LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXIII
reçoit la récompense de ses vertus. C'est ce que dit L'Esprit-Sainl : a (fini qui craint lu Seigneur scia plein de sécurité à sa dernière heure: un le comblera de bénédictions au jour de sa mort. » l'.ccli. i. 13. Cela veut dire qu'en ce jour il recevra la récompense de ses travaux et qu'il aura Les célestes trésors en partage. Le Prophète de Pathmos nous le dit d'une manière encore plus formelle, Apoc.,xrv, L3. 11 entendit une voix du ciel qui lui commandait d'écrire les paroles suivantes : « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur ; car l'Esprit leur dira de se reposer désormais de tous les travaux qu'ils ont subis; et leurs bonnes œuvres les suivront dans L'éternité. » Comment le juste, qui tient de Dieu même cette consolante promesse, serait-il ébranlé quand son heure sera venue, puisqu'il va bientôt obtenir ce qu'il n'a cessé de poursuivre pendant toute la vie ? Voilà pourquoi le saint homme Job dit en parlant du juste : « A l'heure où le soleil disparait, il recevra toute la clarté de son midi; quand il croira être au moment de sa destruction, il brillera comme un astre.» Joo.xi, 17. Etvoici comment saint Grégoire explique cette double sentence : « Le juste est revêtu de toute la lumière du jour à l'heure où les autres la perdent, par la raison qu'au moment de sa mort, il aperçoit la gloire, il découvre l'immortelle clarté qui doivent rémunérer ses œuvres. Alors donc que les autres tombent dans la tristesse et le découragement, il est plein de confiance et de joie dans la pensée de Dieu. » C'est ce qu'avait dit Salomon : « Le méchant sera confondu à cause de sa malice , et le juste aura son àme en paix à l'heure de la mort. » Prov. xiv, 32.
Quel plus frappant exemple pourrait- on donner de cette sublime confiance, que celui du glorieux saint Martin? A la vue du démon qui se tenait près de sa couche funèbre , le pieux évèque disait : Que fais-tu là, bête cruelle? Tu ne trouveras rien en moi qui puisse te donner prise sur mon àme ; le sein d'Abraham va me recevoir dans l'éternelle paix. Est-il encore une confiance plus belle et plus touchante que celle dont se montrait animé, à cette même heure de la mort, saint Dominique notre Père? Voyant les religieux de son Ordre pleurer autour de lui , se désoler de son départ et du vide qu'il allait laisser dans leur àme, il les consolait
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et les réconfortait en Leur disant : Ne voua affligez pas, mes entants; car dans le lieu OÙ je vais je pourrai vous être encore plus utile. Comment eût pu se Laisser abattre par la douleur ou la crainte, à L'approche de la mort, un homme qui se regardait
comme tellement en possession de la gloire qu'il l'espérait, noniinîit pour lui. mais encore pour ses disciples? Bien Loin de craindre ou de repousser la mort, les justes meurent en louant le Seigneur, en lui rendant grâces de les délivrer de la N'est-ce pas alors que finissent leurs peines et que commence leur félicite? C'esi ce qui faisait dire à saint Augustin dans son i ommentaire sur l'Epltre de saint Jean : « Celui qui désire sortir de L'esclavage et vivre avec le Christ, on ne saurait dire de lui qu'il accepte patiemment la mort; mais bien qu'il subit la vie avec patience et la mort avec joie. » Aussi n'est-ce pas par des plaintes amères, par de douloureux gémissements, qu'il salue sa dernière heure ; c'est un chant de triomphe et de joie, comme on le dit du cygne, qu'il fait entendre à l'approche de la mort. Il ne la craint pas, parce qu'il craint Dieu, et qui craint ce souverain Maître, n'a plus rien à craindre dans l'univers. Il ne craint pas la mort, parce qu'il a toujours craint la vie, et les craintes que la mort inspire ne sont que le contre-coup d'une vie désordonnée. Il ne craint pas la mort, parce que toute sa vie n'en a été que le long apprentissage; il s'est tenu toujours prêt à l'affronter, et le soldat armé de toutes pièces ne redoute plus l'ennemi. Il ne craint pas la mort, parce qu'il n'a pas fait autre chose ici-bas que se procurer des auxiliaires et des défenseurs pour cette dernière lutte, c'est-à-dire qu'il s'est entouré de bonnes oeuvres et de vertus. Il ne craint pas la mort , parce qu'il a pris soin de mettre dans ses intérêts, et de se rendre propice le juge qui doit prononcer sur son sort éternel. Il ne craint pas la mort, enfin; car pour le juste la mort n'est pas la mort, mais bien un doux et paisible sommeil; non. elle n'est pas la mort, mais une transformation sublime; elle n'est pas la mort, mais la dernière journée de l'ouvrier sur la terre; elle n'est pas la mort, mais un chemin pour aller à la vie, un degré pour s'élancer à l'immortalité ! Le juste n'ignore pas que depuis que la mort, en pénétrant au cœur de la grande vie-