LIVRE PREMIER, CHAPITRE Wlll
time. est passée par tes veines de La vie, elle y a laissé toutes 1rs amertumes, pour y puiser toutes les suavités de la vie elle-même! 11 ne se laisse pus non plus effrayer par les divers accidents qui surviennent à cette heure; il sait que ce sont là les douleurs de l'enfantement, qu'il faut passer par là pour naître dans l'éternité. C'est l'amour de cette éternité bienheureuse qui lui fit toujours désirer la mort et prendre la vie en patience. Il ne se laisse pas abattre par le souvenir de ses péchés, ayant le Christ pour rédempteur et s'étant constamment efforcé de lui plaire; ni par la rigueur des jugements divins, parce que le Christ sera l'avocat qui défendra sa cause; ni par la présence des démons, parce que leur vainqueur est là pour le couvrir de sa puissance; ni par l'horreur du tombeau, parce qu'il ne saurait ignorer que le corps morte] qu'il va semer dans cette pourriture , y doit germer glorieux et immortel. S'il est vrai que c'est à la fin seulement qu'on doit chanter l'hymne de la gloire, s'il est vrai que le dernier jour, comme le dit si bien Sénèque, est celui qui juge de tous les autres et qui prononce sur toute la vie passée, parce qu'il en condamne ou justifie la direction tout entière, s'il est vrai que la fin des justes soit si paisible et si douce, celle des pécheurs si douloureuse et si tourmentée, que fallait-il de plus que cette différence , pour nous faire repousser la mauvaise vie et nous faire embrasser la bonne ? A quoi bon tous les plaisirs , toutes les prospérités , toutes les richesses , les repas les plus somptueux , la plus vaste puissance , si l'on doit finir par être précipité dans l'enfer? Et quel mal peuvent me causer toutes les misères de la terre, toutes les humiliations et toutes les douleurs , quand ma vie se termine au sein de la paix , avec les gages les plus certains de la gloire future ? Que le méchant possède toute la science du monde , qu'il ait tout le savoir-vivre qu'un homme puisse avoir, de quoi tout cela lui servira-t-il , s'il n'acquiert après tout que des choses capables d'augmenter son orgueil , de flatter ses penchants , de le rendre plus puissant dans le mal, moins habile à faire le bien , si la mort enfin lui doit être d'autant plus amère que la vie lui fut plus agréable? S'il y a du sens en ce monde , il n'en est pas de plus grand que de savoir ordonner toutes les choses de la vie par
rapport à l'instant qui doit la terminer. Est-il donc une plus haute preuve de - que de proportionner les moyens à la
fin? Le plus sage médecin n'est-ce pas celui qui fait de la médecine un instrument de santé? Et dès lors l'homme le plus sage , dans la plus large acception de ce dernier mot , n'est -ce pas celui qui dirige sa vie tout entière en vue du compte rigoureux qu'il en doit rendre aussitôt après sa mort? La vie de l'homme sur la terre a-t-elle donc un autre but?
Exemples à l'appui de ce qui a été dit.
Pour éclaircir et corroborer , d'une part , les considérations qui précèdent, pour procurer, de l'autre, à l'esprit du lecteur mi pieux délassement, j'ai cru bon d'ajouter ici quelques mémorables exemples , qui montrent à quel point est douce et glorieuse la mort des vrais serviteurs de Dieu. Ces exemples sont tirés du quatrième livre des Dialogues de saint Grégoire , pape. On ne -aurait en aucune façon regarder comme un temps perdu celui qu'on voudra bien consacrer à cette lecture. La manière dont ce graud docteur raconte ces touchantes histoires , nous offre plus d'une sorte d'intérêt : sa narration est toujours entremêlée d'une saine doctrine, et chemin faisant il nous donne les plus salutaires leçons.
Au temps de la domination des Goths . il y avait à Rome une jeune fille aussi noble par le caractère que par le sang , nommée Galla; elle était fille du consul Symmaque. Ayant été mariée dans sa première jeunesse, elle demeura veuve avant la fin de l'année. Les idées du monde, son âge et ses richesses la conviaient à s'engager de nouveau ('ans l'état du mariage. Mais elle résolut de n'avoir plus d'autre époux que le Christ; elle choisit ces fiançailles qui commencent dans les larmes et finissent dans la joie, de préférence à celles dont le commencement est signalé par des chants d'allégresse et qui toujours finissent par des cris de douleur, puisque les nœuds en sont inévitablement brisés par la mort de l'un des deux époux. Hientôt après Galla perdit l'éclatante beauté qui la faisait rechercher du monde et dont elle avait fait généreuse-