‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 160 sur 308 · U\RE PREMIER, CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

U\RE PREMIER, CHAPITRE XXIII

ment le sacrifice à son céleste E&poux. Cet incident, qui ne pouvait dès lors amoindrir son mérite ne précipita pas non plus sa résolution. Ce fut après mûre délibération qu'elle quitta l'habit du siècle, pour entrer dans un monastère qui tenait à L'église du prince des Apôtres. Elle vécut là un grand nombre d'années avec une admirable simplicité de cœur, dans le fervent exercice de l'oraison, en faisant aux pauvres les plus abondantes aumônes.

Le Seigneur tout-puissant, qui voulait mettre le comble aux mérites de son humble servante et récompenser plus magnifiquement les œuvres qu'elle avait accomplies, permit qu'elle fût affligée d'un cancer au sein. Couchée sur son lit de douleur, elle tenait toujours deux lampes allumées ; cette àme pure aimait tant la lumière, qu'elle avait en horreur toute sorte d'obscurité, celle du corps comme celle de l'âme. Une nuit, pendant que son infirmité la tenait dans une cruelle insomnie, elle vit entre ses deux lampes le bienheureux apôtre saint Pierre. Bien loin de lui causer aucun sentiment de frayeur, cette vue la remplit d'une douce joie et d'une sainte hardiesse. — Qu'est ceci, ô grand apôtre? dit-elle à la vision. Mes péchés seraient-ils déjà pardonnes? — Et l'apôtre lui repondit avec un céleste sourire et en peuchant la tète en signe d'assentiment. — Oui, vos péchés sont pardonnes; venez avec moi. — .Mais comme cette pieuse servante de Dieu avait une grande amitié pour une autre religieuse du même monastère, laquelle se nommait Benedicta, elle dit au saint : — Je vous demande en grâce d'emmener avec moi la sœur Benedicta. — Non, ce n'est pas celle-là qui doit venir, mais une autre (et celle-ci il la désigna par son nom! ; celle que tu demandes, ajouta-t-il, te suivra à trente jours de distance. — A ces mots, la vision disparut. La malade lit aussitôt appeler la mère du couvent et lui rendit compte de tout ce qui venait de se passer, elle mourut dans trois jours, et avec elle celle qui lui avait été signalée ; trente jours après mourut également la sœur qu'elle avait demandée pour compagne.

Le souvenir de ce fait vit encore dans ce monastère; et les nouvelles religieuses, qui l'ont appris des anciennes, la racontent chaque jour avec autant d'émotion et de piété que si elles avaient été elles-mêmes témoins de ce prodige. Tel est le récit que nous en

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a donné sain! Grégoire; el chacun comprend aisément n nubien fut glorieuse uni' semblable fin.

A la suite de cet exemple, le même saint docteur en rapporte un autre non moins mémorable. Il y avait à Home, dit— il , un homme nommé Servuhis,bien pauvre des biens terrestres, mais bien riche en vertus. Il se tenait près de la porte de l'église de Saint-Clément, demandant l'aumône à ceux qui fréquentaient ce sanctuaire. Il était dans un tel état de paralysie, qu'il ne pouvait ni se soulever sur sa pauvre couche, ni changer de situation, ni même se servir de ses mains. Sa mère et un frère l'accompagnaient et lui donnaient leurs soins ; et toutes les aumônes qu'il pouvait recueillir , il les faisait donner aux autres pauvres; sa mère et son frère étaient les ministres de sa charité. 11 ne savait pas lire; et cependant il avait acheté quelques-uns des livres sacrés; et lorsque des religieux venaient le voir dans son humble demeure , il les priait, toujours de lui en lire certains passages. D'où il advint que, maigre son défaut d'instruction , il acquit une connaissance relativement étendue de l'Ecriture sainte. Aussi, au plus fort même de ses souffrances, ne cessait-il de rendre grâces à Dieu; nuit et jour il chantait ses louanges, il redisait des hymnes en son honneur. Quand le temps fut venu où le Seigneur voulut récompenser une si héroïque patience , il vit approcher avec joie le moment de sa mort. Arrivé à l'heure suprême, il appela autour de lui les pèlerins auxquels il donnait l'hospitalité, il leur demanda de se lever tous et de chanter avec lui les pieux cantiques du Roi- Prophète , pour célébrer l'heureux instant de sa mort.

Or, tandis qu'il était là mourant et chantant tout ensemble, tout à coup il se tut, et poussant un cri d'étonnement, il imposa silence aux autres, en leur disant: — Taisez- vous, de grâce! N'entendez-vous pas les voix harmonieuses qui retentissent dans le ciel? — Et dans ce mouvement d'attention surhumaine , l'àme se détacha du corps, comme entraînée par cette harmonie divine. Aussitôt que Servulus eut rendu le dernier soupir, sa pauvre demeure fut remplie d'une odeur merveilleuse, comme si de son cœur se fût exhalé le plus suave des parfums. Tous ceux qui l'entouraient purent comprendre par là que ce fervent serviteur de

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