‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 156 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE Wlll. 10J · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE Wlll. 10J

(«Mis ces maux cl de Ui 1 1 1 d'autres qui en sonl la conséquence, est ce qui rend si terrible la mort des pécheurs. Us sont assaillis toul h li fois par les divers accidents d'une maladie mortelle , par 1rs souffrances «lu corps et les angoisses de L'âme, par les regrets de ce qu'ils laissenl sur la terre etle souci de ce qui se passera après leur mort, par le souvenir de leurs péchés passés, cl la crainte des châtiments à venir, par la pensée du compte qu'ils auront à rendre au juge suprême et de la sentence qui les attend, par l'image même du tombeau et l'horreur de la sépulture, par ce dernier adieu qu'il faut dire atout ce qu'on a aimé et d'un amour si fort, quelquefois si coupable, à sa fortune, à ses amis, à s;i femme, à ses enfants, à cette clarté du jour, à cette douce et ravissante atmosphère, à la vie entin avec tout ce qu'elle renferme de puissance et de charmes. Plus était grande l'affection, plus la séparation sera douloureuse; car, comme le dit admirablement saint Augustin , on n'abandonne pas sans douleur ce qu'on possédait avec amour. C'est là aussi ce qui faisait dire à un philosophe , que l'homme qui avait le moins de plaisirs dans la vie , était celui qui craignait moins la mort.

Mais ce qui domine toutes les autres impressions, à cette heure fatale, c'est le remords qui déchire l'àme du pécheur, c'est le supplice de la conscience et la crainte de l'avenir qui lui est réservé. Eveillé tout à coup par l'approche de la mort, l'homme ouvre les yeux et voit des choses qu'il n'avait jamais aperçues durant la vie. Un ancien docteur, Eusèbe d'Emèse, explique admirablement dans une de ses homélies la raison de ce phénomène : « Eu ce moment, dit-il, disparaissent les préoccupations et les sollicitudes qui jettent l'homme en dehors de lui-même quand il doit pourvoir aux nécessités de son existence; alors cessent également et la poursuite des honneurs et celle de la fortune; on ne son^e plus ni aux travaux de la vie civile, ni à la gloire des combats, mille occupation qui vienne distraire la pensée. Seul le souvenir de la justice divine absorbe tous les sens. La vie s'est en quelque sorte évanouie, on n'a plus que la mort devant les yeux ; dans une telle situation, l'homme perd aisément de vue les choses temporelles qui déjà lui ont échappé, il commence enfin à consi-

dérer avec attention celles de L'éternité qui vont tout à l'heure L'entraîner dans leur sphère. Toutes Les joies de La lerre ont fini, Une lui reste plus de ses coupables plaisirs que Les péchés dont ils furent La cause et qui le suivront au tribunal de Dieu. »

Le , œ docteur revient sur ce sujet dans une antre homélie et s'exprime en ces termes : « Songeons à la frayeur dont sera saisit- une âme négligente, quand elle quittera ce momie pour entrer dans la maison de son éternité. Quelles angoisses, quels déchirements u'éprouvera-trelle pas? De quelles ténèbres neserat-elle pas enveloppée, quand, parmi les accusateurs qui s'élèveront contre elle , elle verra paraître au premier rang sa propre conscience, avec l'innombrable escorte des pèches qu'elle a commis? Le témoignage de la conscience n'aura pas besoin de preuves à l'appui ; sa lumière éclatera sans nuage , sa parole nous bissera muets et confondus. Impossible de rien cacher, impossible d'élever un seul doute ; ce n'est pas de loin , ce n'est pas du dehors, c'est de nous-mème et du plus intime de notre être que viendra le témoin qui doit nous accuser. » Ainsi parle ce Père de L'Eglise. Mais il en est un autre, le cardinal Pierre Damien, qui dit encore là dessus des choses plus frappantes. Voici comment il s'exprime dans un traité qui a pris place parmi les œuvres de saint Augustin, à la suite de ses Méditations :

« Tâchons de nous bien représenter l'état où se trouvera 1 ame d'un pécheur au sortir de cette prison mortelle. De quelles terreurs ne sera-t-elle pas assiégée? De quels amers reproches sa propre conscience ne la poursuivra-t-elle pas? Les péchés dont elle se rendit coupable se retracent à sa mémoire avec un invincible éclat; elle voit à découvert tous les divins préceptes qu'elle méconnut et transgressa. Elle pleure en vain le temps qui lui fut donné pour faire pénitence; la voilà maintenant en face du compte qu'elle doit rendre de sa vie, sous les coups de la vengeance divine. Elle voudrait revenir en arrière, mais une force irrésistible la pousse en avant; elle s'efforce de ressaisir ce qu'elle a perdu, mais tout est désormais hors de sa portée. Si elle tourne ses regards vers le passé, les années de sa vie ne lui apparaissent plus que comme un point dans l'espace. Si elle les porte en avant, elle

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