle tient dans sa main droite la Longue durée des jours, el dans sa gauche la richesse et la gloire. » Vruv. tu, 8. La vertu dte possède donc un double trésor, dont elle se sert comme d'un appât pour entraîner Les hommes à sa suite; elle leur promet à la fois Los biens du temps el ceux de l'éternité. Non, non, Dieu ne l sas pas mourir de faim ceux qui Be dévouent à son service ; lui qui nourrit avec tant de soin les fourmis et les vermisseaux, pourrait-il abandonner dans leur indigence les fidèles serviteurs qui nuit et jour adorent sa Majesté sainte? N'en croyez pas à ma parole, si vous voulez; lisez plutôt le sixième chapitre tout entier de l'Evangile selon saint Matthieu, et vous verrez les garanties et les [rites que le Seigneur nous y donne à cet égard. « Considérez les oiseaux du ciel, disait le divin Maître ; ils ne sèment ni ne recueillent, ils n'ont pas de greniers pour y entasser les ressources de l'avenir; et votre Père qui est dans lescieux ne les laisse manquer de rien. Votre vie n'est-elle pas incomparablement plus précieuse a ses yeux? «Après ces douces et tendres paroles, le Seigneur conclut ainsi : « Ne soyez donc pas en sollicitude pour ce qui regarde le boire et le manger ; la recherche inquiète de ces choses est le propre des nations qui ne connaissent pas Dieu. Pour vous, cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroit. »

C'est par ce motif, entre un grand nombre d'autres, que le Psalmiste nous invite à servir le Seigneur, sachant que c'est là celui que les hommes ont principalement en vue quand ils se mettent au service de leurs semhlables. Voici ses propres expressions :

Craignez le Seigneur vous tous qui lui êtes consacrés; car rien ne manque à ceux qui le craignent. Les riches de la terre souffriront l'indigence et la faim ; et ceux qui cherchent le Seigneur auront tous les biens en abondance. » l'salm. xxxm, 10 et H. Cela est si certain que le même Prophète ajoute dans un autre de ses pieux cantiques : a J'ai été jeune , et me voilà devenu vieux ; «•t je n'ai jamais vu le juste abandonné, ni ses enfants mendiant leur pain. » l'salm. xxxvi, 35«

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