LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXIII
découvre les horizons de l'infini, une éternelle durée qui sera celle <!•' son supplice.
» Elle verse des larmes de désespoir, en voyant Le bonheur donl les saints jouiront dans les siècles des siècles, bonheur qu'elle eûl pu gagner elle aussi dans cecourl espace de la vie présente; et
son desespoir est d'autant plus grand qu'elle a perdu cette félicité suprême pour un plaisir éphémère et charnel. A la douleur se joint la honte, quand elle songe qu'elle a sacrifié la partie la plus noble de son être, celle qui devait aller prendre rang parmi les anges, à la partie Inférieure, qui devait être La pâture des vers. Cet eflrayanl contraste des biens de l'éternité perdus pour ceux du temps, obsède son esprit et torture son cœur. Quand, des hauteurs où la mort l'a placée, elle abaisse les yeux vers cette humble et ténébreuse vallée du monde, pour les élever ensuite vers l'immortelle clarté des deux , elle voit à quel point était vil et méprisable tout ce qu'elle a aimé. Oh ! s'il était possible alors d'obtenir un peu de temps pour faire pénitence, quelles austérités seraient capables de rebuter son courage ! Quelles ne seraient pas ses résolutions et ses promesses ! Qui pourrait dire la grandeur de ses vœux et la ferveur de ses prières?
» Mais, tandis que ces lugubres pensées roulent au fond de cette àme , les symptômes avant- coureurs de la mort annoncent l'heure fatale : le regard s'obscurcit, les yeux s'enfoncent dans leur orbite, la poitrine se soulève, les dents perdent leur éclat, la bouche se remplit d'écume, les traits s'altèrent, le visage devient livide, la voix sourde et creuse, le froid gagne les extrémités, les membres se raidissent. Et, pendant que tout cela se passe à l'extérieur, pendant que s'accomplit ce premier travail de la mort, attestant ainsi sa présence, les souvenirs de la vie écoulée, de tant d'actions et de pensées coupables, s'accumulent de plus en plus dans cette àme infortunée, ils rendent témoignage contre elle. Elle a beau vouloir les éloigner, force lui est de les voir et de les entendre.
» D'un côté , s'agitent les formes horribles des démons , de l'autre, laissent entrevoir leur éclat les douces visions angéliques. Le doute est bientôt levé, l'illusion n'est plus possible; on comtom. x. 20
prend quelle est celle de ces légions qui doit s'emparer de cette âme. Si elle porte avec elle une heureuse moisson d'œuvres pieuses et saintes, les anges se hâtent de dissiper ses terreurs, elle entend
leurs voix qui la convient au banquet de la patrie céleste. Mais si les désordres du passé, «les crimes restés sans expiation, crient vengeance contre elle , son espérance s'évanouit , elle devient le jouet des plus sombres frayeurs, un irrémédiable abattement s'empare de toutes ses puissances ; et c'est ainsi que l'âme pécheresse est arrachée d'une chair objet de ses criminelles idolâtries, pour être précipitée dans les flammes éternelles, a
Telles sont les remarquables paroles de Pierre Dainien. Or, si elles sont l'expression de la vérité, comme vous ne sauriez le révoquer en doute , si c'est ainsi que les choses doivent se passer, comment se fait-il que les hommes ne sachent ni comprendre ni fuir la criminelle vie qui doit être terminée par une mort aussi désastreuse ? Et encore si l'on pouvait trouver un secours quelconque dans les choses temporelles pour ce moment fatal, comme pour les diverses phases de l'existence, le mal serait moins grand. Mais non , rien de tout cela ne peut alors nous servir, tout nous sera complètement inutile ; nous ne trouverons de protection ni dans les honneurs ni dans les richesses, les amis n'auront plus de crédit, les serviteurs ne seront plus là pour nous faire escorte, la noblesse du sang, l'éclat de la renommée, la faveur et la puissance, tout aura disparu sans retour; on ne reconnaîtra plus d'autre patronage que celui de l'innocence et de la vertu. De là ces paroles du Sage : « Les richesses ne servent de rien au jour de la vengeance; la justice seule (c'est-à-dire la vertu , délivre] a l'homme de la mort. » Prov. xi. Privé qu'il sera d'un tel secours, comment le pécheur pourra- t-il ne pas gémir et trembler, se voyant seul et sans défense au pied du divin tribunal ?
De la mort des justes.
Considérons maintenant la mort des justes, et nous verrons combien elle est à l'abri de tous ces maux. De même que le méchant reçoit alors le châtiment de ses désordres, de même le juste